jeudi 31 décembre 2020

Qui l'eut cru?

Pousser-Glisser 3 heures après


Moi, pas.
C'est comme les discours que j'ai tenus sur le mariage (certainement pas!), les enfants (encore moins!,) les sushis (rien que l'idée me dégoute), Venise (c'est Dysneyland). 
J'ai du rabâcher des arguments plus ou moins solides,  avec la mauvaise foi toute spontanée qui me caractérise, mais j'ai (comme ce qui est cité au dessus) fini par faire ... du ski de fond!

Il aura fallu attendre une pandémie mondiale, la (presque) année de mes 50 ans, la fermeture des remontées mécaniques (en France) et des frontières (de France) pour que je me dise que peut-être l'alternative serait le ski nordique. Pas besoin d'aller au bout du monde, au fin fond d'une vallée reculée pour ce ski-là, un plateau suffit. Et le Vercors a l'avantage de n'être pas si loin (de Paris) et à portée de voiture de Grenoble (lui même à une volée d'heures de TGV de Paris), ce qui en fait aussi un potentiel lieu de résidence en cas de télétravail pérenne (et de ras le bol parisien avéré).

Grand débutant en ski de fond à 50 ans demande de ravaler sa fierté, d'oublier tout ce qu'on sait du ski alpin et surtout se concentrer sur son équilibre. Déjà à la location, le gars nous demande quel type de ski on veut. "Euh, on débute". On a donc "des classiques", on découvrira plus tard que c'est l'original/l'ancêtre: pas de pas du patineur (ce que fait Martin Fourcade avant d'aller tirer sur sa cible du premier coup), le ski de fond c'est juste le "pousser-glisser".

La seule est unique fois où j'avais fait du ski de fond, j'étais en CE1, j'habitais Lyon et l'école dans son rôle d'égalité organisait une sortie à la neige pour faire du ski de fond. Je me rappelle que déjà à l'époque je faisais ma maline, moi je connaissais la neige, j'allais au  ski tous les hivers. D'ailleurs j'étais une des rares à être équipée d'un fuseau (à l'époque, c'était le nec plus ultra), d'un anorak et  de vrais gants de ski. La plupart des autres enfants avaient des gants en laine qui a la première chute (au bout de 2 minutes environ) étaient trempés et devenaient rapidement deux blocs de glace au bout des mains. Je me rappelle avoir eu froid aux pieds, m'être sentie ridicule avec ces skis à peine accrochés, et bien moins à l'aise que sur des planches dans une pente. Je me rappelle avoir mangé un sandwich mou fourni  par l'école dans une salle qui n'était pas chauffée, et m'être endormie dans le car du retour dans les odeurs de vêtements humides. Des souvenirs associé à cette discipline somme toute pas terribles, et surtout une sensation de déséquilibre sur ces planches tout fins.

Je me suis tu chez le loueur, le matériel a beaucoup évolué : je ne reconnaissais  pas les chaussures, et celles que je voyais me laisser espérer que j'aurai moins froid qu'il y a (plus de) 40 ans. Je me suis tout de même fait expliquer le principe de fixation, qui n'avait plus rien à voir le simple système de clip sur  le bout en forme de pied de canard. Mon iFils a raison, je date de la paléontologie.
Il y a tout de même un forfait à payer, pour l'entretien des pistes, et après c'est comme une promenade, avec des pistes balisées. Enfin presque comme une promenade.  Une promenade où il faut être attentif à  son équilibre. En permanence.

Une promenade que j'ai mise moment à démarrer, je n'arrivais pas à chausser. Après plusieurs essais infructueux, j'ai été prise d'un fou rire, et là c'était fichu. Des larmes plein les yeux je ne voyais plus où appuyer. Pliée en deux de rire, incapable de pousser-lever le pied comme il faut et d'assurer un minimum de coordination avec le lâcher du bouton pressoir. La scène au milieu de tous, avec les 3 iAdos qui me donnent des conseils, l'iMari qui se marre, et le pisteur secouriste navré... Comme dans tous les sports, il y a des barrières de sélection dès le début. Le Darwinisme du ski de fond réside dans le fait de chausser.J'en ai rêvé toute la nuit, je me suis entraînée  toute la nuit dans mes rêves et le deuxième jour, j'y arrivais du premier coup (au 2ème essai...).

C'est  un donc un sport d'équilibre, un peu comme le patin à glace.  En tout cas, vu d'une inconditionnelle du ski alpin, ça ressemble à un sport pour "faire sa gracieuse". Je ne suis pas gracieuse, je ne tiens pas en équilibre. Je suis tombée en arrière, un joli culbuto arrière alors que j'avançais. J'ai juste relâché une demi  seconde mon attention de mon équilibre. Et boum. 
Panique pour se relever. Ce n'est pas évident. Je suis là par terre, et je n'y arrive pas. Par fierté et aussi par autonomie, j'ai refusé tout aide. je devais y arriver par moi-même. Et rebelote, fou rire. Dans le froid, au milieu des vrais skieurs (ceux qui font du skating) je pleure de rire, entre deux tentatives infructueuses de me remettre debout. La technique est simple, mais il faut la connaître : il faut passer par l'avant (ce qui est fondamentalement impossible en ski alpin). Se mettre à genou sur ses skis, les pieds pliés et hop debout. 
Ce sport est éminemment sélectif. Je ne sais pas comment je suis encore là vous en parler.

Après c'est 3 heures intenses, comme un jogging où je me serai habillée chaudement. Je pousse, je glisse, j'appuie sur le bâton et  je recommence. Trempée de sueur en 5 minutes, mal au bras au bout de 10. C'est mieux que le vélo elliptique à la salle de gym (je sais de quoi je parle  j'y suis déjà allée - une fois), la vue en plus.
La descente est le stress ultime, l'instabilité par excellence, l'entrainement à la chute (et à se relever).
L'après-midi est repos, sieste, thé et podcast. 
Demain on recommence.


mercredi 23 décembre 2020

Balade urbaine au premier jour qui rallonge

Le bâtiment de l'informatique de la Caisse des dépôts et consignation. Il contient entre autres beaucoup de serveurs, des informaticiens, des prestataires qui déjeunent chez Gérard au coin de ma rue. Depuis le confinement ce bâtiment est vide, moins de monde chez Gérard le midi. D'ailleurs il est fermé, et Gérard semble exilé dans son Auvergne natale pour la période. 

C'est du  moins ce que je lui souhaite.


La lune au  loin, dans un coin de ciel bleu. On a gagné quelques minutes de jour ne plus. Ca joue sur le moral.



Détruire, reconstruire. 

Un éternellement recommencement. 

Quelle est la logique économique ? 


Pama, ce qui reste du Group dans un désordre de béton et d'acier. A quelques centaines de leur tout nouveau siège social. 

Quelle signification ces sièges sociaux ont ils encore à leur des confinements à répétition et du télétravail à outrance?


Frontière. Nette. Précise. Taguée.

Ici commence. Ici finit.


Rue Nansouty. Les belles façades. C'est ce qu'on a de plus proche de Central Park dans mon quartier.

(Je voyage comme je peux.)




Gazébo déserté de ces gars qui font leur cross fit le dimanche matin. J'ai oublié  : nous sommes mercredi.(




Vue très parisienne, parc vide. Où sont-ils ces baladeurs du dimanche?

Zut, j'ai oublié nous sommes (toujours) mercredi.




Peu de feuilles, autant d'âmes. Des policiers en vélo sur le pont au loin.


 

Traverser Cité Universitaire sans ses étudiants.

Des après midi entières j'ai passé là, jouer, raconter des histoires, boire des chocolats chauds ("encore meilleurs que la semaine derrière"), lire, travailler, attendre la fin de l'escrime, la natation, le multisport...


La passerelle du Vietnam (si seulement !) qui enjambe pleine de verdure le périphérique. Longtemps en (re)construction elle n'a ouverte qu'après que je passe mes après-midi à Cité U.


Cité du Chaperon vert, des efforts artistiques. 

Des efforts faits pour rendre cette Cité agréable, qu'elle n'est pas l'air d'une cité.

Ca marche,  on y passe, on circule, ça devient presque une lieu de passage , de balade (vers la passerelle).


Qu'apporte une girafe jaune à la Cité  du Chaperon Vert? Du jaune déjà. En  face de l'école, elle amène au  moins de discussion entre  enfants et parents. 


Des bureaux en construction. Encore. 

Que vont il devenir si on ne revient pas au bureau? 




En plus des girafes jaunes, des figures de battantes pour l'égalité des droits : Simone Weil, Dulcie September, et d'autres qui avec le temps se cachent derrière les arbres et les buissons qui grandissent.


La maison de François-Vincent Rapsail. 

Il n'a jamais été médecin, mais a voulu soigner tout le monde.


Des hommes au travail, sur un toit. Ils ne sont pas attachés. Ils ne parlent pas français (y a -t-il un lien?).

Il a bataillé pour caler son échelle de toit. J'attendais angoissée qu'il y arrive en  me demandant ce que je devais  faire s'il n'y  arrivait pas et tombait. 




























Compter #2 - ça a des conséquences

38%

Ce n’est pas de compter qui a des conséquences ; c’est de ne pas compter, de ne pas se rendre compte de nos biais, de leurs implications dans ce qu’on intègre et perpétue, dans ce qu'on pense être vraie et juste? 
Lectrice assidue de Lire avant qu’il ne se marie avec Magazine Littéraire (que j’avais aussi essayé, comme Books et comme toute autre publication sur les livres !) et devienne Lire Magazine Littéraire je ne peux pas ne pas avoir été influencée par cette surreprésentation, par ce monde écrit et raconté par les hommes, qui ne nous offre que leur point de vue, qu'une partie de la réalité.
 
Ça a des conséquences.
Directement dans ma bibliothèque, pour être anecdotique. Je rappelle : l’intime est politique. Ma bibliothèque est donc politique.
Dans ma frénésie de comptage, j’ai recensé ma bibliothèque, ou du moins une partie.
Dans la section livres de « poche », la plus ancienne, celle qui retrace de façon longitudinale ma vie littéraire (les livres achetés jeune quand je n’avais pas d’argent, les classiques qu’il faut avoir lus, et les trouvailles rapportées de partout) sur 200 livres, 76 auteures (femmes).

38% . TRENTE HUIT POURCENT.

J’ai honte. Heureusement qu’il y a eu des auteures comme Agatha Christie, Amélie Nothomb, Nancy Huston, ou Claudie Gallay, ces dernières où j’ai quasiment tout acheté en poche. Sinon je n’aurai jamais atteint ce pourcentage.
Pour me rassurer, j’ai fait un carottage, un petit test sur une autre étagère, celle où je range les achats plus récents : sur 28 livres, 18 par des femmes. 
HOURRA ! J’ai inversé le pourcentage. C’est aussi sur cette étagère que je range les féministes : Gloria Steinem, Roxanne Gay, Titiou Lecoq… 
De là à me dire que mon carottage est partial…
Pour en avoir le cœur net, il faudrait que je compte toute ma bibliothèque, sachant qu’il y en a dans toute la maison. C’est un boulot de fou, donc potentiellement pour moi au sens littéral ;  ce qui me retient  encore c’est 1) ça fait de moi une maniaco-compulsive, 2) j’ai peur du résultat. 

Je comprends exactement ce que dit Alice Coffin (le génie lesbien, j’y viendraiquand elle dit qu’à partir de maintenant (elle a 40 ans) elle ne lit plus que des livres écrits par des femmes, pour corriger sa vision du monde. Ce n’est pas exactement écrit comme ça, mais c’est l’idée. Dans son livre, elle cite sa compagne qui lui répond quand elle l’interroge sur un auteur connu de son pays qu’elle ne connait pas « je ne sais pas, le temps que j’ai, je le consacre aux femmes ».

J’aimerai faire mienne cette maxime. J’aurai 50 ans cette année, 62% de ma vie a été consacrée à lire des hommes. Si à partir de maintenant je ne lis que des femmes, alors quand je meurs vers 85 ans (espérance de vie en France en 2019) j’aurai rétabli la parité dans mes lectures. 
Je pourrai déjà commencer en faisant « une année sans les hommes » en 2021 (je salue ici Siri Hustvedt et son roman « un été sans les hommes »). Et tout de suite je stresse : comment faire si Pete Fromm sort un roman ? ou Jonathan Franzen ? ou John Irving ? ou Sylvain Tesson ? 
Je les garderai pour 2022 et en attendant j’aurai découvert plein de nouvelles auteures.
Et je vais de ce pas retourner dans ma lecture de Valérie Rey-Robert (le sexisme un affaire d'hommes).
Quand on commence on ne s'arrête plus.

Dernière minute pour mettre au pied du sapin

Tiffany  McDaniel

Tiens, la nuit où tu es née, ton père a compté toutes les étoiles dans le ciel. Ca lui a pris toute la nuit, mais il l’a fait. Tout comme il a compté les étoiles la nuit qui a suivi la naissance de tous tes frères et sœurs. Si tu lui demandes combien il y en  avait  dans le ciel la nuit où Leland est né, il te dira le nombre exact, en ajoutant  qu’il y en avait 5 de moins que la nuit de Fraya. La nuit de Trustin, c’est celle où il y avait le plus d’étoiles filantes, tandis que celle de Lint avait plus de lune qu’autre chose. Flossie qui rêve d’être une star est celle qui en avait le moins. Et tu sais  qui en avait le plus ?

Betty  -Tiffany McDaniel

Aux superbes Editions Gallmeister, dans la lignée des tous les romans publiés chez eux : My absolute Darling,  Sauvage, Dans la forêt... 

C'est une histoire de naissance et de connaissance, de vie surtout. L'auteure est jeune, c'est l'histoire de la famille de sa mère, dans l'Amérique des Appalaches (qu'on sait aujourd'hui dévasté économiquement et par les opioïdes, mais ce n'est pas de ça dont on parle dans le livre). C'était une période où tout semblait possible, ce qui le sera final pour la narratrice.

Justesse des émotions, écriture fluide et précise (dans la même tonalité que My  absolue Darling), on y parle de violences dans la famille et de ce laisse des traces dans la suivante,  de lien avec la nature, d'un père décalé dans le monde toujours au  diapason des siens. Un bijou.


mardi 22 décembre 2020

Compter #1 - Lettre à un magazine qui fut mon preféré



Je suis abonnée à Lire magazine littéraire depuis des années, j’apprécie avec des hauts et des bas ; de plus en plus de bas, tout en me disant que je dois soutenir ce type de presse, parce que j’aime la littérature, toute la littérature. Mais force est de constater que je ne pioche plus mes lectures dans cette revue (où je pioche mes lectures fera l’objet d’une prochaine analyse).

Le numéro de novembre m’a profondément agacée, en le feuilletant j’avais l’impression qu’il n’y avait que des auteurs masculins, cités, photographiés, dont on lisait les extraits qualifiés d’ŒUVRE. A tel point que je n’ai pas lu ce numéro.
Arrive décembre, avec les 100 livres de l’année selon Lire magazine littéraire. Même sentiment d’agacement ; cependant j’ai décidé d’être plus objective, alors j’ai compté. Un simple comptage, rien de scientifique, pas de population placebo, pas d’échantillon test. Juste 1+1+…

Je me suis contentée des pages 48 à 90 consacrées « 100 livres de l’année », celles qui font la couverture. 100 livres, j’ai noté 97 auteurs, parfois il y a 2 auteurs pour un même livre (les essais surtout) et d’autres fois plusieurs livres pour un même auteur (c’est plus rare).

Sur les 97 auteurs cités, 62 sont des hommes, et 35 dont des femmes -  des auteures -  soit 64% des meilleurs livres de 2020 pour Lire magazine littéraire sont écrits par des hommes. 
Je noterai juste ici que le Président Directeur de la publication est un homme, de même que le Directeur Général, que le Directeur de la Rédaction. Il faut arriver aux rédacteurs en chef adjoint pour trouver la première femme de la hiérarchie aux côtés d’un autre adjoint homme. 
Que dire des chroniqueurs ? 6 (dont Sylvain Tesson que j'adore, gentiment misogyne, si on peut être misogyne de façon « gentille ») parmi les 6, deux femmes chroniqueuses. Sur les 37 personnes ayant collaboré au numéro, 14 sont des femmes soit moins de 40%.  Doit-on s’étonner alors d’une sélection très largement masculine ? 
Oui, on doit s’en étonner, on doit même s’en indigner.

Je poursuis mon comptage : 
La moitié des auteurs cités ont leur photo en illustration : on voit donc entre les pages 48 et 90, 2 fois plus d’hommes que de femmes en photo. Ce qui est effectivement une illustration du monde qui nous entoure ! Pas du monde tel qu’il est et que nous voyons dans nos vies, dans nos familles, dans la rue, mais du monde tel qu’il est représenté.
Un seul auteur a droit à un « 4 pages » : c’est un homme, ensuite les reportages « double page » sont autant consacrés à des hommes qu’à des femmes (2 à chaque fois).  De même pour les articles qui occupent une pleine page : 7 pour chacun des sexes, cependant les femmes doivent plus souvent partager leur page (2 « pleines pages » sur 7 consacrées à au moins une femme sont partagées) soit avec un homme, soit avec d’autres femmes (jusqu’à 3 femmes en même temps).

Toujours entre ces mêmes pages, il y a à plusieurs reprises des double pages d’articles sans mention d’une seule auteure.  Je lis mon magazine, je regarde les auteurs qui « ont fait 2020 » et la revue ouverte sur les genoux : des hommes uniquement. Pas juste une fois dans le magazine, mais plusieurs fois : pages 62 et 63, pages 66 et 67, pages 74 et 75 et pages 84 et 85. Donc 8 pages consacrées à des auteurs, uniquement. L’inverse n’existe pas.

Je résume : sur 43 pages, 24 pages (vous referez mes calculs) sont donc entièrement occupées par des hommes. Plus de la moitié. Vous allez me dire : c’est bien, c’est à parité !
Et bien non. 
Car les pages restantes, les 35 femmes les partagent avec 32 auteurs masculins. Petit calcul rapide : elles représentent 36% des auteurs de l’année, sont regroupées sur 25%  des pages. Chercher l’erreur, pas dans mes calculs, il y en a surement, la démonstration est là. Non seulement elles sont moins nombreuses, mais en plus on réduit encore leur place. Et c’est juste un magazine.

Merci de ne pas me répondre  :
  •  « Comment  avez-vous fait vos calculs ? » Si vous ergotez sur mes calculs -  sachez d’abord que je peux vous donner le tableau de comptage – c’est que vous vous trompez de sujet : ce n’est pas celui de la précision à l’unité qui importe, mais celui de la tendance, elle ne changera pas avec un en plus ou en moins. Et la tendance est écrasante.
  • « On ne fait pas un magazine, et surtout pas les « 100 livres de l’année » avec un oeil sur la parité et sur le quota des pages attribuées aux deux genres ». Je l’imagine bien. Mais rien ne vous empêche de regarder le résultat d’ensemble et de vous interroger : est-ce représentatif de notre année littéraire ? Quels livres on a loupé ? Comment on a pu les rater ? Quels biais apporte la composition de notre staff ? de ces contributeurs ? Que pouvons-nous changer (si vous le voulez bien sûr) ?
  •  « On n’est pas responsable de la sélection des éditeurs et des sorties, on prend ce qui est présenté ». Et vous pourriez ajouter « On est juste à l’image de ce qui est publié ». D’accord. Alors, vous êtes d’accord de perpétuer la surreprésentation des hommes dans la littérature (et autres essais grand public). Vous pourriez, là encore vous poser la question de votre responsabilité d’éditeur de presse. Vous pourriez interroger cette surreprésentation, interpeller les maisons d’édition, en trouver d’autres différentes (que les grandes classiques), chercher, creuser, donner plus de place aux  auteures… Bref, faire votre travail de journaliste et nous montrer les biais de notre monde au  lieu de les reproduire.
Ne me dites pas non plus « Dans le numéro quarante douze, nous avons consacré plus de pages aux femmes » ; « nous avons des hors-séries consacrée à Agatha Christie, Marguerite Duras et blabla »…(et aussi à  Lucky Luke, à James Bond et à Shakespeare, et une couverture à Joel Dicker,  alors qu’aucune écrivaine n’a fait votre couverture ces dernières années). Je doute que ce comptage rétablisse un quelconque équilibre, nous partons (tous) de trop loin. Je compte pour montrer, pour qu’on s’interroge. Ne vous justifiez pas, évoluez et faites-nous évoluer, montrez-nous nos biais à défaut de les rectifier, ça aidera tout le monde.

Ne me demandez pas « Quelles auteures  ont été oubliées ? » C’est vous les journalistes, pas moi.  Trouvez-les. Ca nous évitera peut être d‘entendre parler toutes les années des mêmes auteurs et d’être saturé de Carrère, Mauvignier, Enard… tous très bons, mais omniprésents.


Par pitié évitez moi : « si on va par là, il faut qu’on aussi qu’on se mette à compter toutes les minorités». D'abord, les femmes ce n'est pas une minorité, c'est la moitié de la population. Et oui, il faut bien commencer bien quelque part. Et vous en êtes à peine au début.


Et oui, je suis d’accord avec vous, plus de parité dans votre équipe ne garantit pas une meilleure représentation (au sens plus juste des hommes et des femmes) dans les pages de votre magazine (quoi que ?). Mais démontrera que vous en avez conscience et que vous y portez un minimum d’attention.


J'envoie ce courrier à Lire Magazine Littéraire.
Je suis curieuse de leur réponse (si jamais ce courrier est lu).

lundi 21 décembre 2020

Vivre au féminin impose de ne pas (toujours) vouloir (sa)voir

 

Le duo de Deborah Levy

"Comme tout ce qui implique de l’amour, nos enfants nous rendaient heureuses au delà de toute mesure – et aussi malheureuses – mais ne nous mettaient jamais dans un état aussi deplorable que le faisait le neo-patriarcat du 21ème siècle. Ce dernier exigeait de nous  d’être passives mais ambitieuses, maternelles mais pleines d’une énergie érotique dans le sacrifice mais comblées – nous devions être des Femmes Modernes et  Fortes tout en étant soumise à toutes sortes d’humiliations, tant économiques que  domestiques. Si nous  passions la plupart de notre temps à culpabiliser sur tout, nous n’étions pas certaines pour autant de savoir ce que  nous avions fait de travers
Ce que je ne veux pas savoir -  Deborah Levy

C'est l'autre livre (elle prix Femina étranger) de Déborah Levy sorti en même temps que le coût de la vie. Je ne sais pourquoi dans nos librairies deux  livres en même temps d'une même auteure. On reste dans le même esprit, une lecture décalée de la vie, des liens qu'on ne ferait pas sans elle.
Quelqu'un m'avait dit un jour "notre place dans le monde est là ou tu fais des liens qui ne se ferait pas sans toi". Cette personne est décédée depuis plusieurs d'années déjà, elle n'avait aps 40 ans, mais elle avait compris ça
Je ne sais pas si Débrroah Levy sait qu'elle fait des liens qui lui donne une place dans le monde, en tout cas dans le mien!.

Et en cette fin d'année, elle m'encourage : "pour devenir écrivaine, j'avis du apprendre à interrompre, à parler haut, à parler fort, puis bien plus fort,  et à  revenir à ma propre voix  qui en porte que très peu."
Non que je ne veuille devenir écrivaine, mais juste se faire entendre. Et, je commence à comprendre qu'il va falloir que je change de tactique.

mercredi 18 novembre 2020

Vive au féminin : les choix ont un coût


 "Quand une femme doit trouver une nouvelle façon de vivre et s'émancipe du récit sociétal qui a effacé son nom, on s'attend à ce qu'elle se déteste par-dessus  tout, que la souffrance la rende folle, qu'elle pleure de remords. Ce sont les bijoux qui lui sont réservés sur la couronne du patriarcat, qui ne demande qu'à être portée. Cela provoque beaucoup de larmes, mais mieux vaut marcher dans 'l'obscurité noire et bleutée que choisir des bijoux de pacotille."

Le coût de la vie - Deborah Levy

C'est effectivement l'histoire d'une femme qui change de vie, une écrivaine qui quitte sa maison, son mari, garde ses deux filles (grandes) et qui le vit bien. On ne sait pas pourquoi elle part - peu importe d'ailleurs - elle se crée sa nouvelle façon de vivre, cherche un nouvel équilibre centrée sur ce qu'elle veut/peut, qu'elle trouve (vite). Sa nouvelle vie - chaque jour nouvelle - est plus créatrice, moins routinière, plus libre au sens de moins d'obligations sociales ou d'attendus familiaux.

Simone de  Beauvoir le disait bien "pas de mari, pas d'enfants je n'ai pas le temps" sous-entendu pour réfléchir et écrire.

Les femmes mariées avec enfants le savent "un mari, des enfants, un boulot, je n'ai pas le temps" sous-étendu pour moi, pour réfléchir et pour écrire (ou peindre, ou lire, ou vivre ...) pour donner au Monde. Elles sont des "bêtes de somme" au service d'autres qu'elles mêmes.

Bête de somme (définition) : un animal domestique utilisé par l'homme comme animal de travail pour porter des charges.

Sous entendu charge mentale, sociale, affective, émotionnelle...

mercredi 4 novembre 2020

Se moquer de (presque) tout

L'Inde dans les années 1920

"J’ai donc rejoint, de fort mauvais humeur, Annie et lui pour les deux plus longues heures de ma vie, assis à l’avant d’une Rolls Royce ridiculeusement camouflée, pendant que l’homme auquel je viens de sauver la vie est assis à l’arrière et essaie de flirter avec l’objet de mon affection. Sur l’échelle des expériences, celle-ci se situe légèrement au-dessus d’une attaque au gaz moutarde dans une tranchée."

Les princes de Sambalpur – Abir Mukherjee

En ces temps confinés, je me sens totalement enfermée. Privée de Beau, d'expositions, de paysages autres que le parc en face de chez moi, de grandes toiles au cinéma, de la Vie-Comme-Elle-Va dans les rues, de voyages... Je cherche par tous les moyens à m'évader. 

Et je finis par y arriver en lisant loin, en regardant des films d'histoires (les petites,  pas la Grande - je suis une "femme à histoire(s)" comme dit mon iMari) sur des espaces ouverts. J'ai abandonnée les séries Canal qui se passent en France (Baron Noir, Engrenages : glauques et enfermants, même si très bien).
J'ai opté pour "Un garçon convenable" sur Netflix, mini série d'après le pavé littéraire de Vikram Seth. Le livre est bien mieux que la série, mais comment retranscrire les nuances des 1000 pages en 6 épisodes? 
Ca m'a fait l'effet attendu : le voyage en Inde, celle de 1950, très moderne par certains aspects et surtout insouciante et porteuse d'espoir.
J'ai poursuivi avec ce roman de Abir Mukerjee (dont je vous ai déjà parlé, il y a un an, c'est un Ecossais rappelez-vous), dans l'Inde coloniale des Maharadjas, des Princes, des diamants et des éléphants. 
C'est classé roman policier, il faut bien un critère. On ne le lit pas pour l'intrigue, on le lit pour le dépaysement, pour être écrasée par la lumière, mouillée par la mousson, prise dans la chaleur, enivrée des odeurs, ébaubie des rites, curieuse des religions, amusée par les protagonistes qui ne sont pas des héros, décalée au début du siècle dernier où tout prend du temps, quand prendre un verre était un rituel en smoking...
Et soignée par l'humour - so British - dans une écriture quasiment au deuxième degré, comme une discussion  dérisoire tout du long où on passerait son temps se moquer gentiment de tout.
J'aurai besoin en ce moment de me moquer de tout. Ce roman est un remède, le temps de ces 300 pages.



Ce qui nous dépasse, et nous enchante aussi


Louise Erdrich

"Il est difficle pour une femme de reconnaitre qu’elle s’entend bien avec sa mère - curieusement, cela parait une forme de trahison, du moins c’était le cas chez d’autres femmes de ma génération. Afin d’entrer dans la société des femmes, d’être adultes, nous traversons une  période où nous nous vantons fièrement d’avoir survécu à l’indifférence, de notre mère, à sa colère, à son amour écrasant, au fardeau de son chagrin, à sa propension à picoler ou au contraire à ne pas toucher une goutte d’alcool,   sa chaleur ou à sa froideur, à ses éloges ou à  ses critiques, à ses désordres sexuels ou au contraire à sa dérangeante transparence. Il n’est pas suffisant qu’elle ait transpiré, enduré les douleurs du travail, donné naissance à ses filles en hurlant ou sous anesthésie locale ou les deux. Non. Elle doit être tenue reposnsable de nos faiblesses psychiques pour le restant de ses jours. Il n’y a pas de mal à se sentir proche de son père, à pardonner. Nous le savons toutes. Mais la mère est contrainte à un tel niveau qu’il n’y a plus de règles. Elle doit tout simplement être accusée."

Ce qui a dévoré nos coeurs de Louise Erdrich

Louise Erdrich est une écrivaine américaine, figure de la littérature indienne, elle milite d'ailleurs pour la renaissance de la culture amérindienne. Ce n'est pas la première fois que je la croise dans mes lectures, mais c'est la première fois que je la lis. 

C'est une histoire de deuil et d'amour, et de ce qui se transmet d'une génération à une autre sans savoir, le bon comme la malédiction. C'est une histoire où les femmes se soutiennent, s'entraident et s'en sortent. De légendes indiennes qui resurgissent sans qu'on comprenne prosaïquement ce qu'il se passe, mais qu'on accepte comme un fait, pas comme un phénomène.

L'écriture est belle, et me fait l'effet d'un carré de chocolat à sucer lentement. Chaque mot compte, chaque phrase a plusieurs niveaux de sens, et je me suis régalée à relire plusieurs fois certains paragraphes pour m'en repaitre (sans danger!).

Quand aux mères, les nôtres et celles que nous sommes, il y aurait tant de choses à dire...

Je me contenterais de dire que c'est aussi ce que nous en faisons, que ce soit un cadeau ou une malédiction.

jeudi 22 octobre 2020

"S'affirmer" disait-elle ... et si ce n'était pas toujours la bonne option?

 

Aussi à mettre dans  votre bibliothèque

Elle pense bien faire, certainement, en disant "lean in". 
Je parle de Sheryl Sandberg, Mme Google et maintenant chez Facebook, cette femme qui a tant de pouvoir et qui nous dit "en avant toutes" dans son livre. Je n'ai pas lu le livre, je n'apprécie que peu la dame pour qui je n'ai aucune curiosité, jusqu'à ce que je lise la 1ère phrase de sa page Wikipédia : "...une femme d'affaires et une militante féministe américaine". Elle se dit/se vit comme une militante féministe. Et c'est avec cette étiquette qu'elle nous conseille de "nous affirmer", que les barrières sont intérieures, et qu'être plus confiante, plus ambitieuse et plus comme un homme, les femmes y arrivent (sous entendu au pouvoir). 

Ce qui suscite en moi deux questions :
  • Quelle preuve on a que ça marche, à part son (unique) expérience personnelle? Est-ce que être confiante ambitieuse et "act like a man" permet d'obtenir des postes où on a le pouvoir d'agir? Avec pour conséquences de perpétuer ce système basé sur l'excès de confiance et l'ambition.
  • Y a-t-il d'autres manières de faire que celle-là? Une autre manière d'agir plus centrée sur "qui on est" plutôt que "faire comme attendu"? Ce qui potentiellement multiplie alors les façons de penser et d'agir, et d'autant, les réponses à apporter aux sujets complexes qui sont les nôtres ?
Heureusement, Leonoroa Risse, professeure d'économie à RMIT University (Melbourne, Australia) s'est penchée sur la première question, elle a cherché des preuves et ... a juste prouvé le contraire. Etudes et chiffres à l'appui. 
Dans son article sur The Conversation, en toute transparence, elle explicite sa méthode et ses sources, en bonne universitaire, ou juste parce qu'elle a l'habitue d'être contestée et que plutôt que de s'affirmer en parlant plus fort, elle préfère démontrer et justifier tout ce qu'elle énonce.
Elle a cherché à corréler la confiance en soi avec la promotion professionnelle pour les hommes et les femmes.
Les résultats sont surprenants : 
  • pour les hommes, la confiance en soi est effectivement un critère pour obtenir un meilleur job
  • pour les femmes, ce lien n'est pas établi, la confiance ne soi ne permet pas une ascension professionnelle.
Elle va même plus loin dans son étude : l'audace (voire l'effronterie et l'impudence), le charisme et le fait d'être très extraverti sont des facteurs qui favorisent la promotion des hommes. Des hommes uniquement. 
Pas des femmes. Agir en dehors des attendus de leur genre nuit à ces dernières. 
Par ailleurs, si l'excès de confiance est un critère de promotion professionnelle, ça veut  dire qu'à la tête de nos entreprises (et institutions) il n'y a que des gens sûrs d'eux (hommes ou femmes dans une moindre mesure), soit des gens en excès de confiance poussés à prendre des risques, pas toujours considérés. OOn peut légitimement se demander si c'est vraiment ce qui est voulu/attendu/nécessaire?
Elle conclut en disant que la promotion professionnelle devrait plutôt être basée sur les compétences et les capacités (que du bon sens non?) plutôt que sur la confiance en soi et le charisme. Ce qui revient à dire que confiance en soi et charisme n'en sont pas et donc que le système de recrutement mériterait d'être revu et objectivé. S'il faut revoir le système de recrutement, il semble aussi nécessaire de revoir nos milieux professionnels en permettant plus de diversité en entreprise, par exemple.

La question de l'égalité professionnelle n'est pas la question de la place des femmes en entreprise et comment elles doivent s'y prendre pour réussir,  mais bien la question du milieu professionnel et son organisation pour assurer plus de diversité (ie d'autres critères que confiance en soi, charisme et impudence). 

Ce qui m'amène à ma deuxième question, quelles sont les autres façons de faire?
Là, merci encore à une femme, à Arwa Mahdawi, journaliste au Guardian, qui publie toutes les semaines sa newsletter "a week in patriarchy". 
Elle va plus loin : non seulement elle dit que les femmes doivent arrêter de copier les hommes, mais qu'il serait temps que les hommes se mettent (un peu) à agir comme les  femmes. Ici la newsletter en question.
Elle nous parle d'une (sérieuse) étude de deux professeures d'économie l'une à l'Université de Liverpool (Supriya Garikipati) et l'autre l'Université de Reading (Uma Kambhampati) qui ont établi que
  • le nombre de cas de Covid19 est lié au genre du leader du pays (une femme implique moins de morts)
  • les résultats de la crise sont considérablement meilleurs quand une femme dirige le pays
  • les confinements ont été déclarés plus tôt dans les pays où une femme dirige
Preuves à l'appui évidemment, pas uniquement en se basant que les cas de l'Allemagne et de la Nouvelle Zélande mais en comparant des pays similaires en termes socio-demogrpahiques et économiques. C'est ainsi qu'il ressort que les 19 pays dirigés par des femmes s'en sortent bien mieux que ceux qui leur sont proches (rappel : proche économiquement et socio-démorgraphiquement) et dirigé par  des hommes. C'est valable pour le plus proche et pour les 5 autres plus proches.
Plusieurs raisons évoquées par les chercheuses, notamment liées à ce que les femmes ont appris ou introjectées au fil du temps (ie ce qui est attendu d'elles)
  • les femmes ont appris à craindre plus le risque, ou dit autrement à éviter les risques inconsidérés. Les pays dirigés par les femmes ont donc imposé le confinement plus tôt, et ainsi évité la propagation du virus et réduit le nombre de morts
  • les femmes ont aussi appris à privilégier un leadership plus ouvert et plus démocratique : dit autrement elles prennent l'avis d'autres, elles écoutent et se forgent une opinion.
Ce qui est vaguement agaçant là dedans ce sont les caractéristiques prêtées aux femmes et que ceci expliquerait cela. Mais en s'arrêtant juste aux caractéristiques, sans les genrer, il y a matière.

D'où les conclusions que je préfère tirer : 
  • d'abord que l'excès de confiance en soi est un handicap et que la prudence face au risque est un avantage dans la situation sanitaire qu'on connait, c'est à dire dans toutes les situations d'incertitude qui engagent d'autres que nous, en particulier quand la vie est en jeu. Douter, se poser des  questions est une qualité (presque une compétence alors?)
  • ensuite que diriger ne peut pas être un exercice solitaire. S'entourer, consulter, discuter, confronter des points de vues sont certainement un moyen d'aboutir à des solutions ou des décisions plus pertinentes. Encore une fois la diversité des points de vues avant d'agir au nom de tous, même en pensant le faire pour leur bien, est certainement porteuse d'actions plus adaptées.
Des premières pistes pour (re)penser les organisations dans les entreprises, donc.




mercredi 23 septembre 2020

On part de loin

 "Naître fille, c'est devoir surmonter beaucoup d'obstacles" une video de IFHG (dispo sur YouTube

L'inévitable bouquin sur Gisèle Halimi (une farouche liberté) est sorti immédiatement après son décès, sorte de discussion intime entre elle et son amie grand reporter au Monde (Annick Cojean). Casting parfait pour assurer le succès d'un livre en librairie. C'est comme ça que je l'ai acheté et lu, en quelques heures à peine.
Pas de la grande littérature, la journaliste vieillit ou n'a pas eu le temps de rédiger à son aise. Les questions sont basiques et le texte juste une reprise de ce que raconte Gisele Halimi. Bref, un entretien mis sous la couverture jaune de Grasset.
Et pourtant.

J'en ai encore appris sur la cause de femmes. Il y a aura toujours à apprendre, ça me désole un peu je crois.
Gisèle Halimi, pfff. On la connaît comme l'enfant qui a fait grève de la faim enfant refusant de faire le lit de son frère tous les matins et pour le procès de Bobigny où elle défend une jeune femme qui fait face à la justice (des hommes) pour avoir avorté suite à un viol.

Il y a plus dans cet entretien. 

Il y a l'engagement pour la cause des droits, de tous les droits de tous et pas seulement ceux des femmes. C'était l'engagement inclusif avant l'heure. Si les droits des Hommes ne sont pas respecté, alors ceux des femmes ne pourront pas l'être. Comme aujourd'hui "Black lives Matter", on ne peut pas séparer les causes.
Il y a l'engagement en politique pour faire avancer les causes, pas pour faire de la politique. Ne pas gagner importe peu, l'important c'est la bataille, c'est se faire entendre, c'est une voix dans la foule qui dit autre chose. 

Il y a le décryptage de la (dé)colonisation, de la torture en Algérie par l'Etat français. Héritage qu'on commence à peine à regarder.

Il y a l'acharnement contre la peine de mort. On oublie vite qu'avant 1981, la peine de mort existait encore en France. En tant qu'avocate elle a lutté un à un pour éloigner des gens de la guillotine. 

Il y a des portraits croquignolesques des Présidents de la République auprès de qui elle allait plaider la cause des condamnés à mort : 
Le Président Réné Coty - que j'imagine comme un vieillard pas tout à fait présent - "(...) venait tout juste d'accéder à la présidence de la République. "Comment allez vous?" m'a-t-il demandé en guise d'accueil. Cela m'a paru saugrenu. J'ai répondu un peu froidement "Bien monsieur le Président". Et il a continué "je voudrais vous voir sourire." C'était très déplacé. j'ai dit "je pourrai sourire si vous accéder à ma demande". Ndr : on se rappelle qu'elle venait demander la grâce d'un condamné à mort. 
Et il y a la fois où il a mélangé les condamnés et contre-disait l'avocate sur les faits :  "Un homme pouvait être guillotiné à la place d'un autre à cause de la distraction ou de la fatigue d'un vieux président. J'ai dit "nous ne parlons pas de la même affaire. C'est le dossier de ce matin que vous évoquez". Il a ri."
Je n'aime pas ce que ça dit de ce président sur sa vision du monde, des Autres, des hommes et des femmes en général. Et de la légèreté avec laquelle il prend sa fonction. 

Elle a plus de considération sur De Gaulle, même s'il reste le patriarche qu'on connait, le Sauveur de la nation : "il m'a tendu la main en me toisant. Et de sa voix rocailleuse, il a lancé "Bonjour madame". il a marqué un temps "Madame ou Mademoiselle?".  Je n'ai pas aimé. Mais alors pas du tout. Ma vie personnelle ne le regardait pas. J'ai répondu en le regardant bien droit "Appelez-moi maître, monsieur le Président".
De Gaulle prend ces demandes de grâce au sérieux, étudie les cas des condamnés et cherche à comprendre, sans faire autre chose (prendre ses cachets comme Coty pendant l'entretien, ou chercher à charmer comme Mitterand). Il est dans son rôle de Président, que dans son rôle, même si patriarcal et condescendant, reflet de son temps (?).

Mitterand - qui est (était) tout de même mon idole en matière de Président de la République  - est tombé de son piédestal (celui que moi j'avais érigé) "J'ai toujours pensé que Giscard était le plus féministe de nos présidents. en tout cas plus que Mitterand qui ne pensait aux femmes que pour des calculs purement électoralistes et chez qui j'ai toujours senti du Sacha Guitry." On connait un peu sa vie, son côté Guitry peut être plaisant mais son cynisme moins : 
"François Mitterand  quand à lui, me recevait et m'écoutait poliment, mais il ne m'a été d'aucun soutien. Et je ne me faisais aucune illusion sur son féminisme. Il appartenait à la vieille garde des politiciens et entretenait avec les femmes des rapports de séduction et de galanterie empreintes de paternalisme vieux jeu. (...) il était profondément contre l'avortement et, malgré ses promesses a même retardé comme il l'a pu la loi autorisant son remboursement". 

Il y a tout ce qui reste à faire en matière d'égalité, de toutes les égalités. Et son invite à la révolution. Avec  ces règles très simples (trop?) mais qui restent tellement valables ;
  • soyez indépendantes financièrement
  • soyez égoïstes, devenez prioritaires
  • refusez l'injonction millénaire à faire à tout prix des enfants : la materniét n'est ni un droit ni un accomplissement
  • n'ayez pas peur d'être féministe 
ça manque juste un peu d'universalité. 
L'égalité n'est pas le problème des femmes, mais la question de Tous, y compris pour les hommes. Le féminisme ne peut pas être l'apanage des femmes, c'est une question de société. Quand la moitié de l'humanité n'est pas considérée, représentée, entendue ... par l'autre c'est un sujet.
Nous devons aussi éduquer nos garçons et ne pas se contenter de donner des conseils à nos filles, et en parler avec nos hommes, pas qu'entre femmes.



dimanche 6 septembre 2020

Il était une rando - J#4

Le matin à Furfande

Dernier jour. Lever 6h pour un petit déjeuner à 6h30. Nous faisons partie du premier lot, sans être les premiers, les jeunes campeuses que nous suivons depuis 3 jours ont déjà tout plié et sont derrière leur café.
A gauche en sortant
On a  réfléchi à une échappatoire si à un moment il y a des défections dans la troupe - possiblement moi ou mon iAdo avec ses crampes sous le pied. Il faut dire que c'est une étape bizarre : on commence par descendre 1100 m, jusqu'à la  route en fond de vallée avant de remonter de l'autre côté d'autant et de redescendre sur le village de Ceillac.
On se dit que la montée à l'heure du déjeuner avec le col à plus de 2000 m ça risque de faire beaucoup, et j'envisage la route comme une option, enfin plutôt de faire du stop le long de la route, si le dernier n'y arrive pas.
Le petit-déjeuner est bio et homemade : confitures faites maison (vallée je pense pas refuge), céréales bio, le pain fait sur place est juste excellent, le fromage blanc une tuerie : ce refuge est une halte gastronomique.



En attendant notre panier repas
Petit cafouillage ce matin : nos pique-niques ne sont pas prêts, carrément oubliés,  bien que commandés à l'arrivée. Un autre groupe de trois jeunes est dans le même cas que nous. La fille revêche est carrément grognon, l'affaire la met en rogne, elle fait les cent pas sur la terrasse, comme si dans la journée elle n'allait pas en faire assez. "Elle fait sa rageurse" disent mes trois iAdos, ils sont prêts à la mordre tellement elle est désagréable. 
Nous aussi, on attend et on n'en fait pas tout un plat (ni tout un pique-nique!). Ca nous laisse le temps  de nous réveiller, à notre dernier de se calmer : faire son sac ce matin était le truc de trop, il en a marre de la routine du  randonneur. Il a donné des coups de pieds dans son sac, n'est pas arrivé à le fermer correctement, le tuyau de l'outre ne passait pas... logique d'échec,  il a jété ses affaires, et si nous n'avions pas tous étaient là, il y aurait une bordée d'injures. Le jour de trop pour lui. Encore un matin à 6 heures.
La veille, il a bien  marché, collé à son frère et sa soeur, pas à l'arrière avec ses vieux parents. Il a même doublé sa soeur dans le quart d'heure de course au col.... Tout se joue au mental avec celui-là.
Il est au courant de l'échappatoire, le stop est une option, s'il ne se sent pas.
On récupère (enfin) notre sac de pique-nique, mon iMari demande bien "c'est un panier pour 5?", la nana jette un oeil, 3  paquets de chips (bio) ne l'arrêtent pas "oui oui c'est le sac pour cinq". 
Bramousse en face
Et bien non, c'est le panier pour trois, on en fera les frais le midi : 3 pommes, 3 tranches jambon, 3 bouts de fromages....tout est par trois. C'est la rageuse et ses deux  copains qui ont eu notre panier pour cinq. Ils auront trop à manger, ça la calmera, elle sera moins rageuse certainement...
Mais pour l'heure, on ne le sait pas encore, on part pour notre (interminable) descente vers 7h30, en même temps  que le soleil qui se lève, cet air rafraichi par les pluies et on a l'énergie du dernier jour, celle où on se dit "profitons-en".
Même à la descente  on se fait doubler et même si tôt, on croise des gens qui montent : un gars monte en courant chargé d'un sac et d'une tente, et nous double à la descente un peu après, toujours en courant, mais sans sa tente et son sac. Il nous a fait l'effet de quelqu'un qui a oublié quelque chose  "zut!, j'ai  laissé ma fille dans la voiture...".
Des petits nuages de brune dans la vallée, le  chemin est dessus de cette petite mer de nuage, le soleil éclaire le haut des montagnes, la descente est raide, avec des passages pas évidents, interdits aux VTT et aux chevaux. Je me félicite de mes cannes de marche à ces moments précis.
Un des chapelle des Escoyères
On traverse des hameaux avec plus de chapelles que de maisons, tout est parfaitement entretenu. A se demander s'il y a du monde toute l'année, et si oui comment font-ils en hiver?
La vallée est extrêmement étroite, les flancs raides, la route sinueuse, on imagine mal le chasse neige passer là facilement.
Au hameau des Escoyères, cette après-midi c'est la fête de Saint Roch (ne me demandez pas le lien entre les deux! C'est comme dans la vallée chez mon père la fête du village de Prapic est le jour de la Sainte Anne, à cause de l'église dédiée à Sainte Anne, il doit y avoir un lien similaire entre le hameau des Escoyères et une de ses 3 chapelles dédiée à Saint Roch). La fontaine du village est pleine de bouteilles : jus et vins sont au frais, les champs sont transformés en parking. Ils attendent du monde.


le temps que ça se lève
Des  randonneurs se sont déchainés contre le refuge de Furfande en inscrivant des messages sur tous les  panneaux du GR, visiblement le petit laïus sur les régimes individuels et le  repas collectif n'a pas plu à tout le monde ! On comprend que le mécontent est plutôt végétarien et n'a pas apprécié ni les menus, ni les tarifs du refuge.
Le village de Bramousse, notre halte de midi est pile en face de nous. Une tyrolienne nous éviterait de descendre les 300 ou 400  mètres d'altitude jusqu'à la route et de les remonter de l'autre côté. Le village semble si près, en tendant la main, on pourrait toucher l'arbre devant la maison à l'entrée du village.
A la route, on s'installe un moment sur le pont regarder le torrent et la bande de gars en rafting, pas très dégourdis, coincés sur un rocher. La traversée de la route est dangereuse le chemin déboule direct au bord,  dans un virage, on n'a aucune visibilité. Après quatre jours de randonnée, ce serait dommage de se faire renverser par une voiture dans un virage. On  doit traverser en courant avec nos sacs après 4 heures de descente!
Mon iAdo m'annonce qu'il a bien envie de poursuivre à pied, "si ça me va et que je ne suis pas trop déçue de faire du stop". Moi aussi j'ai envie de continuer. Parfois de donner le choix, ça permet de faire le bon, sans se sentir obligé.
Le dernier nuage
C'est aussi raide de l'autre côté pour monter! En une demi-heure, on pense arriver à Bramousse, mais plusieurs panneaux nous indiquent qu'on est ici "aux Garçins ". Ce village est  suffisamment grand pour avoir des hameaux! Encore une demi-heure, et nous sommes effectivement à Bramousse, 3  maisons dont un gîte d'étape, une fontaine et un ruisseau.
On s'installe en face de la fontaine et  au bord du ruisseau à l'ombre pour manger notre pique-nique pour trois. Quand on s'en rend compte, nos iAdos "ont le sum" (sic), c'est terrible de se partager 3 paquets de chips, et tout le reste. Heureusement, il reste des petites choses de la veille comme la moitié d'une tourte de pomme de terre,des tomates, un oeuf dur... personne n'a faim. Mais l'idée que c'est la rageuse qui mange leur  pique -nique les rend fous!
Spectacle local pendant notre pause déjeuner, deux vieux : un ancêtre - tout tordu mais qui tient encore debout - et un  vieux  ui se déplace lentement, mais qui peut encore se baisser, tentent de déboucher la déviation du ruisseau qui circule vers les jardins et vers un bac qui permet de faire tremper des bidons de lait (dans le temps) et je ne sais quoi aujourd'hui. Les choses sont lentes pour les deux vieux, un qui donne des conseils, l'autre qui n'arrive pas à les suivre. Ca n'avance que très peu jusqu'à un plus jeune arrive et juste parce qu'il peut se mouvoir normalement il débouche le truc. 
Au départ de Furfance
Reprendre la marche après notre pause déjeuner,  même légère, n'est pas facile. Il fait chaud à l'ombre des sapins. On emprunte une route forestière en alternance avec des sentiers qui coupent les lacets, puis on marche le long d'un ruisseau au bord d'un vallon qui débouche sur le "haut de Bramousse" et ses chalets d'estive, tous bien entretenus. C'est exactement le genre d'endroit où j''aimerai passer du temps. Loin de tout, il n'y a rien à faire, juste la vue. Pas de connexion, à peine l'électricité. Un cheval est en liberté, des vaches sont dans un champ au-dessus entouré de sapins.
Rude montée encore, dans la forêt jusqu'au col de Bramousse (tout à le même nom dans ce côté de vallée). En arrivant près du col, la pente s'adoucit, d'un coup on sort de la forêt on est au col. C'est étonnant pour un col de déboucher d'un coup des bois et d'y être. C'est un col large, un petit plateau, herbeux, entouré d'arbres. De col que le nom, pas la topographie. 
Fini les montées pour la journée!

Col de Bramousse

Le soleil se lève
On décline la variante, qui nous ajouterait un autre col par la gauche et on s'attaque à la descente, longue descente de nouveau. Magnifique, moins raide que celle de ce matin : on  serpente dans les bois, le long d'un torrent.
Pour la première fois depuis 4 jours que je marche, je double quelqu'un! C'est à peine un randonneur, je le rangerai plutôt dans la catégorie flâneur.  
Mes iAdos qui ne loupent rien me lancent "tu viens redoubler ton premier randonneur!". Bon. La semaine suivante quand je ferai juste une balade à la journée dans ma vallée, pour aller au lac des Pisses (1000m, marqués 3h30 au départ) je doublerai tous les randonneurs devant moi, et ne serait dépassée que par les trailers. C'est une histoire de publics. Sur les GR, on rencontre surtout des perfomeurs, des jeunes et des randonneurs aguerris en quête de chrono, parmi ceux-là, je suis outsider :  ni jeune, ni  compétitive! Alors que dans nos petites randonnées de vallée, je suis mainstream...
En bas de la vallée, on suit un bout de route pour contourner une église isolée au milieu des champs et rejoindre  Ceillac. Avec sa rue principale, ses bars, ses magasins et sa foule masquée, on a l'impression de rejoindre la ville! On retrouve notre voiture, et en moins de 5 minutes on a mis nos sandales et on cherche un rade pour boire un coup et manger une glace. 
Terrasse, soleil, déambulation des touristes, la rageuse est assise la table à côté avec ses deux copains de marche, et toute une petite bande de jeunes de groupes différents qui étaient avec nous au refuge hier et qui se retrouvent là. Tous en fin de rando.
Si haut!
Le temps que j'aille cherche ma glace (pas servie à la place comme les crêpes des enfants), la rageuse est en grande discussion avec mon iMari et mes iAdos. Elle a demandé si on n'avait pas trop eu faim à midi car ils ont eu nos pique niques, et "si on veut il leur reste une pomme!" Je trouve ma petite bande pas rancunière  pour deux sous à parler avec cette pimbêche après tout ce qu'ils ont dit sur elle. Mais ils sont polis, font la papote en disant 10 fois que ce n'était pas grave pour le pique-nique... (les menteurs!) et à raconter d'où  on venait, ce qu'on faisait après....
J'ai décidé de boycotter cette conversation, d'abord parce que c'est ce que je sais faire de mieux et ensuite pour savourer mes boules macadamia et myrtille (glace des Alpes, cet été j'ai testé beaucoup de leurs  parfums, je recommande violette, myrtille, framboise et basilic. Jasmin est décevant, pêche de vigne pas assez prononcé).
La rageuse raconte qu'ils étaient bien embêtés de se retrouver avec nos cinq repas, j'estime que compte tenu qu'il ne reste qu'une pomme leur culpabilité a été de courte durée et pas bien grande.

Pause goûter terminée, on roule à notre chambre d'hôte que j'ai choisi un peu au dessus du standing gite/refuge. Piscine et chacun sa chambre (enfin adultes enfants séparés!). La maison est une grande ferme queyrassine retapée de la cave au grenier, dans un vallon après un torrent. Comme dans un écrin.
Saint Véran
Nous avons une grande chambre et salle de bain intégrée, les enfants sont dans une yourte mongole dans le jardin, avec des douches solaires dans une cabane en bois. Le jardin est immense, en plus de la yourte des cabanes en bois cachées dans des recoins, un salon d'été, une grande piscine et plusieurs coins pour se poser, jouir de la vue et des montagnes. 
Au programme : douche, piscine lecture jusqu'au diner. 
Dans la réalité, pas tout à fait. 
Germain s'est ouvert le pied peu de temps après avoir plonger une tête dans l'eau. Ouvert le pied en vrai. Pas la petite égratignure. 
La grande plaie, entre les doigts de pied, la plaie qui saigne abondamment, avec la peau qui pendouille, et comme c'est dans une pliure, à moitié cachée.  
On en voit pas la plaie, mais on entend l'enfant. 

Notre blessé

En temps normal, je n'aime pas le sang, je tourne vite de l'oeil, fatiguée par les 4 jours de marche, je ne regarde même pas les dégâts. Je vais chercher la trousse de secours et laisse l'iMari s'en occuper. Les cris ont alerté les propriétaires. Au moment où on se dit qu'il va falloir chercher un medecin pour recoudre, le gars nous dit qu'il est pisteur-secouriste l'hiver à la station, qu'il a des stériles strips et que "ça devrait aller avec ça". C'est lui qui a soigné notre blessé. 
Moi, j'ai tenu la main en regardant les montagnes, mon iMari a fait l'assistant et le blessé s'est retrouvé bandé et porté pour le reste de la journée et quelqu'unes des suivantes. Bonne façon de clore la rando!
Repas de montagne arrosé, mon iAdo râle parce qui'l n'y a pas de 2ème service de tartiflette, et que le dessert a des fruits. Il argue pour des portions spécial "Ado après rando".
Alcool fort pour les adultes et au lit. 
Saint Véran
Pas de réveil aux aurores, juste un tardif pour ne pas louper le petit déjeuner. 
Nous sommes les derniers levés aujourd'hui.


Les cadrans solaires du Queyras ne servent pas à donner l'heure : la 1ère fonction est de montrer le rang du propriétaire (il a de l'argent pour un truc inutile), la 2ème c'est de dire qu'on est érudit, la 3ème est l'esthétique. Et de temps en temps ca donne l'heure...