mercredi 24 mars 2021

Pourquoi faut-il regarder la Chronique des Bridgerton?

 

Le coeur sur la table - Binge Audio

Ce n'est pas pour l'histoire, le plot. Dès le premier épisode, on sait qui est LE couple de la série, et qu'il faudrait toute la saison pour qu'ils soient enfin ensemble (ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants). Il enchaine les clichés, les tensions (sexuelles et belliqueuses - entre les hommes) avec les scènes de sexe là où il faut

Ce n'est pas non plus pour la beauté des acteurs (quoi que le beau héros black ténébreux ça se discute). Mais non, notre héroïne est une blonde fadasse à la voix aiguës, les frères sont passables. Bref pas de voyeurisme dans cette série.

Ce n'est en rien pour l'aspect historique. On n'y apprend rien sur l'histoire de l'époque, censée être sous la régence anglaise au 19ème siècle, ni sur les coutumes et les costumes. Il y a eu suffisamment d'articles sur le sujet relevant les anachronismes et les incohérences vestimentaires : pourquoi un corset alors que les robes ne sont pas cintrées et tombent droit à partir de la poitrine? est une des polémiques. Non résolues à ce jour.

Ce n'est ni l'histoire, ni l'Histoire ni les protagonistes. Alors?

8 épisodes d'une heure. Que j'ai regardés jusqu'au bout. 

Le premier épisode : tard un soir, en me disant que ça me mettrait un fond sonore et lumineux pendant que je lisais vaguement. Un soir où je devais être bien fatiguée, et j'avais besoin d'un lavage de cerveau. 

J'ai froncé les sourcils dès le début : c'est quoi ce truc où il y a des black à la cour d'angleterre ? 
Et à l'écran ça coulait tout seul. J'ai levé le nez de mon livre et j'ai écouté plus attentivement. 
J'ai alors "vu" le scénario. Pas le film, le scénario. 
La Reine est noire, le Roi est fou (blanc), une des femmes les plus intelligentes de la cour est black (c'est la bonne fée), on y admire la beauté des unes et des autres sans se poser la question de la couleur. J'ai eu l'impression d'être la seule à remarquer que les gens vivaient mélangés sans que ça ne semble étonner personne. J'ai même filer un coup de coude à mon iMari à côté pour lui dire "et regarde, il y a des noirs à la cour d'Angleterre! Ce truc est anachronique ou c'est de la science fiction".

Le clou du spectacle (ou la clé) est qu'il aura suffit de "l'Amour" pour faire une société aussi intégrée : parce qu'un jour un roi blanc est tombé  follement amoureux d'une femme noire et en fait sa reine. Et comme par magie, la société est devenu mixte, intégrée, exempte de racisme. (enfin presque : je ne sais plus s'il y avait d'autres communautés représentées comme les asiatiques ou les indiens...). 
Ah le miracle de l'amour! Ce n'est le miracle de l'amour qui est intéressant, c'est notre (ma) réaction au fait qu'il y ait des black dans cette série. A la cour d'Angleterre, bon sang!. Ca en dit long sur ma vision du monde. Dans la rue oui, dans les séries, ça m'étonne. Je le remarque, ça m'intrigue, je regarde jusqu'au bout.

La vraie raison (en plus de la précédente) pour laquelle la chronique des Bridgerton mérite d'être regardée est que c'est une prise de conscience féministe. 
Non, je vous rassure je ne vois pas le féminisme partout.  Il est juste mis en exergue dans cette série par le décalage d'époque. Les mêmes questions se posent encore aujourd'hui pour les femmes. Les mettre dans une série et les transposer au 19ème siècle ne fait qu'un effet loupe.

Si aujourd'hui on a la possibilité de gagner notre vie (ce qui n'était pas le cas à l'époque), est-il possible, acceptable socialement de ne pas se marier? Ou de ne pas vivre en couple? De choisir de ne pas avoir d'enfant? D'avoir des enfants tout·e seul·e? La norme sociale de l'hétérosexualité, du mariage et des enfants laisse-t-elle le choix pour autre chose ? 
Pour moi c'est trop tard (j'ai déja coché toutes les cases : hétéro, mariage et enfants) mais pour nos filles? Pour nos fils? Pour d'autres que nous plus jeunes? 

La question du corps des femmes, du désir, de plaisir, de la maternité... toutes reliées aux hommes (dans la série) et dans la réalité d'aujourd'hui ?
Le choix de penser, d'écrire, d'exister sans homme, sans famille? 

Ce ne sont plus littéralement nos pères ou nos frères qui décident pour nous, mais la norme sociale, notre système patriarcal bien rodé, qui nous donne l'impression d'être libres et égales en toute conscience. Ce sont toujours les hommes, mais de façon plus subtile, moins directe, tout dans l'implicite en nous laissant croire que nous sommes libres.  

Sans revenir à Mona Cholet (sorcières, la puissance invaincue des femmes - où il y a des beaucoup de choses à redire, le style pour commencer, les chiffres ensuite  ...), ce sont des questions où on l'impression qu'aujourd'hui on est totalement libre, on a le choix. Ce qui est probablement un leurre.
Relisons Rebecca Solnit - moins controversée, qui nous démontre que le mariage hétérosexuel est plus sûr moyen de maintenir un système patriarcal. Et que nous y sommes consentantes, plus encore nous pensons que c'est un choix conscient, voulu, et assumé. 

Alors je nous invite à écouter la série de podcast de Victoire Tuaillon "le coeur sur la table " qui révisite la notion de l'amour. Une relation parmi d'autres, mais qui prend le dessus sur toutes les autres, surtout si on parle d'amour hétérosexuel (attention certains épisodes sont crus, voire parlent de violences).
Pour nous ouvrir les  yeux par les oreilles, pour nous montrer ce qu'on ne voit pas directement et qui nous sautent aux yeux chez les Bridgerton.



mardi 23 mars 2021

Il était une Madame Le Carré

 

Jane + David Cornwell = John Le Carré

Je l'ai déja évoqué, dans une autre vie (une deuxième, une parallèle, un nième) je serais espion ou écrivain, ou John Le Carré parce qu'il est - était  - les deux.

John le Carré est mort en décembre 2020, à mon grand désespoir. D'abord ça signifie plus aucun nouveau roman de lui. Plus jamais. Même si ça m'arrange en 2021 parce que je n'aurai pas pu lire son bouquin à sa sortie (une année sans (les hommes). Ca me rend triste. Et ensuite parce que ca veut dire que je vieillis : mes écrivains préférés sont en âge de mourir. Me too.

Il est mort et sa femme, la compagne de tout une vie est décédée en février 2021. Je me suis peu intéressée à la vie de l'homme derrière l'écrivain, je ne savais pas qu'il était marié ni qu'il avait un fils. Le fils est écrivain, de science-fiction. Je ne pourrai pas me consoler de la perte du père avec le fils.

Et le fils a rendu visible sa mère, lui a (re)donné la place qui semble être  la sienne dans l'œuvre du père. Dans un article du Guardian, il raconte le rôle crucial de sa mère, sous "couverture". David Cornwell (le père) écrivait à la main, Jane Cornwell (la mère) tapait les feuillets, mais surtout relisait, discutait avec David, réécrivait, résolvait les énigmes, les manques, ajustait l'histoire. Bref, elle faisait le travail éditorial.
Nick - le fils - écrit "my parents have been defined by the work they did together, and by a working relationship so interwoven with their personal one that the two were actually inseparable."

Elle n'a jamais voulu que cela se sache (nous dit le fils), elle s'est fanné (sic) peu après qu'il soit mort. Ca ressemble à une symbiose, comme on en trouve dans la nature, on vit à deux, on produit à deux, on ne sait pas survivre seul. C'est un peu comme dans cette rubrique du journal Le Monde "je ne serai pas arrivé là si...". David Cornwell ne serait pas arrivé là si Jane n'avait pas été là.

John Le Carré était le travail éditorial d'un homme et d'une femme. Un nom de plume qui cache deux personnes. 
John Le Carré est un homme ET une femme à la fois. 

Merci de le dire. 

PS : en cherchant une photo de John Le Carré (du couple donc), je tombe sur la chronique de Nicolas Demorand sur France Inter qui parle aussi de l'hommage de Nick Cornwell à sa mère, en nommant David Cornwell, "Rockwell."
France Inter : vous pouvez mieux  faire.

lundi 22 mars 2021

Printemps et nouveautés

 
Jardinage 2021

Soleil, température en hausse, mars. Des indices qui chuchotent, prescrivent, se font pressants et hurlent :  JARDINAGE. 

Les étoiles sont alignées ; je suis arrêtée (rien de grave, besoin de repos et mon propre rythme), j'ai du temps. Il fait (relativement) beau. Une copine me raconte qu'elle aussi a été arrêtée, et qu'elle est passée chez Truffaut, a rempli son coffre de plantes et graines, et a jardiné la plupart du temps. Ca m'a fait grand bien, dit elle. L'idée m'a plu, je l'ai partagée avec mon iMari :  "je vais aller chez Truffaut acheter des plantes". Mets les directement au compost, ça rira plus vite a été sa réponse. 
Il me connait (trop) bien, je l'ai trop fait le coup du jardinage : ramener des plantes, se doter d'une quantité non négligeable de graines. Et tout laisser là. Jusqu'à ce que les plantes en pots meurent, les graines périment. Je fais avec les plantes comme avec les livres, les magazines, ou la musique : je ramène à la maison, je mets à disposition et ils finissent par s'en saisir, lire, écouter, dire que ça leur plait ou pas, et prendre le relais ou donner leur avis. 

Ca marche pour la culture. Pas pour celle des plantes. Mais alors pas du tout. 
Rien ne se met en terre tout seul, rien ne pousse tout seul. Quand, par hasard, il m'arrive de planter des choses ou de jeter des graines, je l'oublie instantanement. Elles ne sont jamais arrosées. Ca m'échappe que j'ai mis des choses en terre et que je suis censée m'en occuper. C'est un miracle que j'ai pu garder en vie 3 enfants, vu mon comportement avec les plantes.
Peu importe, j'ai récidivé. J'ai fait le plein du printemps : pensées, jacinthes, primevères, myosotis, hortensias, framboisiers, des trucs avec des noms bizarres, des plantes aromatiques, un (seul) pied de tomates car je trouve que c'est trop tôt dans la saison, un pied de concombre, des graines de légumes (aubergines, courgettes, et potiron même si ça pousse tout seul souvent directement provenant du compost).

Et j'ai tout planté. Comme une intello. 
C'est à dire en passant plus de temps à faire le plan du jardin sur une feuille banche, avec des feutres, un petit code couleur, un carnet où je note les trucs (je ne me rappelle jamais s'il faut mettre les aubergines avec les haricots ou avec les tomates)... 
Je suis obligée de consulter mon iAdoe car elle est fait aussi des plantations (qu'elle arrose, qui poussent, qui donnent des salades en mai, des radis pour l'apéro et des fraises peut-être cette année). On se partage le territoire. Moi je fais le plan des plants, je plante ce qu'elle me laisse comme bouts de terre pour mes expérimentations (qui manquent de suivi malgré le carnet). 
La bonne nouvelle est que j'ai tout mis en terre, rien au compost. 
J'ai même de nouveau essayé les semis. L'année dernière, certains sont morts de soif, d'autres n'avaient pas assez de terre (j'ai oublié de les repiquer au bon moment). Et comme nous n'étions pas là de tout l'été un grande partie de notre récolte a séché sur place. J'ai directement fait des bocaux de tomates séchées. 

Autre nouveauté du printemps, je me suis inscrite et j'ai participé à une formation de Noustoutes.org sur les violences sexistes et sexuelles (niveau 1). Noustoutes est une association activiste, animée par Caroline De Hass en tête de pont
C'est gratuit, c'est en ligne c'est à des horaires compatibles avec un job à temps plein. C'est militant aussi, et c'est surtout utile à la prise de conscience. C'est bien fait : les définitions, les chiffres, comprendre le processus de violence, que faire quand une femme (victime)  nous en parle...
Je n'ai pas forcement découvert beaucoup de choses, quelques points clés pour le mettre en lien avec ce qui se passe en entreprise : la différence entre violence et conflit, la médiation comme solution au conflit mais pas à la violence...

C'est surtout utile pour mettre les choses en lien, et s'initier au phénomène. Cette première séquence me laisse sur ma faim sur comment agir (mais ce n'était pas le but de la formation).
En attendant de pouvoir m'inscrire au niveau 2, Je me suis inscrite le mois prochain à la formation sur la culture du viol niveau 1. Je m'attends à plus de prise de conscience. Je mesure après avoir lu "le sexisme, une affaire d'homme" de Valérie Rey Robert, à quel point nous en sommes imprégné·es, et que nous ne voyons pas toujours ce qui devrait nous choquer.
Dans leur "catalogue", il y a aussi une histoire des violences et éduquer à la non violence

C'est un sujet lourd, il est préférable de l'associer au jardinage pour compenser.


vendredi 19 mars 2021

D'autres que moi

dans la newsletter "the audacity"


D'autres que moi font des expériences littéraires. Et en parlent. 

C'est une autre, que j'ai croisé en lisant The Guardian en ligne. Elle en a fait un site, carrément. C'est une galloise, qui vit à Melbourne, elle s'appelle Sophie.

Son expérience est d'explorer l'écriture féminine (de la littérature surtout, mais aussi des essais) dans tous les pays. TOUS les pays. Elle lit donc depuis 3 ans des livres écrits par des femmes, un titre de chaque pays, soit 199. Son choix est plus large que strictement la notion de pays, plus un choix de culture ;  elle a inclus un titre du Tibet par exemple (et d'autres qui ne sont pas "politiquement" des pays). Elle a sélectionné les titres d'après des recommandations de lectrices·eurs (on peut s'interroger sur Françoise Sagan pour la France), et ensuite raconte comment elle s'est fourni les livres, ce qui semble aussi être une démarche en soi que de récupérer des traductions.  
 
Son site Readingwide est clair, simple, et ses revues ont un air scientifique (ou du moins sérieux): elles sont organisées selon un même modèle - ce que je trouve admirable et que j'envie tout en me demandant si j'en serais capable. 
Une rubrique nutshell ("en un mot") : le pitch du livre, de quoi ça parle. 
A line  : une citation. J'adore les citations, je note celles que j'aime, je les partage, et c'est souvent parce que j'ai des lignes à partager que j'en viens à parler d'un livre. 
An image : une image qui lui reste du livre, une impression visuelle, une scène, ou ce qui lui vient. 
A  thought : une pensée à partager suite à la lecture, parfois une émotion plus qu'une pensée. C'est son vécu qu'on a là. 
Et enfin a fact : un fait issu de la lecture, ce que ça lui dit, ou juste un truc à dire sur le livre. 

En lisant le contenu de chaque rubrique j'en conviens ça n'a rien de scientifique, d'autant qu'on y écrit ce qu'on veut, y compris des sentiments dans la rubrique fact : constater des sentiments qu'une lecture produit, c'est bien un fait non? 
Bref, je pourrai m'inspirer de cette façon de faire pour ma liste de lecture "d'une année sans (les hommes)", en créant mes propres rubriques. Un test de Bechdel pour la littérature? Une évaluation de l'apport à la cause des femmes de chaque bouquin? L'idée nouvelle / la représentation nouvelle que j'ai acquise? ... J'élabore bien des grilles de lecture pour mes clients quand je leur apporte du contenu je pourrai imaginer la même chose pour me lectures d'autrices de cette année. Que cette expérience "une année sans (les hommes)" devienne presque une étude socio-scientifique, ou scientifico-sociologique. 
J'en ris d'avance, c'est d'abord une lubie, engendrée par un ras-le-bol général. Une lubie qui fait sourire mon iMari, amuse mon Iadoe, indiffère l'iAdo2, et questionne iAdo3, et qui au final génère qu'eux aussi se rendent compte - tout de même-  qu'il y a beaucoup (trop) d'hommes partout.

Une autre, plus connue, a créé the audacious book club. Roxane Gay (dont j'adore Bad Feminist) a lancé en début d'année sa newsletter the audacity et son cercle de lecture. Ca fait partie des bonnes choses sur lesquelles j'ai fini l'année. Sa newsletter est gratuite, inscription ici, et il y a plusieurs niveaux d'engagement, payants, le cercle de lecture l'est, il donne accès à des discussions en ligne entre lectrices·eurs et avec les autrices·eurs. 
Elle a publié sa liste de lectures pour l'année, son critère  : les écrivain·es américains sous-représentés. Beaucoup de femmes dans les 12 titres (2 auteurs hommes, d'après les prénoms), des blacks et certainement d'autres cultures, des transgenres et d'autres encore. Quand j'ai regardé la liste, plongé dans les résumés, j'ouvrais des histoires et des espaces inexploirés, pour moi. Connus peut-être, mais pas encore explorés. Du coup, j'ai eu envie de tout lire. 
Je crains que rien ne soit traduit en français (ou peu, ou pas tout de suite), aussi il y a un coût d'entrée, un peu comme Sophie dans l'expérience précédente, trouver le livre en France (sans passer par Amazon), le lire en anglais, comprendre toutes les nuances et y prendre plaisir. Explorer des espaces nouveaux dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle... vive l'aventure. 


samedi 6 mars 2021

Une année sans - la liste des 14 premiers, pour donner envie

Miho Kajioka - As it is  (exposée à la Galerie Polka)

 Ici la liste "avec" de l'année sans (les hommes) :

  1. Louise et Clem de Julia Glass
    • Toujours agréables à lire ses romans. Les premiers sont  moins denses que les derniers sortis, mais c'est comme un bon thé au coin de la cheminée : jamais décevant.
  2. Chavirer de Lola Lafon. 
    • Elle a surfé sur le thème tendance "abus sur mineurs" et c'est tombé à côté. Ca ne touche pas, et c'est moins bien écrit qu'un fait divers dans 20minutes. Elle donne l'impression de n'avoir pas instruit le sujet ; comme si c'était une rédaction donnée au collège et écrite dans le week-end sans faire de plan.
  3. Souvenirs du futur de Siri Husvedth
    • Passez cet écrit que je ne saurai lire. SH n'est pas loin d'être une de mes autrices préférées, mais ce truc-là, de sortir ses vieux carnets et de les commenter.... Ce n'est pas de l'entre-soi, c'est de la complaisance. Elle a mieux, et plus à dire qu'à se regarder le nombril, en s'apitoyant vaguement sur son sort de jeune fille.
  4. Le coeur battant de nos mères de Britt Bennet
    • C'est une histoire alambiquée de l'Amérique noire. Je n'arrive pas à savoir si j'ai aimé ou si ça m'a semblé insipide, convenu, un peu trop classique. C'est tout de même cette autrice qui a écrit "je ne sais pas quoi faire des gentils blancs". Mais son roman n'a pas laissé de traces chez  moi.
  5. Le sexisme : une affaire d'hommes (essai) de Valerie Rey-Robert
    • Indispensable à lire pour comprendre notre culture patriarcale dont les hommes sont aussi les victimes, d'une façon violente. Indispensable pour déconstruire comment on se construit aujourd'hui en tant qu'hommes et femmes dans notre société et que la liberté de genre est pour l'instant un leurre.
  6. La familia grande de Camille Kouchner
    • au déla du retentissement médiatique parce que ce sont tous des gens connus (elle est elle- même la compagne du président du journal Le Monde), c'est  l'histoire d'une emprise familiale, et du chemin pour s'en affranchir.
  7. L'égalité sans condition (essai) de Rejane Senac
    • Indispensable pour décoder le semblant du neutre et l'exclusion qu'induit la notion de fraternité et d'universel. Ce livre fait partie du kit de base pour croire, comprendre et agir pour l'égalité.
  8. Fugitives d'Alice Munro
    • Un recueil de nouvelles, du bon Alice Munro
  9. La trajectoire des confettis de Marie-Eve Thuot
    • Comme parfois les québécois nous surprennent, ce livre en est une, de surprise. Plutôt bonne si on ne se choque pas facilement. Des personnages qui se croisent; qui ont de liens et des relations entre eux, où le genre se trouble, la sexualité est une affaire de sexe et pas d'orientation sexuelle, et l'amour encore autre chose. Là où nous, français de ma génération, alignons encore toutes ces notions, en essayant de les classer. A la lecture de ce roman, on oublie le classement, on oublie la morale tant qu'il n'y a pas de dommages. Prudes s'abstenir.
  10. Deux ou trois choses dont  je suis sûre de Dorothy Allison
    • voir le post de la semaine dernière.
  11. Les joies éphemères de Percy Darrling de Julia Glass (encore)
    • J'avais envie d'une valeur sûre et réconfortante
  12. La face nord du coeur de Dolores Redondo
    • Entre l'Espagne et la Louisiane. Ce qui est regrettable c'est que ce roman policier adopte tous les codes des durs du FBI, même l'enquêteuse est stéréotypée. Ce qui est bien, c'est que je suis allée voir sur internet des photos du bayou et de la Nouvelle Orléans.
  13. Nos premiers jours de Jane Smiley
    • Le premier de sa trilogie américaine. Une valeur sûre, dans l'esprit de son roman plus connu "l'exploitation". Si vous aimez les paysages, le soleil et le labeur  de "Osage County", c'est le bon roman
  14. La trajectoire de l'aigle de Nolwenn Le Blevennec (cf le post précédent) 
Il faut que je trouve le #15 maintenant.

Une année sans - #14

une année sans 


 3 mois. 14 livres. Tous écrits par des femmes. Des romans, des essais, des récits, un polar. Sur tablette, en papier. C'est l'année sans les auteurs. Que des autrices dans mes lectures. J'ai exclu les BD, j'en lis peu et surtout des trucs de femmes (parce qu'elles sont drôles, ou graves, ou les deux). Et que Cosey ne publie plus.

C'est pas si difficile en fait. La première semaine m'a faite hésiter, quand dans la libraire de Villars de Lans, j'ai pris sur la table du présentoir, 2 romans qui me donnaient envie d'après leur quatrième de couverture. Et que j'ai du laisser à leur sort (c'est à dire qu'ils ne croiseraient pas le mien) car hors critères. Depuis ça ne m'arrive plus. Mon regard glisse. Parfois le prénom ne dit rien du genre de l'auteur, je lis la 4ème, je cherche une photo, et le repose si ça ne va pas. Même pas tentée. Sevrage réalisé.  

Je prends conscience que mon éditeur préféré  - Gallmeister - avait peu d'autrices dans les nouveautés de de ce début d'année. Conséquence collatérale de mon choix, ils auront moins de dépense de ma part cette année. Too bad. 

Est-ce que j'aurai lu celui ça sans mes critères? Je ne sais. Probablement oui. Conseillée non pas par Lire Magazine Littéraire, mais par une activiste féminine. Ce n'est pas un roman féministe. C'est surtout l'histoire d'une addiction à un homme, à une relation plutôt.

C'est un premier roman, d'une journaliste. Ecriture dynamique, tonique avec des associations d'idées et de rebonds dont je pourrais jalouse si je ne les adorais pas et me marrais pas à chaque lecture.

"J'ai passé un certain temps de notre vie commune à lui décrire le bourdon monstre que me procurent les courtes vacances dans les villes européennes. Je me méfie du revêtement intérieur en plastique des avions. De la structure psychique du pilote. Des variations du moteur. Je hais déplacer certaines affaires pour si peu de temps, l''exhaustivité des guides, les transports en commun étrangers. (...).

Ce n'est pas qu'une histoire de goût. Le week-end européen déclenche aussi des symptômes d'anxiété. Dès le démarrage du taxi, j'ai la sensation d'être un point lumineux qui avance su une carte. Je suis submergée par des images dépressives qui ressemblent beaucoup à celles de mon symptôme prémenstruel. Trois jours avant mes règles, j'ai l'impression, quand je me déplace, d'être une fourmi de taille moyenne."

C'est une histoire qui prend aux tripes, cette addiction qu'elle a pour ce gars, qui est son amant quelques temps. Lui a surtout un ego immense, il aime qu'on l'aime. Vue d'ici, le relation est toxique, à sens unique. Une relation au frontière de la folie et de l'emprise, de celle une relation qu'on peut avoir adolescent quand on pense que c'est si intense qu'on pourrait s'y engloutir corps et âme et qu'on ne parle que de ça.  Une relation de celle où moins tu en fais, plus tu attaches l'autre. De celle où l'idée de la relation est plus importante que la relation. On n'en parle plus qu'on ne la pratique. 

Elle en parle divinement bien, elle se rend compte  - sa psy le lui dit - qu'elle touche les limites de la volonté : vouloir ne suffit pas à faire. Ca finit comme ça commence, drôlissime. Positif, enthousiaste et fantasque. 

Il a dit "maintenant que j'ai ce projet à terminer, je n'ai plus de temps pour t'aimer". Et "Sauve ton cul."

Je peux lui faire un reproche, toutes ces citations, toutes ces références sont masculines. Que ce soit ses auteurs de prédilection ou les personnages de fiction qu'elle évoque : que des hommes (à l'exception de Iris Murdoch).

C'est le #14.  
De ma liste de lecture débutée fin décembre, une année sans les hommes comme auteurs que je lirai.


dimanche 28 février 2021

Deux ou trois choses...

 ... dont je suis sûre -  Dorothy Allison 


Dorothy Allisson
2 grands romans, à son actif : L'histoire de Bone et Retour à Cayro, publiés dans le années 1990, comme celui-là, mais tout dernièrement traduit aux Editions Cambourakis.

C'est une femme de combat, contre les violences et abus faits aux femmes et activiste lesbienne des premières heures. C'est une amie à moi qui m'avait fait découvrir Bone, j'avais été très touchée à l'époque. J'en ai repris la lecture récemment, sans aller au bout. Je l'ai trouvé  trop dur.

Le récit Deux ou trois choses dont je suis sûre est une prise de recul, sur sa vie, son histoire et celles des femmes de sa famille, l'écriture, comment s'aimer soi même, devenir résiliente (ou affranchie comme dit Camille Kouchner), avec des photos, entre le journal intime et la conversation avec soi-même.

"Je suis raconteuse d'histoires. je vais travailler jusqu'à ce que vous finissiez par me croire. Lancer d'abord des trucs véridiques, puis changer quelques détails et ajouter la certitude du scandale. Je sais l'utilité de la fiction dans un monde de dure réalité, et comment la fiction peut être une vérité plus dure encore."

Quelques choses dont elle est sûre : 

Deux ou trois choses dont je suis sûre, et l'une d'entre d'elles est la signification de savoir aucune autre version aimée de sa vie que celle que l'on se construit.

Deux ou trois choses dont je suis sûre, et l'une d'entre d'elles est tout le temps que ça prend d'apprendre à s'aimer, tout le temps que ça m'a pris, et tout l'amour dont j'ai maintenant besoin.