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samedi 8 mai 2021

Moisson d'avril

Ma balade de midi

Les lectures d'avril étaient comme la météo, variées, diverses, des grands hauts, un bien bas, du très décalé et du plus classique. Toutes parlent de notre monde, celui dans lequel on vit avec toutes ses nuances, et notre façon unique de l'aborder : en se prenant pour un cosmonaute, en étant saoul, sans attache ou en cherchant d'autres, en secret comme une agente ...

Love me tender  -  Constance Debré. Cette femme est une énigme qui me fascine. Elle est issue de la famille du même nom dont on a tous entendu parler parce que personnalités publiques, politiques, avocats journalistes, ou artiste (le musée de Tours Olivier Debré : fabuleux). Elle se métamorphose depuis plusieurs années maintenant ; l'avocate parisienne prometteuse mariée et mère de famille s'est dépossédée de tout : biens matériels, carrière, couple, et dans ce dernier livre y compris du lien avec son fils, le maintien de ce lien qui devenait un combat. Elle s'est réduite à sa vie intellectuelle (et sexuelle), grande maigre, elle n'est pas intéressée par manger, par posséder ni les choses ni les gens, sa vie se résume à penser, écrire (et baiser, voire aimer parfois). L'écriture est aussi ascétique que sa vie.


Les impatientes - Djaïli Amadou Amal. C'est le prix Goncourt des Lycéens, mais qu'est-ce que je me suis ennuyée! Ce n'est pas le sujet, qui devrait m'emballer - la liberté des femmes en Afrique, -  mais son traitement, pas la hauteur, ou l'écriture trop linéaire été prévisible? Ce livre et moi, nous nous sommes loupés. 





L'étrange vallée  -  Anna Wiener. C'est ce que les Américains appellent "non fiction", en France rangé parmi les romans, car ce n'est pas une autobiographie. C'est un sujet (la culture tech des entreprises de la Silicone Valley) raconté du point d'une personne. Elle le vit à la première personne dans la dernière décennie, bien avant la pandémie. C'est glaçant de cynisme, non pas ses propos mais la culture de ces entreprises, où on pense faire le bien, on croit faire le bien et qu'on ne se pose pas beaucoup de questions car finalement on est bien payé et on vit confortablement. Un effet un peu dissonant quand elle raconte une époque avant la pandémie, mais qui semble très réel aujourd'hui avec la notion de distance, de télétravail et de lien délité. A lire absolument.


The SCUM Manifesto -Valérie Solanas. SCUM  : society for cutting up men. Et ce n'est pas une blague. On a beaucoup écrit sur ce livre écrit en 1967, par celle connue pour avoir tiré au revolver sur Andy Wahrhol. On a beaucoup parlé de cette femme, plus que de son livre parce qu'elle a été incestée, prostituée, SDF, artiste, mentalement dérangée... autant d'attributs qui visent à décrédibiliser sa pensée ou à la réduire à un de ceux-là. Je crois surtout quel ce qu'on dit sur elle est pour éviter de voir et de reconnaître  que ce manifeste est sérieux et cdonc dérangeant. Une société  sans hommes. Il exprime la rage jusqu'au bout, renverse la table et ne cherche pas à se faire entendre ni à être poli. 




Les cosmonautes ne font que passer -  Elitza Gueorguieva. Ecrit à la deuxième personne du singulier, on est tout à  côté de la narratrice, on voit le monde par  ses yeux d'adolescente.  C'est la chute de l'empire soviétique et la fin de sa grandeur vue par une adolescente qui veut devenir Iouri Gargarine : elle vit si c'était  la conquête de l'espace. Que faire quand l'empire soviétique n'est plus le seul modèle à suivre et que les grands héros soviétiques sont déchus? Frais, léger, drôle, une autre façon (malicieuse) d'aborder la vie.





Sans alcool - Claire Touzard. Je suis tombée dessus par hasard. Cette journalise raconte comment elle se rend compte de la place que tient l'alcool dans sa vie fait d'elle une alcoolique. Elle décide d'arrêter. Ce livre ne raconte pas les 12 étapes (ou je ne sais combien) des AA, mais le rapport qu'elle entretient à l'alcool, le rapport de notre société à l'alcool, ce qu'il nous fait oublier, ce à quoi il nous oblige et que devient une vie sans. J'avoue que pendant quelques temps, j'ai pris du jus de tomate à l'apéro!
La "famille" - Shilpi Somaya Gowda. J'avais lu "un fils en or" de cette autrice indienne et j'avais adoré. Elle explore dans ce roman les liens à la famille : entre enfants et parents et comment ils se renouent ailleurs avec d'autres pas forcement bien intentionnées quand la famille vole en éclats. L'histoire se passe au Canada, on y parle de spiritualité, de culpabilité et d'allers et retours.







samedi 1 mai 2021

Nos destins féminins en agentes secrètes

 

Dans la moisson d'avril, une petite, renouvellement du genre (roman d'espionnage), qui en change aussi les codes et ça fait du bien! Glané chez mon libraire, un peu au hasard,  "nos secrets trop bien gardés" de Lara Prescott ne doit pas resté un secret (trop facile!). 
C'est un roman inspiré de l'Histoire (que je lis rarement) mais qui raconte des histoires (que j'adore) de femmes (forcement) et de littérature (ca en fait une recette magique), et cerise sur le gâteau des agents secrets femmes : des agentes secrètes (les dictionnaires ne sont pas tous d'accord avec cette féminisation de la fonction). 

Des histoires de femmes qui se croisent (les histoires plus que les femmes) sur fond de guerre froide, et de la parution du grand roman de Boris Pasternak "le docteur Jivaho". Je dis grand roman parce qu'il a eu le Prix Nobel de Littérature, je n'ai vu que le film il y a de cela des années, je n'en ai gardé aucun souvenir. Et après avoir lu "nos secrets trop bien gardés" j'ai une telle image de Pasternak, que j'en viens à le détester. 

L'histoire sous jacente est celle de la CIA qui a tenté d'introduire le roman de Pasternak en URSS alors qu'il n'y avait pas été édité et était interdit. Sa première édition est d'ailleurs traduit de l'italien, le manuscrit avait été sorti clandestinement. La CIA avait une branche "littérature et soviétisme"qui pensait que les mots avaient un pouvoir et pouvaient changer le monde. Cela en ferait presque une entreprise philanthropique, dit comme ça. 

On y croise des anciennes espionnes (qui ont perdu leur job après la guerre, pas comme les hommes qui en ont été récompensés par des postes haut placés) et sont devenues dactylo, en attendant ; la maitresse de Boris Pastrenak (qui ne quitta jamais sa femme et qui a dormi tous les soirs chez lui après avoir diné et fait l'amour avec sa maîtresse) qui a passé des années au goulag à cause (et pour) lui ; des femmes qui s'aiment et qui perdent leur job à cause de leur homosexualité ; des vrais agentes secrètes, qui ne courent pas de toit en tois ou sautent des trains en marche, mais qui récupèrent des vrais secrets et deviennent des agents doubles. Elles sont plusieurs héroïnes, personnages plutôt, attachantes, et avec des préoccupations universelles de liberté, de responsabilité, d'épanouissement et toutes cherchent leur voie. 

L'autrice a une sacré plume, et un fil narratif articulé avec les chapitres, où chaque personnage, chaque lieu a son propre style, ton et interpellation. Je suis de tout coeur avec les dactylos qui parlent un "nous" pluriel, je suis fascinée par Irina qui n'aime pas Tedd alors qu'il est adorable, et je voudrais d'être Sally l'agente double, j'ai envie de secouer Lara qui se meure d'amour pour son vieil écrivain... Je me reconnais dans chacune et dans toutes. 

Ce livre tisse les liens de nos destins féminins.
Et ça résonne fort dans l'invisibilité faite aux femmes, dans l'Histoire, dans la création, dans la liberté qui est laissée, et de ce qui se passe quand elles ne s'y cantonnent pas. Encore aujourd'hui.

Nous tapions cent mots à la minute et ne rations jamais une syllabe. Nos bureaux, tous identiques, étaient équipés d'une machine à écrire Royal Quiet Deluxe  à  la coque vert menthe, d'un téléphone noir  à cadran de la marque Western Electric et nous disposions toutes de blocs sténo jaunes. Nos  doigts voletaient au-dessus du clavier. Le cliquetis des touches ne cessaient jamais. Nous ne nous arrêtions que pour répondre au  téléphone ou tirer une taffe sur notre cigarette ; certaines parvenaient même à faire les deux sans perdre le rythme.
Les hommes arrivaient vers dix  heures.

Lara Prescott - Nos secrets trop bien gardés

samedi 24 avril 2021

Ces hommes qui se disent féministes

 

Collage - femme penchée (avril 2021)

On parle de nouveau de Mathieu Menegaux, avec la sortie de son nouveau roman "femmes en colère" que l'on dit haletant, et sur lequel on ne tarit pas d'éloges. Inspiré par #metoo, il raconte l'histoire d'une femme violée qui se venge et se fait rattraper par la justice.
Je ne l'ai pas lu, je ne le lirai pas - c'est une année sans (lire des hommes) - mais pourtant ce livre me met en colère, lire sur ce monsieur me met en colère, toutes ces louanges me mettent en colère, surtout quand on vante cet auteur pour sa capacité à prendre la défense des femmes, à comprendre leur vécu, à combattre les violences... 
C'est un héros. Parce qu'il parle de femmes, des violences à leur encontre, de leurs luttes. Ca en fait un héros. En plus, il travaille dans un grand cabinet de conseil (le BCG). En plus de quoi? De travailler dans un cabinet de conseil à la réputation de faire plus de cash que de social. Et si ses livres étaient de la même engeance ? Plus une usine à vendre qu'un roman qui parle du vécu ?

J'ai lu "le fils parfait" sorti en 2017. Ecriture parfaite (sans fioriture, sans attachement "no punch line" dans ses lignes), intrigue au poil, sujet d'actualité (une femme qui découvre que son mari viole ses filles, il la fait passer pour folle, pour s'en sortir elle disparait, aidée par un policier). Il a bien compris le filon : la femme est une héroïne, elle ne reste pas victime, elle se bat et s'en sort (avec l'aide d'autres). Une usine à histoires, donc.

Ca me met en colère parce qu'il y a un exploitation de ces histoires de femmes, de violences faites au femmes et aux enfants. En plus de profiter du système, il réussit aussi à profiter de la critique de ce sytème. 
Ca me met en colère parce que ces histoires sont magnifiées, parce qu'elles sont écrites dans une épure qui les met à distance (comme sur des slides powerpoint). 
Parce qu'au final je ne suis pas certaine qu'elles aident qui que soit, ni même qu'elles se rapprochent d'une quelconque réalité (sans parler de vérité). Ces histoires font croire qu'en se battant on s'en sort, ces histoires font croire que se battre aide et que la vengeance est une issue. Elles font encore porter sur la victime la responsabilité de s'en sortir, elles nient le mal qui s'installe, les dégâts irréparables, le bagage que ça laisse. Elles parlent de faits et d'actions, pas de sentiments ni de vécu. 
Je ne nie pas qu'il a du se documenter avant d'écrire. Comme quand on présente un dossier à un client, on fait sa recherche et son analyse documentaire, pour "l'état des connaissances de l'art". C'est le ba-à-ba du consultant. Ca ne présume en rien de la qualité de l'analyse, ni de la proposition qui en est faite. Je lui reproche de faire ses livres comme ses missions de consultant. Je lui reproche le manque d'affect, je lui reproche la marchandisation.

Loin de moi l'idée de dire qu'un homme ne peut pas écrire sur une histoire de femme, ça signifierait qu'il n'est possible d'écrie que sur ce qu'on a vécu ou connait, et alors c'est la fin de la littérature. 
Loin de moi aussi l'idée de dire qu'il faut avoir vécu ces histoires traumatiques pour en parler, mais on a vu le coup manqué de Lola Lafon avec Chavirer, une collection de faits divers. Pour toucher, ces histoires doivent raconter plus que les faits. Mais c'est aussi ce qui fait un bon roman d'un autre qui devient banal. Et que peut être ce qui me met en colère est de faire un mauvais roman de ces histoires dont je n'accepte pas qu'elles soient banales. Je refuse tout simplement que ces histoires de violences, sur des femmes sur des enfants soient des histoires banales qui servent d'intrigues à des romans qui finiront dans l'oubli. 
Je refuse tout simplement qu'on oublie ces histoires, je leur refuse la médiocrité du romancier qui s'en empare et qui passe à côté.

J'ai du mal à me dire qu'il faut peut-être en passer par le fait divers pour "banaliser" ces histoires, au sens d'en parler partout, qu'elles occupent notre quotidien à l'image des chiffres qui leur sont rapportés. 
J'ai du mal à accepter qu'elles fassent des bonnes histoires (à défaut de bons romans) écrites par des hommes dans une visée mercantile.

Je ne sais si Mathieu Menégaux se dit féministe, je ne doute pas que d'autres le diront pour lui. Je préfère certainement la démarche de Yvan Jablonka dans "un garçon comme vous et moi" - que je n'ai pas lu, mais pour lequel j'ai lu critiques et interview - où il cherche sa masculinité dans les modèles dominants parmi "fort en drague, fort en transgression ou fort en classe", quand on n'est rien de tout ça. Il parle d'abord de lui, et s'interroge lui. Pas de leçon sur que faire et comment, de récit de résilience ou de vengeance d'un système oppressif qu'on ne voit que de l'extérieur.

Quelle place pour les hommes dans cette lutte féministe? En discutant hier avec une amie (qui élève des garçons), je me disais que peut-être la place des hommes est de se taire. 
Se taire sur les luttes des femmes, mais prendre la parole et agir sur les modèles masculins.

C'est aussi la position de Martin Page, qui écrit dans La Déférlante :

Quand les hommes osent se prétendre féministes, ils s'approprient des siècles de lutte sans que ça ne leur coûte rien. Ils en tirent un bénéfice tout en conservant leurs privilèges et en continuant à avoir des comportements sexistes sans doute plus discrets. soyons clairs : les hommes ne sont et ne peuvent pas être féministes. Pire encore nous avons du mal à être des simples alliés.
Il poursuit en disant que les hommes peuvent être complices en parlant à d'autres hommes pour casser les logique de complicité masculine, d'éduquer autrement les enfants, d'écouter les femmes et de reconnaitre quand ils se trompent et quand il sont oppressifs. 

En gros, il dit que rester à sa place d'homme, parler d'où il est et pas pour les femmes, c'est ce qui peut etre fait. 
Parler juste de son point de vue, et juste le temps qu'il faut.
On avait raison hier ma copette et moi : ils vont devoir apprendre à se taire.


mercredi 24 mars 2021

Pourquoi faut-il regarder la Chronique des Bridgerton?

 

Le coeur sur la table - Binge Audio

Ce n'est pas pour l'histoire, le plot. Dès le premier épisode, on sait qui est LE couple de la série, et qu'il faudrait toute la saison pour qu'ils soient enfin ensemble (ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants). Il enchaine les clichés, les tensions (sexuelles et belliqueuses - entre les hommes) avec les scènes de sexe là où il faut

Ce n'est pas non plus pour la beauté des acteurs (quoi que le beau héros black ténébreux ça se discute). Mais non, notre héroïne est une blonde fadasse à la voix aiguës, les frères sont passables. Bref pas de voyeurisme dans cette série.

Ce n'est en rien pour l'aspect historique. On n'y apprend rien sur l'histoire de l'époque, censée être sous la régence anglaise au 19ème siècle, ni sur les coutumes et les costumes. Il y a eu suffisamment d'articles sur le sujet relevant les anachronismes et les incohérences vestimentaires : pourquoi un corset alors que les robes ne sont pas cintrées et tombent droit à partir de la poitrine? est une des polémiques. Non résolues à ce jour.

Ce n'est ni l'histoire, ni l'Histoire ni les protagonistes. Alors?

8 épisodes d'une heure. Que j'ai regardés jusqu'au bout. 

Le premier épisode : tard un soir, en me disant que ça me mettrait un fond sonore et lumineux pendant que je lisais vaguement. Un soir où je devais être bien fatiguée, et j'avais besoin d'un lavage de cerveau. 

J'ai froncé les sourcils dès le début : c'est quoi ce truc où il y a des black à la cour d'angleterre ? 
Et à l'écran ça coulait tout seul. J'ai levé le nez de mon livre et j'ai écouté plus attentivement. 
J'ai alors "vu" le scénario. Pas le film, le scénario. 
La Reine est noire, le Roi est fou (blanc), une des femmes les plus intelligentes de la cour est black (c'est la bonne fée), on y admire la beauté des unes et des autres sans se poser la question de la couleur. J'ai eu l'impression d'être la seule à remarquer que les gens vivaient mélangés sans que ça ne semble étonner personne. J'ai même filer un coup de coude à mon iMari à côté pour lui dire "et regarde, il y a des noirs à la cour d'Angleterre! Ce truc est anachronique ou c'est de la science fiction".

Le clou du spectacle (ou la clé) est qu'il aura suffit de "l'Amour" pour faire une société aussi intégrée : parce qu'un jour un roi blanc est tombé  follement amoureux d'une femme noire et en fait sa reine. Et comme par magie, la société est devenu mixte, intégrée, exempte de racisme. (enfin presque : je ne sais plus s'il y avait d'autres communautés représentées comme les asiatiques ou les indiens...). 
Ah le miracle de l'amour! Ce n'est le miracle de l'amour qui est intéressant, c'est notre (ma) réaction au fait qu'il y ait des black dans cette série. A la cour d'Angleterre, bon sang!. Ca en dit long sur ma vision du monde. Dans la rue oui, dans les séries, ça m'étonne. Je le remarque, ça m'intrigue, je regarde jusqu'au bout.

La vraie raison (en plus de la précédente) pour laquelle la chronique des Bridgerton mérite d'être regardée est que c'est une prise de conscience féministe. 
Non, je vous rassure je ne vois pas le féminisme partout.  Il est juste mis en exergue dans cette série par le décalage d'époque. Les mêmes questions se posent encore aujourd'hui pour les femmes. Les mettre dans une série et les transposer au 19ème siècle ne fait qu'un effet loupe.

Si aujourd'hui on a la possibilité de gagner notre vie (ce qui n'était pas le cas à l'époque), est-il possible, acceptable socialement de ne pas se marier? Ou de ne pas vivre en couple? De choisir de ne pas avoir d'enfant? D'avoir des enfants tout·e seul·e? La norme sociale de l'hétérosexualité, du mariage et des enfants laisse-t-elle le choix pour autre chose ? 
Pour moi c'est trop tard (j'ai déja coché toutes les cases : hétéro, mariage et enfants) mais pour nos filles? Pour nos fils? Pour d'autres que nous plus jeunes? 

La question du corps des femmes, du désir, de plaisir, de la maternité... toutes reliées aux hommes (dans la série) et dans la réalité d'aujourd'hui ?
Le choix de penser, d'écrire, d'exister sans homme, sans famille? 

Ce ne sont plus littéralement nos pères ou nos frères qui décident pour nous, mais la norme sociale, notre système patriarcal bien rodé, qui nous donne l'impression d'être libres et égales en toute conscience. Ce sont toujours les hommes, mais de façon plus subtile, moins directe, tout dans l'implicite en nous laissant croire que nous sommes libres.  

Sans revenir à Mona Cholet (sorcières, la puissance invaincue des femmes - où il y a des beaucoup de choses à redire, le style pour commencer, les chiffres ensuite  ...), ce sont des questions où on l'impression qu'aujourd'hui on est totalement libre, on a le choix. Ce qui est probablement un leurre.
Relisons Rebecca Solnit - moins controversée, qui nous démontre que le mariage hétérosexuel est plus sûr moyen de maintenir un système patriarcal. Et que nous y sommes consentantes, plus encore nous pensons que c'est un choix conscient, voulu, et assumé. 

Alors je nous invite à écouter la série de podcast de Victoire Tuaillon "le coeur sur la table " qui révisite la notion de l'amour. Une relation parmi d'autres, mais qui prend le dessus sur toutes les autres, surtout si on parle d'amour hétérosexuel (attention certains épisodes sont crus, voire parlent de violences).
Pour nous ouvrir les  yeux par les oreilles, pour nous montrer ce qu'on ne voit pas directement et qui nous sautent aux yeux chez les Bridgerton.



vendredi 19 mars 2021

D'autres que moi

dans la newsletter "the audacity"


D'autres que moi font des expériences littéraires. Et en parlent. 

C'est une autre, que j'ai croisé en lisant The Guardian en ligne. Elle en a fait un site, carrément. C'est une galloise, qui vit à Melbourne, elle s'appelle Sophie.

Son expérience est d'explorer l'écriture féminine (de la littérature surtout, mais aussi des essais) dans tous les pays. TOUS les pays. Elle lit donc depuis 3 ans des livres écrits par des femmes, un titre de chaque pays, soit 199. Son choix est plus large que strictement la notion de pays, plus un choix de culture ;  elle a inclus un titre du Tibet par exemple (et d'autres qui ne sont pas "politiquement" des pays). Elle a sélectionné les titres d'après des recommandations de lectrices·eurs (on peut s'interroger sur Françoise Sagan pour la France), et ensuite raconte comment elle s'est fourni les livres, ce qui semble aussi être une démarche en soi que de récupérer des traductions.  
 
Son site Readingwide est clair, simple, et ses revues ont un air scientifique (ou du moins sérieux): elles sont organisées selon un même modèle - ce que je trouve admirable et que j'envie tout en me demandant si j'en serais capable. 
Une rubrique nutshell ("en un mot") : le pitch du livre, de quoi ça parle. 
A line  : une citation. J'adore les citations, je note celles que j'aime, je les partage, et c'est souvent parce que j'ai des lignes à partager que j'en viens à parler d'un livre. 
An image : une image qui lui reste du livre, une impression visuelle, une scène, ou ce qui lui vient. 
A  thought : une pensée à partager suite à la lecture, parfois une émotion plus qu'une pensée. C'est son vécu qu'on a là. 
Et enfin a fact : un fait issu de la lecture, ce que ça lui dit, ou juste un truc à dire sur le livre. 

En lisant le contenu de chaque rubrique j'en conviens ça n'a rien de scientifique, d'autant qu'on y écrit ce qu'on veut, y compris des sentiments dans la rubrique fact : constater des sentiments qu'une lecture produit, c'est bien un fait non? 
Bref, je pourrai m'inspirer de cette façon de faire pour ma liste de lecture "d'une année sans (les hommes)", en créant mes propres rubriques. Un test de Bechdel pour la littérature? Une évaluation de l'apport à la cause des femmes de chaque bouquin? L'idée nouvelle / la représentation nouvelle que j'ai acquise? ... J'élabore bien des grilles de lecture pour mes clients quand je leur apporte du contenu je pourrai imaginer la même chose pour me lectures d'autrices de cette année. Que cette expérience "une année sans (les hommes)" devienne presque une étude socio-scientifique, ou scientifico-sociologique. 
J'en ris d'avance, c'est d'abord une lubie, engendrée par un ras-le-bol général. Une lubie qui fait sourire mon iMari, amuse mon Iadoe, indiffère l'iAdo2, et questionne iAdo3, et qui au final génère qu'eux aussi se rendent compte - tout de même-  qu'il y a beaucoup (trop) d'hommes partout.

Une autre, plus connue, a créé the audacious book club. Roxane Gay (dont j'adore Bad Feminist) a lancé en début d'année sa newsletter the audacity et son cercle de lecture. Ca fait partie des bonnes choses sur lesquelles j'ai fini l'année. Sa newsletter est gratuite, inscription ici, et il y a plusieurs niveaux d'engagement, payants, le cercle de lecture l'est, il donne accès à des discussions en ligne entre lectrices·eurs et avec les autrices·eurs. 
Elle a publié sa liste de lectures pour l'année, son critère  : les écrivain·es américains sous-représentés. Beaucoup de femmes dans les 12 titres (2 auteurs hommes, d'après les prénoms), des blacks et certainement d'autres cultures, des transgenres et d'autres encore. Quand j'ai regardé la liste, plongé dans les résumés, j'ouvrais des histoires et des espaces inexploirés, pour moi. Connus peut-être, mais pas encore explorés. Du coup, j'ai eu envie de tout lire. 
Je crains que rien ne soit traduit en français (ou peu, ou pas tout de suite), aussi il y a un coût d'entrée, un peu comme Sophie dans l'expérience précédente, trouver le livre en France (sans passer par Amazon), le lire en anglais, comprendre toutes les nuances et y prendre plaisir. Explorer des espaces nouveaux dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle... vive l'aventure. 


samedi 6 mars 2021

Une année sans - la liste des 14 premiers, pour donner envie

Miho Kajioka - As it is  (exposée à la Galerie Polka)

 Ici la liste "avec" de l'année sans (les hommes) :

  1. Louise et Clem de Julia Glass
    • Toujours agréables à lire ses romans. Les premiers sont  moins denses que les derniers sortis, mais c'est comme un bon thé au coin de la cheminée : jamais décevant.
  2. Chavirer de Lola Lafon. 
    • Elle a surfé sur le thème tendance "abus sur mineurs" et c'est tombé à côté. Ca ne touche pas, et c'est moins bien écrit qu'un fait divers dans 20minutes. Elle donne l'impression de n'avoir pas instruit le sujet ; comme si c'était une rédaction donnée au collège et écrite dans le week-end sans faire de plan.
  3. Souvenirs du futur de Siri Husvedth
    • Passez cet écrit que je ne saurai lire. SH n'est pas loin d'être une de mes autrices préférées, mais ce truc-là, de sortir ses vieux carnets et de les commenter.... Ce n'est pas de l'entre-soi, c'est de la complaisance. Elle a mieux, et plus à dire qu'à se regarder le nombril, en s'apitoyant vaguement sur son sort de jeune fille.
  4. Le coeur battant de nos mères de Britt Bennet
    • C'est une histoire alambiquée de l'Amérique noire. Je n'arrive pas à savoir si j'ai aimé ou si ça m'a semblé insipide, convenu, un peu trop classique. C'est tout de même cette autrice qui a écrit "je ne sais pas quoi faire des gentils blancs". Mais son roman n'a pas laissé de traces chez  moi.
  5. Le sexisme : une affaire d'hommes (essai) de Valerie Rey-Robert
    • Indispensable à lire pour comprendre notre culture patriarcale dont les hommes sont aussi les victimes, d'une façon violente. Indispensable pour déconstruire comment on se construit aujourd'hui en tant qu'hommes et femmes dans notre société et que la liberté de genre est pour l'instant un leurre.
  6. La familia grande de Camille Kouchner
    • au déla du retentissement médiatique parce que ce sont tous des gens connus (elle est elle- même la compagne du président du journal Le Monde), c'est  l'histoire d'une emprise familiale, et du chemin pour s'en affranchir.
  7. L'égalité sans condition (essai) de Rejane Senac
    • Indispensable pour décoder le semblant du neutre et l'exclusion qu'induit la notion de fraternité et d'universel. Ce livre fait partie du kit de base pour croire, comprendre et agir pour l'égalité.
  8. Fugitives d'Alice Munro
    • Un recueil de nouvelles, du bon Alice Munro
  9. La trajectoire des confettis de Marie-Eve Thuot
    • Comme parfois les québécois nous surprennent, ce livre en est une, de surprise. Plutôt bonne si on ne se choque pas facilement. Des personnages qui se croisent; qui ont de liens et des relations entre eux, où le genre se trouble, la sexualité est une affaire de sexe et pas d'orientation sexuelle, et l'amour encore autre chose. Là où nous, français de ma génération, alignons encore toutes ces notions, en essayant de les classer. A la lecture de ce roman, on oublie le classement, on oublie la morale tant qu'il n'y a pas de dommages. Prudes s'abstenir.
  10. Deux ou trois choses dont  je suis sûre de Dorothy Allison
    • voir le post de la semaine dernière.
  11. Les joies éphemères de Percy Darrling de Julia Glass (encore)
    • J'avais envie d'une valeur sûre et réconfortante
  12. La face nord du coeur de Dolores Redondo
    • Entre l'Espagne et la Louisiane. Ce qui est regrettable c'est que ce roman policier adopte tous les codes des durs du FBI, même l'enquêteuse est stéréotypée. Ce qui est bien, c'est que je suis allée voir sur internet des photos du bayou et de la Nouvelle Orléans.
  13. Nos premiers jours de Jane Smiley
    • Le premier de sa trilogie américaine. Une valeur sûre, dans l'esprit de son roman plus connu "l'exploitation". Si vous aimez les paysages, le soleil et le labeur  de "Osage County", c'est le bon roman
  14. La trajectoire de l'aigle de Nolwenn Le Blevennec (cf le post précédent) 
Il faut que je trouve le #15 maintenant.

Une année sans - #14

une année sans 


 3 mois. 14 livres. Tous écrits par des femmes. Des romans, des essais, des récits, un polar. Sur tablette, en papier. C'est l'année sans les auteurs. Que des autrices dans mes lectures. J'ai exclu les BD, j'en lis peu et surtout des trucs de femmes (parce qu'elles sont drôles, ou graves, ou les deux). Et que Cosey ne publie plus.

C'est pas si difficile en fait. La première semaine m'a faite hésiter, quand dans la libraire de Villars de Lans, j'ai pris sur la table du présentoir, 2 romans qui me donnaient envie d'après leur quatrième de couverture. Et que j'ai du laisser à leur sort (c'est à dire qu'ils ne croiseraient pas le mien) car hors critères. Depuis ça ne m'arrive plus. Mon regard glisse. Parfois le prénom ne dit rien du genre de l'auteur, je lis la 4ème, je cherche une photo, et le repose si ça ne va pas. Même pas tentée. Sevrage réalisé.  

Je prends conscience que mon éditeur préféré  - Gallmeister - avait peu d'autrices dans les nouveautés de de ce début d'année. Conséquence collatérale de mon choix, ils auront moins de dépense de ma part cette année. Too bad. 

Est-ce que j'aurai lu celui ça sans mes critères? Je ne sais. Probablement oui. Conseillée non pas par Lire Magazine Littéraire, mais par une activiste féminine. Ce n'est pas un roman féministe. C'est surtout l'histoire d'une addiction à un homme, à une relation plutôt.

C'est un premier roman, d'une journaliste. Ecriture dynamique, tonique avec des associations d'idées et de rebonds dont je pourrais jalouse si je ne les adorais pas et me marrais pas à chaque lecture.

"J'ai passé un certain temps de notre vie commune à lui décrire le bourdon monstre que me procurent les courtes vacances dans les villes européennes. Je me méfie du revêtement intérieur en plastique des avions. De la structure psychique du pilote. Des variations du moteur. Je hais déplacer certaines affaires pour si peu de temps, l''exhaustivité des guides, les transports en commun étrangers. (...).

Ce n'est pas qu'une histoire de goût. Le week-end européen déclenche aussi des symptômes d'anxiété. Dès le démarrage du taxi, j'ai la sensation d'être un point lumineux qui avance su une carte. Je suis submergée par des images dépressives qui ressemblent beaucoup à celles de mon symptôme prémenstruel. Trois jours avant mes règles, j'ai l'impression, quand je me déplace, d'être une fourmi de taille moyenne."

C'est une histoire qui prend aux tripes, cette addiction qu'elle a pour ce gars, qui est son amant quelques temps. Lui a surtout un ego immense, il aime qu'on l'aime. Vue d'ici, le relation est toxique, à sens unique. Une relation au frontière de la folie et de l'emprise, de celle une relation qu'on peut avoir adolescent quand on pense que c'est si intense qu'on pourrait s'y engloutir corps et âme et qu'on ne parle que de ça.  Une relation de celle où moins tu en fais, plus tu attaches l'autre. De celle où l'idée de la relation est plus importante que la relation. On n'en parle plus qu'on ne la pratique. 

Elle en parle divinement bien, elle se rend compte  - sa psy le lui dit - qu'elle touche les limites de la volonté : vouloir ne suffit pas à faire. Ca finit comme ça commence, drôlissime. Positif, enthousiaste et fantasque. 

Il a dit "maintenant que j'ai ce projet à terminer, je n'ai plus de temps pour t'aimer". Et "Sauve ton cul."

Je peux lui faire un reproche, toutes ces citations, toutes ces références sont masculines. Que ce soit ses auteurs de prédilection ou les personnages de fiction qu'elle évoque : que des hommes (à l'exception de Iris Murdoch).

C'est le #14.  
De ma liste de lecture débutée fin décembre, une année sans les hommes comme auteurs que je lirai.


dimanche 28 février 2021

Deux ou trois choses...

 ... dont je suis sûre -  Dorothy Allison 


Dorothy Allisson
2 grands romans, à son actif : L'histoire de Bone et Retour à Cayro, publiés dans le années 1990, comme celui-là, mais tout dernièrement traduit aux Editions Cambourakis.

C'est une femme de combat, contre les violences et abus faits aux femmes et activiste lesbienne des premières heures. C'est une amie à moi qui m'avait fait découvrir Bone, j'avais été très touchée à l'époque. J'en ai repris la lecture récemment, sans aller au bout. Je l'ai trouvé  trop dur.

Le récit Deux ou trois choses dont je suis sûre est une prise de recul, sur sa vie, son histoire et celles des femmes de sa famille, l'écriture, comment s'aimer soi même, devenir résiliente (ou affranchie comme dit Camille Kouchner), avec des photos, entre le journal intime et la conversation avec soi-même.

"Je suis raconteuse d'histoires. je vais travailler jusqu'à ce que vous finissiez par me croire. Lancer d'abord des trucs véridiques, puis changer quelques détails et ajouter la certitude du scandale. Je sais l'utilité de la fiction dans un monde de dure réalité, et comment la fiction peut être une vérité plus dure encore."

Quelques choses dont elle est sûre : 

Deux ou trois choses dont je suis sûre, et l'une d'entre d'elles est la signification de savoir aucune autre version aimée de sa vie que celle que l'on se construit.

Deux ou trois choses dont je suis sûre, et l'une d'entre d'elles est tout le temps que ça prend d'apprendre à s'aimer, tout le temps que ça m'a pris, et tout l'amour dont j'ai maintenant besoin.


mardi 16 février 2021

Douceur au coeur de l'hiver

Les Forests - février 2021

Un corps me fut donner - pour quelles fins?

Ce corps qui est un seul, tellement mien.

Ce bonheur serein, vivre et respirer,

Qui, dites-moi, dois-je en remercier?

Je suis le jardinier, la fleur aussi,

Au cachot du monde, point seul ne suis

Mon souffle, ma chaleur ont embué,

Déja la vitre de l'éternité.

Si, du dessin s'y incrustent les traits,

L'instant d'après nul ne les reconnait.

Que de l'instant s'écoule la buée!

La chère esquisse n'en sera brouillée.

Pablo Neruda - 

                                                                            Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée


dimanche 31 janvier 2021

Les femmes lisent et les hommes en parlent

 
Collage du dimanche soir

Les lecteurs sont des lectrices. Le lectorat de Lire magazine littéraire  (Baptise Liger, rédacteur chef me l'a écrit dans sa réponse à mon courrier) est majoritairement féminin. En 2017, une étude montre que les lecteurs sont à 70% des femmes. Elles achètent des livres, elles vont à la bibliothèque, elles se les passent entre elles (j'adore passer à une copine un livre que j'ai aimé), elles en offrent (90% des cadeaux que je fais).
Et pourtant les émissions phares à la télévision sont animées par des hommes. Pas étonnant qu'ensuite la sélection est majoritairement  des romans ou des ouvrages écrits par des hommes.

En faisant du  rangement, je suis (re)tombée sur un dossier de Lire magazine littéraire publié en octobre 2020 : "en plein dans le PAF", comment les livres sont promus par les médias au travers des émissions.
Le point central de ce dossier est que depuis la disparition d'Apostrophes rien ne va plus : "trente après sa disparition Apostrophes fait toujours figure de paradis perdu". Ah le paradis perdu offert par Bernard Pivot.

N'oublions pas que Bernard Pivot a reçu plusieurs fois (10 fois) Gabriel Matzneff au sujet de ses romans racontant (et faisant l'apologie de) ses relations sexuelles avec des mineurs (dont Vanessa Springora). Il n'a pas pris parti quand dans l'émission où il y avait Denise  Bombardier, celle-ci s'est insurgée sur les propos de Matzneff. A voir ici la séquence. 
C'était en 1996, la loi était claire sur les relations sexuelles avec des mineurs, mais au nom de l'art, "de la littérature" (a-t-il dit l'année dernière) Bernard Pivot le recevait dans son émission.
N'oublions pas non plus que le même Bernard Pivot s'est fendu d'un tweet en parlant de de Greta Thunberg : 
"Dans ma génération, les garçons recherchaient  les petites Suédoises qui avaient la réputation d'être  moins coincées que les petites Françaises. J'imagine notre étonnement, notre trouille, si nous avions approché une Greta Thunberg..."
Ce sont les paroles d'un monsieur de 85 ans à propose d'une jeune fille de 16 ans.

Alors "le paradis" d'Apostrophes n'est pas perdu pour tout le monde. Et visiblement, les femmes s'en passeront, et notamment les jeunes. Voire même nous nous en porterons mieux, puisque c'est nous qui lisons. 

Pour autant, qui nous parlent de livres à la télévision ou la radio ? 

Citées dans Lire, quelques grandes émissions, avec la photo de leurs animateurs. Tous des hommes.

La Grande Libraire de François Busnel. C'est celle que j'écoute de temps en temps, en podcast. Je l'écoute selon les invités, les thèmes. Il a un avantage ce François, il est le compagnon de Delphine de Vigan (sacrée écrivaine) et un copain de la Grande Sophie ("Martin, est-ce que tu viennes demain?". Il est aussi à l'origine de la revue America (RIP), magnifique revue, bonheur à lire. J'ai découvert des auteurs, de romans avec cette revue. Mais. Oui, il y a un mais : America est dominé par des interviews d'hommes, à croire qu'aux USA il n'y a que des écrivains homme. Il y a un deuxième mais. Il remercie son équipe de tournage, ceux avec qui il travaillent depuis si longtemps (20 ans je croie). Ils sont quatre. Quatre hommes. 
 
Boomerang par Augustin Trapenard sur France Inter. Il est chouette Augustin, c'est pas le sujet. Il a même reçu un prix pour son engagement dans l'égalité Homme/Femme dans son métier. Incroyable, on donne des prix aux hommes pour ça?  

Fréderic Taddei pour Interdit d'interdire. ce monsieur que je ne connais que de nom, anime d'autres émissions sur d'autre radios... Bref  il truste les ondes. Avec plus ou moins la même sélection tout du long.

 Jerome Garcin pour le Masque et la Plume (France Inter). Je ne peux rien en dire, je n'écoute que lors de retour de congés en voiture. Jerome Garcin m'ennuie, comme ses livres.

Dans l'article de fond, sont citées quelques femmes tout de même dans Télématin, ou Claire Chazal sur France 5. Deux femmes. Deux émissions animées par des femmes pour parler de livres.
Et ça continue, quand on cite France Culture (encore deux hommes pour La salle des Machines de Matias Enard, la Compagnie des auteurs de Mathieu Garrigou-Lagrange), chez RTL c'est aussi un monsieur livres qui anime deux émissions à lui tout seul.

C'est désolant. Je suis abasourdie. Je comprends pourquoi finalement je ne regarde pas la télévision ni n'écoute trop la radio. Ma cueillette de lecture est trop sporadique parmi tout ça. 

A quand une émission littéraire animée par une femme?

mercredi 23 décembre 2020

Dernière minute pour mettre au pied du sapin

Tiffany  McDaniel

Tiens, la nuit où tu es née, ton père a compté toutes les étoiles dans le ciel. Ca lui a pris toute la nuit, mais il l’a fait. Tout comme il a compté les étoiles la nuit qui a suivi la naissance de tous tes frères et sœurs. Si tu lui demandes combien il y en  avait  dans le ciel la nuit où Leland est né, il te dira le nombre exact, en ajoutant  qu’il y en avait 5 de moins que la nuit de Fraya. La nuit de Trustin, c’est celle où il y avait le plus d’étoiles filantes, tandis que celle de Lint avait plus de lune qu’autre chose. Flossie qui rêve d’être une star est celle qui en avait le moins. Et tu sais  qui en avait le plus ?

Betty  -Tiffany McDaniel

Aux superbes Editions Gallmeister, dans la lignée des tous les romans publiés chez eux : My absolute Darling,  Sauvage, Dans la forêt... 

C'est une histoire de naissance et de connaissance, de vie surtout. L'auteure est jeune, c'est l'histoire de la famille de sa mère, dans l'Amérique des Appalaches (qu'on sait aujourd'hui dévasté économiquement et par les opioïdes, mais ce n'est pas de ça dont on parle dans le livre). C'était une période où tout semblait possible, ce qui le sera final pour la narratrice.

Justesse des émotions, écriture fluide et précise (dans la même tonalité que My  absolue Darling), on y parle de violences dans la famille et de ce laisse des traces dans la suivante,  de lien avec la nature, d'un père décalé dans le monde toujours au  diapason des siens. Un bijou.


lundi 21 décembre 2020

Vivre au féminin impose de ne pas (toujours) vouloir (sa)voir

 

Le duo de Deborah Levy

"Comme tout ce qui implique de l’amour, nos enfants nous rendaient heureuses au delà de toute mesure – et aussi malheureuses – mais ne nous mettaient jamais dans un état aussi déplorable que le faisait le neo-patriarcat du 21ème siècle. Ce dernier exigeait de nous d’être passives mais ambitieuses, maternelles mais pleines d’une énergie érotique dans le sacrifice mais comblées – nous devions être des Femmes Modernes et Fortes tout en étant soumises à toutes sortes d’humiliations, tant économiques que domestiques. Si nous  passions la plupart de notre temps à culpabiliser sur tout, nous n’étions pas certaines pour autant de savoir ce que nous avions fait de travers.
Ce que je ne veux pas savoir -  Deborah Levy

C'est l'autre livre (prix Femina étranger) de Déborah Levy sorti en même temps que le coût de la vie. Je ne sais pourquoi dans nos librairies deux livres en même temps d'une même auteure. On reste dans le même esprit, une lecture décalée de la vie, des liens qu'on ne ferait pas sans elle.
Quelqu'un m'avait dit un jour "notre place dans le monde est là où tu fais des liens qui ne se feraient pas sans toi". Cette personne est décédée depuis plusieurs d'années déjà, elle n'avait pas 40 ans, mais elle avait compris ça.
Je ne sais pas si Débrroah Levy sait qu'elle fait des liens qui lui donne une place dans le monde, en tout cas dans le mien!

Et en cette fin d'année, elle m'encourage : "pour devenir écrivaine, j'avais du apprendre à interrompre, à parler haut, à parler fort, puis bien plus fort,  et à  revenir à ma propre voix  qui ne porte que très peu."
Non que je ne veuille devenir écrivaine, mais juste se faire entendre. Et, je commence à comprendre qu'il va falloir que je change de tactique.

mercredi 18 novembre 2020

Vive au féminin : les choix ont un coût


 "Quand une femme doit trouver une nouvelle façon de vivre et s'émancipe du récit sociétal qui a effacé son nom, on s'attend à ce qu'elle se déteste par-dessus  tout, que la souffrance la rende folle, qu'elle pleure de remords. Ce sont les bijoux qui lui sont réservés sur la couronne du patriarcat, qui ne demande qu'à être portée. Cela provoque beaucoup de larmes, mais mieux vaut marcher dans 'l'obscurité noire et bleutée que choisir des bijoux de pacotille."

Le coût de la vie - Deborah Levy

C'est effectivement l'histoire d'une femme qui change de vie, une écrivaine qui quitte sa maison, son mari, garde ses deux filles (grandes) et qui le vit bien. On ne sait pas pourquoi elle part - peu importe d'ailleurs - elle se crée sa nouvelle façon de vivre, cherche un nouvel équilibre centré sur ce qu'elle veut/peut, qu'elle trouve (vite). Sa nouvelle vie - chaque jour nouvelle - est plus créatrice, moins routinière, plus libre au sens de moins d'obligations sociales ou d'attendus familiaux.

Simone de  Beauvoir le disait bien "pas de mari, pas d'enfants je n'ai pas le temps" sous-entendu pour réfléchir et écrire.

Les femmes mariées avec enfants le savent "un mari, des enfants, un boulot, je n'ai pas le temps" sous-étendu pour moi, pour réfléchir et pour écrire (ou peindre, ou lire, ou vivre ...) pour donner au Monde. Elles sont des "bêtes de somme" au service d'autres qu'elles mêmes.

Bête de somme (définition) : un animal domestique utilisé par l'homme comme animal de travail pour porter des charges.

Sous entendu charge mentale, sociale, affective, émotionnelle...

mercredi 4 novembre 2020

Se moquer de (presque) tout

L'Inde dans les années 1920

"J’ai donc rejoint, de fort mauvais humeur, Annie et lui pour les deux plus longues heures de ma vie, assis à l’avant d’une Rolls Royce ridiculeusement camouflée, pendant que l’homme auquel je viens de sauver la vie est assis à l’arrière et essaie de flirter avec l’objet de mon affection. Sur l’échelle des expériences, celle-ci se situe légèrement au-dessus d’une attaque au gaz moutarde dans une tranchée."

Les princes de Sambalpur – Abir Mukherjee

En ces temps confinés, je me sens totalement enfermée. Privée de Beau, d'expositions, de paysages autres que le parc en face de chez moi, de grandes toiles au cinéma, de la Vie-Comme-Elle-Va dans les rues, de voyages... Je cherche par tous les moyens à m'évader. 

Et je finis par y arriver en lisant loin, en regardant des films d'histoires (les petites,  pas la Grande - je suis une "femme à histoire(s)" comme dit mon iMari) sur des espaces ouverts. J'ai abandonnée les séries Canal qui se passent en France (Baron Noir, Engrenages : glauques et enfermants, même si très bien).
J'ai opté pour "Un garçon convenable" sur Netflix, mini série d'après le pavé littéraire de Vikram Seth. Le livre est bien mieux que la série, mais comment retranscrire les nuances des 1000 pages en 6 épisodes? 
Ca m'a fait l'effet attendu : le voyage en Inde, celle de 1950, très moderne par certains aspects et surtout insouciante et porteuse d'espoir.
J'ai poursuivi avec ce roman de Abir Mukerjee (dont je vous ai déjà parlé, il y a un an, c'est un Ecossais rappelez-vous), dans l'Inde coloniale des Maharadjas, des Princes, des diamants et des éléphants. 
C'est classé roman policier, il faut bien un critère. On ne le lit pas pour l'intrigue, on le lit pour le dépaysement, pour être écrasée par la lumière, mouillée par la mousson, prise dans la chaleur, enivrée des odeurs, ébaubie des rites, curieuse des religions, amusée par les protagonistes qui ne sont pas des héros, décalée au début du siècle dernier où tout prend du temps, quand prendre un verre était un rituel en smoking...
Et soignée par l'humour - so British - dans une écriture quasiment au deuxième degré, comme une discussion  dérisoire tout du long où on passerait son temps se moquer gentiment de tout.
J'aurai besoin en ce moment de me moquer de tout. Ce roman est un remède, le temps de ces 300 pages.



Ce qui nous dépasse, et nous enchante aussi


Louise Erdrich

"Il est difficle pour une femme de reconnaitre qu’elle s’entend bien avec sa mère - curieusement, cela parait une forme de trahison, du moins c’était le cas chez d’autres femmes de ma génération. Afin d’entrer dans la société des femmes, d’être adultes, nous traversons une  période où nous nous vantons fièrement d’avoir survécu à l’indifférence, de notre mère, à sa colère, à son amour écrasant, au fardeau de son chagrin, à sa propension à picoler ou au contraire à ne pas toucher une goutte d’alcool,   sa chaleur ou à sa froideur, à ses éloges ou à  ses critiques, à ses désordres sexuels ou au contraire à sa dérangeante transparence. Il n’est pas suffisant qu’elle ait transpiré, enduré les douleurs du travail, donné naissance à ses filles en hurlant ou sous anesthésie locale ou les deux. Non. Elle doit être tenue reposnsable de nos faiblesses psychiques pour le restant de ses jours. Il n’y a pas de mal à se sentir proche de son père, à pardonner. Nous le savons toutes. Mais la mère est contrainte à un tel niveau qu’il n’y a plus de règles. Elle doit tout simplement être accusée."

Ce qui a dévoré nos coeurs de Louise Erdrich

Louise Erdrich est une écrivaine américaine, figure de la littérature indienne, elle milite d'ailleurs pour la renaissance de la culture amérindienne. Ce n'est pas la première fois que je la croise dans mes lectures, mais c'est la première fois que je la lis. 

C'est une histoire de deuil et d'amour, et de ce qui se transmet d'une génération à une autre sans savoir, le bon comme la malédiction. C'est une histoire où les femmes se soutiennent, s'entraident et s'en sortent. De légendes indiennes qui resurgissent sans qu'on comprenne prosaïquement ce qu'il se passe, mais qu'on accepte comme un fait, pas comme un phénomène.

L'écriture est belle, et me fait l'effet d'un carré de chocolat à sucer lentement. Chaque mot compte, chaque phrase a plusieurs niveaux de sens, et je me suis régalée à relire plusieurs fois certains paragraphes pour m'en repaitre (sans danger!).

Quand aux mères, les nôtres et celles que nous sommes, il y aurait tant de choses à dire...

Je me contenterais de dire que c'est aussi ce que nous en faisons, que ce soit un cadeau ou une malédiction.

dimanche 5 avril 2020

Courage


Villagers

It took
a little time
to get where I wanted
it took a little time
to get free
it took a little time to be honest
it took a little time to be me

I took a little lover but then we parted 
it took little to get over this
and from time to time I get heavy hearted
thinking of how we used to kiss

Courage : it a feeling like no other, let me tell you
courage : in harmony with something other than your ego 
courage : the sweet relief of knowing come from free

do you really want to know about these lines on my face?
well, each and every one is testament
to all the mistakes I've had to make

to find courage 

Courage  -  album Darling Arithmetic
The Villagers

samedi 28 mars 2020

Les toits du Paradis



"Selon nos mères, si une personne âgée décède juste après notre mariage, cela porte bonheur. Enfin bon, elles disent aussi qu'être un garçon porte bonheur mais qu'une fille n'apporte que des malheurs. Ce qui prouve bien quelles ne connaissent rien à la chance."

Les toits du paradis - Mathangi Subramanian

La paradis est un bidonville de Bangalore. Pas de misérabilisme dans ce livre, dynamique, relevé, drôle et si réel. On y découvre la solidarité, la sororité, le joie de vivre même quand tout est contre nous dès la naissance, on y découvre aussi la lutte, la résilience et l'acceptation.
Un regal, un voyage, même en dehors du confinement.

Ce qui ne peut m'empêcher de penser que l'Inde est confinée, comment font ces gens dans les bidonvilles?

jeudi 19 mars 2020

De fil en aiguille (#ILOVEconfinement)

Ciel de confinement
En ces temps où nous pourrions en avoir en trop, en rab, au calme, une petite série de podcasts qui a ravi mes oreilles, accompagné sur mes trajets en métro (quand on pouvait encore le prendre pour se rendre ailleurs que chez soi!).

Le premier est une histoire, la même racontée à deux voix. Les deux protagonistes donnent chacun leur version de la même situation : celle d'un gars et d'une fille, adultes, qui sont sortis une fois ensemble et qui, un soir, se retrouvent pour dîner. Elle veut rentrer chez elle, il veut qu'elle reste. Elle doit le lui dire cinq fois pour qu'il l'entende.
 "Tout de suite les grands mots" (le nom du podcast) parle de consentement, d'une façon simple avec des mots de tous les jours. On ne peut plus explicite sur là où ça se joue. "Ca aurait était tellement classe, si tu m'avais laissée partir la première fois où je te l'ai dit".
"Tout de suite les grands mots" : https://podcast.ausha.co/transmission/tout-de-suite-les-grands-mots

J'ai tellement aimé ce podcast sur mon trajet que, quand je suis arrivée en supervision, j'en ai parlé à mes copines coach. Certaines ont des teenagers, ou des jeunes adultes à la maison, ça me semblait essentiel que nos enfants - filles et garçons - écoutent ce genre d'histoire. Evidemment, on fait des liens, on partage expérience et découvertes.

La suite se cache à France Culture dans son émission "les pieds du terre" qui a produit une série de 6 podcast d'une trentaine de minutes sur "les hommes violents". Pas de leçons, pas d'enseignement, pas de conclusion, jute un chemin à suivre dans les pas d'un jeune journaliste qui s'interroge sur "MeToo" et commence par poser des questions à sa mère, puis à une copine, puis suit un groupe de paroles d'hommes condamnés pour violence conjugales. La participation à ces groupes de parole fait partie de la sanction pénale.
Les pieds sur terre/ des hommes violents/1er épisode : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/victime-et-coupable

C'est passionnant, glaçant parfois et violent. J'écoutais ces podcasts sur mes trajets en métro, à la tête des autres passagers j'ai compris que je faisais des grimaces ou que je sursautais pendant l'écoute. Il ne me faisait pas le même effet que James Blunt!
Je porte désormais un autre regard sur les violences conjugales (ou autres). 
D'abord, c'est dans toutes les classes sociales, tous niveaux d'éducation et tout âge. MeToo n'est pas réservé aux stars du cinema. Se faire taper dessus ou insulter par son compagnon n'est pas réservé à celles qui vivent avec un alcoolique, sont illettrées, au chômage et vivent dans le Nord de la France (quelle caricature!). 
Il y a des étudiantes en master, des jeunes filles qui pourraient être nos filles ou nos soeurs, élevées par des mères féministes. Il y a des hommes éduqués, des cadres, et des descendants d'immigrés. Il y a des hommes qui s'expriment très bien, et d'autres moins facilement. 1 femme sur 5, forcement une parmi nos copines. 
Ensuite, j'ai y appris (ou ça a confirmé) que l'alcool est un facteur aggravant, comme tout le temps en toute circonstance. 
Enfin, il n'y a pas de portrait de l'homme violent (ou de la femme battue), mais souvent un modèle qu'on a connu enfant de relation homme-femme. Une vision de ce que doit être le rôle de l'homme et son pouvoir dans la relation, ce qui la rend pathogène. 

De fil en aiguille, j'ai poursuivi avec un autre podcast "les couilles sur table" et son épisode "contre la rhétorique masculinité" avec un professeur politologue québécois Francois Dupuy-Deri (il a écrit un livre la dessus en 2018). Il est  très clair "il n'y a pas de crise de la masculinité" et il explique pourquoi.
Les couilles sur la table/la crise de la masculinité : https://www.binge.audio/contre-la-rhetorique-masculiniste/

De fil en aiguille, cette dernière est désormais dans une boite de foin : à explorer les pieds du terre ou les couilles sur la table, je vais y passer tout mon temps!

Décidément, j'adore le confinement.

dimanche 15 décembre 2019

Courir

Vincent Munier 

"La vie se rassemblait : naître, courir, mourir, pourrir, revenir dans le jeu sous une autre forme."
La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson

Encore faut il qu'il y ait une autre forme. A se demander même si c'est si important que ça.
Partons courir  - pour de vrai - avant de mourir.

vendredi 15 novembre 2019

Retourner la certitude

Arromanche - novembre 2019

De tout, il resta trois choses;
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu'il fallait continuer;
la certitude que cela serait interrompu
avant que d'être terminé
Faire de l'interruption un nouveau chemin
faire de la chute un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un point,
de la recherche...

une rencontre
***

Fernando Sabino