samedi 1 juillet 2017

Invitation au départ

Barbarian Days - William Finnegan


"le monde était vaste et insondable, il me restait encore tant à voir. Oui, j'en crevais parfois, d'être un expatrié, d'être toujours en marge, ignorant des réalités du pays où je me trouvais, mais je ne me sentais pas prêt à mener une existence banale, à voir toujours les mêmes têtes, les mêmes lieux, à avancer avec toujours, plus ou moins, les mêmes pensées. j'aimais m'abandonner au courant, aux incertitudes. Aux heureux aléas de la route. Et, en règle général, il me plaisait d'être un étranger, un observateur, souvent étonné par ce dont il était témoin."

Jours barbares - William Finnegan

A la lecture de ce livre (prix Pulitzer), je me demande (trop souvent), si je ne devrais pas en faire autant. Partir, voyager, me laisser porter, m'abandonner à ce qui se passe, plutôt que de lutter.

dimanche 4 juin 2017

Tretar

Chateau de Senant

Tretar (suédois) : La troisième fois que l'on se ressert du café dans la même tasse

extrait de les mots qui nous manquent

Pas la 2ème, pas la 4ème mais la 3ème. C'est très précis.
Est ce que ça marche aussi pour le thé?
Quand j'en suis à ma 3ème mug de thé le matin , c'est qu'il est déjà très tard...

samedi 3 juin 2017

La Nature est un temple....

En Ardèche - en haut du pic

« ici nous n’avons pas le wi-fi, mais nous avons du vin ». 
Ces lieux où l’on continuera à vénérer les substances vitales deviendront des temples dans un futur proche."

Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs

jeudi 1 juin 2017

Dormir aux côtés de Raymond

un peu plus vieux encore
La navette pour Nice décolle tôt, du moins la première. Il faut être à 6h à Orly.Je déjeune sur place pour grappiller quelques minutes de sommeil dans mon lit. Inutile de préciser que je monte dans l'avion et que je m'y endors souvent avant le décollage.
La semaine dernière, même scénario. Au détail près que l'enregistrement automatique m'avait collée sur le siège B, celui du milieu.
A gauche un monsieur, à droite un vieux monsieur. Pas un business man. Un vieux monsieur, un peu rondouillet sans plus, des vêtements confortables gentiment froissés, gaiement défraîchis, se moquant de la mode. Un monsieur avec des gestes ralentis, un regard doux et des taches de vieillesse sur les mains.
Un monsieur qui occupe tout l'accoudoir, comme le business man de droite qui lui relit ses slides (de la sécurité informatique des réseaux, ça fait rêver de bon matin)
Je me suis donc endormie, recroquevillée sur mon siège du milieu, sans aucun accoudoir et en rentrant les épaules parce que le monsieur de droite prenait un peu plus que l'accoudoir.
J'ai dormi tout le vol, et je me suis réveillée mon genou contre celui du monsieur de droite. 
Je l'ai trouvé un peu gonflé, après les accoudoirs, de poser sa jambe contre la mienne. Je me suis encore plus repliée, croisant les jambes, me sentant vaguement envahie, mais avec bienveillance.
Il a récupéré ses affaires calmement sans lenteur inefficace, avec des gestes précis qui m'ont rappelé mon fils, celui qui est toujours dernier à être prêt et qui pourtant ne lambine pas. 
J'ai pu l'observer : sa veste un peu déformée, en feutre bleu marine avec un liseré rouge, un pantalon trop large aux jambes pour entourer son ventre, un sac à dos en cuir patiné par le temps, une tête vaguement familière : celle d'un grand-père.
Evidemment je l'ai doublé sur la passerelle, moi pressée, lui ayant tout son temps.

En traversant la salle des bagages, une personne attendait avec une pancarte : "Raymond Depardon".
J'ai soudain été très émue. 
Je me suis arrêtée, retournée, et moi qui était si pressée j'ai attendu de le voir déboucher de la passerelle.
C'était lui, c'était mon voisin de droite.
La journée s'annonçait bien. 

Si j'avais su, je crois que j'aurai laissé mon genou contre le sien.





Au Café de la Paix, #2

sous un ciel tourangeau


Ma voisine du Café de la Paix, habituée du Luxe, ne devait pas avoir beaucoup bivouaqué  ou connaitre Sylvain.
Oui, je sais il y avait longtemps que je n'en ai parlé... 
Pauvres de vous, il vient de sortir un livre, je me repais de ses interviews et vais donc vous en rabattre (les yeux et) les oreilles dans ces billets. 

"Le bivouac est un luxe qui rend difficilement supportables, plus tard les nuits dans les palaces."
Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs

samedi 13 mai 2017

Vérité?

Le Palais Royal (est un beau quartier...)

Personne ne va au cinema pour voir la vérité, à l'exception peut être des francais.

Entendu dans un film sans interêt

"Au Café de la Paix, je t'attendrai..." #1

Chute de reins - Chateau de Valençay

Qui se rappelle de cette chanson de Thomas Fersen?
Un des cafés parisiens mythiques.
L'autre jour, traversant Paris entre deux rendez-vous, je cherchais un endroit pour m'accueillir 1h30 pour travailler. Je n'avais pas envie du bar bruyant, ni de la brasserie vers l'heure du déjeuner. 
Opéra, le Café de la Paix, essayons me dis-je. La dernière fois que j'y étais allée c'était en rentrant d'expatriation pour parler collaboration professionnelle éventuelle avec une connaissance. Un siècle presque.

Je ne me suis pas installée sous la verrière, mais plutôt le long des fenêtres pour profiter de la lumière du jour et du soleil (c'est relatif, mais j'y croyais).
A côté de moi : un entretien d'embauche. 
Une femme la cinquantaine extrêmement bien conservée et entretenue recevait une jeunette un peu gauche et provinciale (sa robe, ses lunettes et son maquillage Monoprix surtout). Je n'ai pas très bien compris pour quel job elle postulait, mais clairement en rapport avec le luxe, les hôtels, les bars, les restaurants... peut être une "agence de voyage" pour une clientèle haut de gamme dans des périples luxe. 
Celle qui menait l'entretien était un modèle du genre, je ne peux m'empêcher d'admirer ces femmes qui semblent tout droit sortir d'Elle Magazine  : parfaitement bronzée (je vous rappelle que nous ne sommes qu'en mai) et uniformément bronzée : même teint des chevilles à la figure en passant dans les plis du cou, habillée chic et cool, ses habits ont l'air neuf : tailleur pantalon bleu marine casual et des Stan Smith blanches et rouges immaculés (en comparaison les miennes ont l'air d'avoir arpenté un champ de boue), un tas de bracelets au poignet gauche (le plus près de moi) qui avait tous l'air de  pacotille mais pas un en était.
Elle a eu des questions intéressantes elle, l'habituée des grands hôtels à la petite jeune:

la vieille : vous êtes déjà allé dans un hotel de luxe?
la jeune : euh non, je n'en ai pas eu l'occasion.
la vieille : vous faites comment quand vous voulez réserver un hôtel?
la jeune  : euhhh sur "biiiip" (la pub est interdite), ce qui 'm'intéresse c'est le prix plus que le confort
la vieille : citez moi des hôtels de luxe parisiens
la jeune : "biiiip", elle ne s'en sort pas trop mal
la vieille : ici c'est un bar de luxe?
la jeune : (sans hésiter) : non par ce que....(je n'ai pas entendu pourquoi)

Ca a continué comme ça pendant un moment. Et je me demandais ce qu'une provinciale d'une vingtaine d'années pouvait connaitre de ce monde là. Non pas parce qu'elle était provinciale, mais plutôt elle n'avait pas l'assurance de la jeunesse élevée dans le luxe, comme ces ado que l'on peut croiser au Bon Marché et qui portent pas moins de 5000 euros des pieds à la tête.

Mais elle a foiré son entretien, elle a du s'en apercevoir.
Ca a tourné vinaigre quand elle a évoqué le fait qu'elle était jeune maman. Ce qui ne rentrait pas dans la case "glamour et luxe" ni dans la case "disponible" (ie corvéable à merci). 
Ca a senti le roussi quand elle a poursuivi en disant qu'elle ne s'était pas rendu compte qu'elle serait en déplacement environ 4 jours par semaine et que donc au niveau de ses prétentions salariales il faudrait en tenir compte.
C'était définitivement fichu quand la vieille lui dit "vous y réfléchissez et vous me rappelez si ça vous intéresse toujours". Sachant que la jeune s'était enthousiasmé juste avant que c'était passionnant (rencontrer des gens riches!) et qu'elle adorait travailler (passer du temps dans des hôtels de luxe, même si elle passait ses entretiens d'embauche au Café de la Paix).

Mon capuccino à 9 euros terminé, je suis partie bien après elles. 
Et j'ai eu droit à la grande scène de Bérénice Bejo assise un peu plus loin (ce sera une autre histoire).
Ce n'est peut être pas un café, mais les gens qui y viennent se prennent pour (du luxe);
Ce n'est peut être pas un café de luxe, mais ces prix si.