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samedi 14 août 2021

Helleniques portraits élogieux # à la plage

Magne - Kotronas


Elle est à moins de trois cents mètres de la maison. Il faut longer le figuier, se coincer dans l’ombre du mur, parcourir les quelques mètres en plein soleil, traverser la grande route avant d’atteindre la pinède. Une vraie pinède avec des pins qui s’évasent en haut comme des parasols, le sol couvert d’aiguilles rousses en tapis, l’odeur sèche des résineux. Elle descend en pente douce jusqu’à un semblant d’escalier qui mène à une étroite plage de sable et cailloux. C’est plus une bande étroite entre une falaise et la mer qu’une plage, dans une anse marquée d’un côté par une chapelle blanche aux bords bleu et de l’autre par un moulin qui aurait perdu une partie de ses ailes. L’eau y est bonne, on y entre sans hésitation, le fond est clair, le port est au loin on voit le défilé des bateaux qui débarquent leurs lots de fumeurs, d’instagrameurs et de canaris.

C’est une plage qui a son quota de pneus. Le plus choquant c’est que ça ne nous choque plus. 

Il y a un dans la pinède, pas loin de la poubelle, juste avant l’escalier et un autre dans un coin de la plage. Il y a aussi son lot de bouteilles de bières, vide ou à moitié. Pas des canettes, les bouteilles en verre, la Lager locale, par litre. Ici, on ne va pas à la plage sans son pneu ou sans sa bière

La proximité du port signifie aussi la proximité d’objets flottants plus ou moins identifiés, en plastique principalement. Entendons-nous bien, c’est une belle plage, tranquille, avec peu de monde et une jolie vue. Quand on y regarde de près, on constate la présence humaine par les résidus laissés derrière. En remontant, je regarde plus attentivement le sol de la pinède, je ne serai pas surprise d’y trouver des seringues. Je n’y vois que des préservatifs usagés. C’est un bon endroit de drague, on y vient avec sa bière, son préservatif et parfois son pneu. On laisse tout sur place ensuite. Tout cela est très romantique.

Celle près de la maison est pratique, on y va comme on va à la douche, juste pour se tremper (entre deux pneus). 

On visite d’autres plages sur cette ile paradisiaque, d’autres plages entre deux villages aux maisons blanches lignes bleues et fleurs rose pétant. 

L’eau y est toujours bonne, toujours claire, le sable plus ou moins fin, les cailloux plus ou moins pointus sous les pieds. Je m’y trempe, fais quelques brasses, me laisse flotter. Le soleil tape derrière mes paupières, les sons sont des clapotis d’eau et de secrets murmurés dans les profondeurs, bercée par les remous je m’abandonne au concept de vacances. Mer, soleil et plage. Je m’ennuie en moins de temps qu’il faut pour cligner des yeux s’ils n’étaient pas déjà fermés. 

Je réfléchis au concept de vacances en faisant l’étoile de mer. 

Et rapidement je pense à autre chose, je pense à La leçon de piano quand elle plonge avec son piano, à ce film avec Shailene Woodley (A la dérive), à La vie aquatique, au film sur le Commandant Cousteau L’odyssée, quand j’arrive à Titanic je frissonne, puis évidemment au Grand Bleu, c’est en général le moment où je commence à stresser à l’idée des profondeurs et de ce qu’elles contiennent. Je lutte un peu contre mon angoisse, me laisse surprendre par une mini vague qui me submerge le nez, bois vaguement la tasse, et je me redresse, légèrement désorientée. Je suis du signe du cancer, pourtant pas une créature d’eau. Je déteste ne pas savoir ce qui se passe sous mes pieds.

La plage est un lieu d’observation. Peu de gens se baignent en fait. Ils passent plus de temps à s’installer, à se crémer, à étaler la serviette, trouver la bonne orientation, en changer, pile puis face. Peu de gens lisent, ni sur leurs écrans. Ils ne font rien, reposant sous le soleil, souvent sans se couvrir la tête. Ce doit être l’équivalent de ce que je fais dans l’eau avec mon étoile de mer. Ils réfléchissent au concept de vacances, et font défiler des images de plage, ou de sable ou de travaux ou de rien, d’aileurs.

vendredi 13 août 2021

Helléniques portraits élogieux - #Sur le bateau

Paros - Cyclades

Cyclades riment avec vacances idéales, le soleil, la mer, les maisons blanches et bleues. 
Pas exactement pour moi.
C’est un concept de vacances qui au mieux m’ennuie, au pire m’agace. J’y apprécie la chaleur et son odeur, la sueur qui dégouline le long du dos, les cailloux millénaires, sculptés qui parlent d’autres mondes avant nous, les fesses des statues qui ne demandent qu’à être caressées (et qu’on ne peut pas toucher), la feta partout, l’eau fraiche dans la gorge, le bruit du ventilateur la nuit plafond. 
Et c’est tout.
 




#Sur le bateau

Le départ du Pyrée a quelque chose de très typiquement portuaire et méditerranéen. La gare de train est le témoin d’une gloire industrielle passée : belle hauteur sous plafond, fer riveté, propre et calme. On pourrait s’imaginer à la descente d’un arrêt de l’Orient Express au début du siècle dernier. Dès qu’on est sorti de cet espace protégé, c’est la plongée dans le chaos, la chaleur, la crasse, le bruit, les trottoirs (s’ils existent) défoncés, du monde partout. On s’attend à être bousculé, piétiné, chaque café ressemble un bouge où prendre un verre est un acte d’une incroyable témérité. Traverser la rue pour rejoindre le quai est une revisite du déparquement, les feux tricolores changent de couleur sans incidence, aucune, sur le flot des voitures, ou des passants. 

Il est un peu avant 17h, la chaleur bat son plein, la file d’attente pour embarquer est le long du quai, en plein soleil, pas un brin d’ombre ni d’air. La longue file de gens avec leurs bagages, chapeaux, parasols et canaris en cage contemple les immeubles miteux qui leur font face, vantant des « greats rooms vith AC » des façades grises couvertes de poussières et de fenêtres aux rideaux qui furent un jour certainement blanc immaculé, et qui sont désormais aussi gris que les murs, offrant ainsi de jolies nuances de gris (peut-être cinquante) sur plusieurs étages. J’imagine aisément derrière, des prostituées et des marins tatoués, saouls et romantiques. J’ai du lire trop de romans. 
Mais je n’ai aucune envie de m’éterniser dans ce coin, fut-ce même pour vérifier les clichés sociologiques des ports. Le guide déconseille d’ailleurs de loger là, « quartier mal famé ». 
Cliché vérifié.

Un gars arborant fièrement le T-Shirt de la compagnie maritime (Blue Sky ferries, au cas où on aurait un doute sur la couleur du ciel dans les Cyclades) remonte la file de vacanciers-en-devenir avec leurs parasols et leurs canaris en hurlant un truc en grec, que même les grecs lui demandent de répéter. Une partie de la file se détache et forme une deuxième file. Impossible de comprendre le dénominateur commun des gens qui forment cette deuxième file : ils ont moins de parasols et de canaris, mais je doute que le gars au T-shirt Blue Sky Ferries hurle « ceux qui n’ont ni parasol ni canari, file de gauche ! ». On constate au final que les deux files se rejoignent et montent indifféremment dans le bateau. Un critère aléatoire pour dédoubler la queue, c’est créatif, et puis, essayer de comprendre le critère de sélection nous a occupé le temps de la queue. Sans jamais y arriver. Et sans utilité aucune, au final.
Le voyage sur le pont du bateau – cinq heures en tout -  est un voyage en soi. J’avais vu les canaris dans la file d’attente, pas les chiens. Sur le pont du bateau je les ai entendus.
5h dans les plaintes d’un animal de la taille inversement proportionnelle à sa maitresse. Le panier du chien était de la taille d’une cage de canari, c’est dire la taille de la maitresse. Les jappements stridents du cabot nain qui ont stoppé quand il a été sorti de sa boite, qu’il a pu boire et être caressé. Qu’est-ce qui lui a pris si longtemps pour le faire ?

5h dans les fumées de cigarettes des uns et des autres : des deux vieux à côté de nous, le plus âgé des deux marchait à peine, toussait entre deux cigarettes, et soignait certainement son cancer du poumon en espaçant de 60 secondes chacune de ses cigarettes. Celles de tous les gens qui venaient fumer sur le pont, les jeunes hommes pour se donner des airs viriles, les jeunes femmes pour se montrer branchées, les accros qui venaient toutes les 15 minutes, j’ai eu un panorama complet des fumeurs du pont 3.

5h avec des gens qui offrent leurs chants à qui n’en veut pas. Une petite guitare, des paroles en grec, des refrains pénibles. Comment dire à ces jeunes que chanter sur le pont d’un bateau n’a rien de cool et de romantique ? Que cela n’a pas attiré d’autres jeunes pour se sentir appartenir à une communauté ? Pourquoi croire que ce qu’on offre doit être bien accueilli ?

Je n’ai jamais vu autant de T-shirt à messages. C’est plutôt les hommes d’ailleurs qui arborent fièrement sur plus ou moins d’abdos des messages plus ou moins énigmatiques. Il y a ceux qui s’annoncent « prêt » (born ready) Prêt à quoi ? A une cigarette sur le pont ? Une photo Insta ? Une chanson en grec ?. Il y a ceux qui se déclarent « unique » : limited edition, 1/1. Ces T-shirt existe en français et en anglais. Le point commun entre ces deux porteurs de message est qu’ils étaient primo arrivants en Grèce : encore tout blanc.  Il y a les messages codés (non décodés à ce jour) : a girl is a gun. Je n’arrive pas à savoir si c’est sexiste, féministe, drôle, aucun de tout ça. Déjà on parle de fille, pas de femme, ensuite un pistolet pour moi est un objet (pas un sujet) et une arme : donc dangereuse. La théorie de mon iAdoe est que c’est un appât : les filles lui demandent ce que ça veut dire et hop il rentre en contact. Il y a aussi ce couple à messages, lui : « we can be a heroe just for one day » et elle : « love yourself ». Je leur aurais bien suggéré d’échanger leur T-shirt.
Si les femmes mettent peu de T-shirt  à message c’est surtout parce qu’elles mettent peu de T-shirt. Elles ont des mini crop top, voire juste des hauts de maillots de bains. Je n’ai jamais vu autant de corps dénudés en même temps, ailleurs qu’à la plage. Sur ces hauts-là, pas moyen d’y mettre un message, aussi court soit-il.

A l’heure du coucher de soleil, le défilé des personnes a connu un regain de variété, plus divers que les fumeurs, les chanteurs et les propriétaires de chiens. J’ai vu les Instagrameurs. Si on faisait des statistiques on verrait à l’heure du coucher de soleil un pic de posts sur Insta : le même cliché, la mer en sombre, le ciel en fond, un dégradé d’orange, le cliché des vacances paradisiaques. Je ne crois pas à la beauté photographique des couchers de soleil (encore moins sur Instagram), je crois qu’un coucher de soleil ça se vit. Ca se regarde seconde après seconde, sans rien faire d’autre, sans se rendre compte du temps qui passe et d’un coup on ne le voit plus sans qu’on ait compris comment. 
J’aime en particulier les couchers de soleil proches de l’équateur, quand le soleil ne se couche pas à l’horizon, mais au milieu de ciel. Cette magie-là me plait.
 

samedi 15 février 2020

Balade en Champsaur, sur les traces de Vivian Maier

Pisançon

Vivian Maier - photographe à la renommée récente et post mortem - a passé du temps dans le Champsaur d'où était originaire sa mère et la famille de celle -ci. 
Elle y a grandi entre enfance et adolescence, et est revenue plus tard avec son appareil photo. Une américaine dans les années 50, on peut imaginer la curiosité qu'elle suscitait et son engouement à photographier la campagne paysanne, elle qui venait de New York et d'autres grandes villes américaines.
Après plusieurs jours de ski, en cherchant la neige, on a revisité le Champsaur sur les traces de Vivian Maier.

Molines en Champsaur
A Môlines en Champsur, cul-de-sac après La Motte, il y reste une église, un auberge et une maison de l'ONF et quelques habitations, traces de vie. En bordure du Parc National des Ecrins, on remonte la Severaissette vers des villages abandonnés. 

Vue de Pisançon













Le fond de vallée, vue de Molines

Au début du Champsaur, la vallée y est plus large, et offre un horizon bleu et lointain.






















La vallée de la Severaissette, vue du  cimetière de Molines (plus petit que le jardin de mon père).
Fin de journée en février, il fait frais, le peu de neige est gélée.
Eco Musée de Pisançon




















L'Eco Musée de Pisançon fait la part belle à Vivian Maier, avec un fond de photos conséquent. L'association est dynamique en expositions, événements, stages, concours et même bourses!
Mais pour le musée, les horaires d'ouvertures restent mystérieux en dehors de l'été.
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr
L'Auberie - ferme encore en activité?

La Motte en Champsaur











Beaucoup de fermes sont isolées, éparpillées dans la vallée.
Certaines ne sont plus en exploitation et risquent de tomber en ruines, les jeunes paysans leur préfèrent les stabulations, plus faciles à entretenir.


















A côté de la fontaine de la Motte, un arbre de Noel original, probablement fait par les enfants de l'école d'à côté



















Molines en Champsaur


Couleurs chatoyantes une ferme à l'air accueillant capte plein sud les rayons du soleil d'hiver, face au soleil couchant.


















Saint Bonnet
En bas de la grand rue, la petite place avant celle du marché.
Une fontaine, une boucherie et une boulangerie.
Plus loin le photographe a fermé, personne n'a repris sa suite à la retraite. Il avait tenu longtemps, photo d'art, les mariages, les naissances, le numérique.
La mercerie aussi plus loin a fermé, même raison. Comme la mercière, la clientèle a vieilli. Qui va encore dans une mercerie?











La Tour à la Motte

De nombreuses bâtisses sont marquée d'un frorton avec une année 1841 ou dans la décennie qui suit. Une époque faste our le coin?
Cette ferme là avec sa tour était pour des notables dans ce coin perdu de montagne.















Saint Bonnet, dans les ruelles médiévales

Fontaines dans tous les villages, voire plusieurs. L'eau y coule ne permanence. Pour plus de sureté, la commune y inscrit euh non contrôlée, ou non potable. Les autochtones la boivent tout de même. Les estivants, eux, en sont malades, pas assez de chlore, trop de bacteries.














Pisançon - inactivité du matériel

Un vieux tracteur garé au fond d'un musée. Il y en a encore des comme ça, dans les granges, dans les cours de fermes, et sur la route. 
Ils ont l'élégance de leur âge, la nonchalance de ceux qui ont la vie devant eux. 
Je me suis mariée sur un engin comme ça, celui ou enfant j'avais passé beaucoup de temps à faire le foins : couper, retourner, botteler, ramasser. Le mien n'est plus, longtemps remisé dans sa grange, il a du finir dans une casse quelconque, cimetière pour tracteurs à la retraite.







Derrière, les loups

Entre deux toits, la crète de la vallée aux loups (celle du film de  JM Bertrand).




















Les champs


Avant les barrières électriques, elles étaient en bois. Elles le sont toujours, surtout autour des fermes.


















Molines au fond de sa vallée




Quelques maisons dans cette impasse de vallée. Le Parc des Ecrins à droite, le col à gauche pour Valgaudemar.

















Vers la cabane de Peyron Roux

Un chemin creux pour les estives, qui ne doit plus voir passer que des randonneurs. Les moutons ne passent plus par là.




















A la Motte en Champsaur

Dans son jus, une ferme à l'angle de deux rues, qui furent jadis des chemins de passage, en face du four.
Les oignons sèchent au soleil, les bottes de foin sont encore des rectangles attachés par une ficèle jaune.
















Fleuron de la vallée, inscrite au Patrimoine Mondial des Monuments Historiques, la Chapelle des Pétètes.
Il est possible de passer à côté sans la voir. Elle tourne le dos à la route, pourquoi s'arrêterait on encore à cette chapelle? Il y en a tant des chapelles et des oratoires dans la vallée, à croire qu'ils étaient si pieux.
Mais si on prend la peine de s'arrêtant sur ce petit bout de détour par L'Auberie, qu'on monte à pied le talus, on découvre la façade avec les têtes, les satinettes, leurs visages ronds, naïfs et leurs yeux fixes.

lundi 10 février 2020

Piscine Olympique

Yves Desbuquois
"Imposante, elle se dresse entre les montagnes et la route.
Insolite, elle surgit au milieu de nulle part.
Impossible de l'ignorer.
Elle s'impose aux regards.
Elle se rappelle aux souvenirs des Champsaurins.
Nombreux ont appris à nager là.
Ancien lieu de rendez vous des jeunes,
elle a vu se former des couples.
Depuis, la nature a repris ses droits.
Les artistes ont trouvé des murs pour s'exprimer,
Impossible de l'oublier.
Impossible de ne pas l'immortaliser."

Mémoires des lieux ordinaires en Champsaur - photographies de Yves Desbuquois et Denis Lebioda

Il s'agit de la piscine Olympique de Saint Léger les Mélèzes. 
Tout le monde la connait dans la vallée. The place to be, quand on était jeune.
C'était mon premier job d'été. J'avais 14 ans, je tenais les vestiaires.
Lourde charge : donner les paniers rouges aux nageurs, les récupérer avec leurs vêtements, plus ou moins bien pliés, s'assurer qu'ils avaient bien pris le bracelet avec le numéro.
Puis attendre que l'après midi se passe, avant de les leurs rendre.
Je lisais. Parfois plusieurs livres dans la journée.
Je discutais avec les copains/ines qui venaient nager.
On écoutait Kool and the Gang sur un magnétophone.
Je me déplaçais avec mon 103 SP tout neuf.

C'était l'année où une colonie de juifs intégristes séjournait dans la vallée. 
Comme ils ne voulaient pas se mélanger, ils louaient la piscine le soir après la fermeture. Nous restions donc plus tard, une fois le public parti, une fois nos derniers copains ceux qui trainent partis,  pour tenir les vestiaires, nettoyer et fermer derrière eux.
Les femmes se baignaient tout habillée, avec leurs robes à manches longues et leurs collants. Elles enlevaient juste leurs gants pour entrer dans l'eau, et gardaient leur foulard. 
Les hommes se baignaient en maillots des années 50 qui recouvraient aussi le torse.
Nous n'étions pas censés regarder, mais c'était plus fort que nous, vite une fois leur dernier panier accroché sur le rack, nous prenions les escaliers pour observer ces gens, si différents de nous, prendre possession de notre lieu à ces drôles d'heures.
C'était fascinant ces façons de faire : les femmes de noir vêtues qui nageaient avec les enfants, certaines ne savaient pas nager d'ailleurs - jeunes ou vieilles -  et les hommes entre eux. Ils parlaient une langue étrange. Ils sont venus tous les soirs, pendant une semaine, se baigner après la fermeture, jusqu'à un horaire qui me semblait tardif pour cette activité. Leur exotisme se nichait jusque dans les horaires : se baigner jsuqà 20h ? Personne ne faisait ça chez nous, d'autant plus qu'il commençait à faire frais.

J'adorais cet endroit, lieu de rencontres, point de ralliement dans l'été qui n'en finissait pas.
Immanquablement elle ouvrait ces portes au 1er juillet et les fermait le 31 août, annonçant ainsi le retour en classe.
Ma soeur y a appris à nager.
Mon père y a eu un accident grave en réparant la chaudière.
Mon frère sautait du plongeoir de 5 mètres pour épater les filles.
Ma mère trouvait l'eau trop froide.
Je faisais quelques longueurs  : un bassin olympique de 50 mètres, tout de même.
Un symbole, qui a fermé en 1998.
Vieillir c'est ça; c'est voir disparaitre le monde tel qu'on l'a connu.



samedi 2 décembre 2017

Embarquer avec élégance et dignité

Promenade des anglais - juste après le Bandol
Je prends l'avion régulièrement par aller à Nice. Je ne m'endors pas à chaque vol avec mon genou contre celui de Raymond, mais j'ai à chaque fois l'impression d'arriver en vacances quand j'atterris et de quitter une sorte parenthèse lumineuse quand j'en repars. Ce sont des missions professionnelles, je tiens à le préciser.

Hier, au passage des contrôles devant moi, deux maitresses femmes. Une grande black, longues jambes dans un pantalon en cuir, perchée sur des plateformes noires, gainées en dessous du genou. Des talons qu'une règle d'écolier aurait du mal à prendre la mesure. Une femme qui approche la cinquantaine, qui s'entretient, se sape pour aller bosser, ne sourit pas parce que ça creuse les rides. Tu n'as ni envie de lui sourire, ni envie de plaisanter. 
Derrière elle, son opposée. Une petite blonde décolorée, qui lutte contre les rondeurs de la ménopause avec moins de succès (ou plus de volupté), moulée dans une robe de style Chanel, parfaitement maquillée, le sac à main assorti aux chaussures. Les chaussures : leur seul point commun. Talons démesurément hauts. Je me suis perdue dans la contemplation de leurs talons en faisant la queue avant les contrôles.
Comme j'avais bu du vin à midi (mes clients niçoises sont des bonnes vivantes: déjeuner en terrasse au soleil et vin de Bandol), j'ai même essayé de marcher comme elles. J'ai eu le vertige, j'ai vite arrêté.
J'ai eu mes quelques minutes d'envie, vous savez ces moments où on contemple ce qu'on n'atteindra jamais : the perfect make-up, the perfect match dress, et les talons... . 
Je me suis vue avec mon jean, mon (éternel comme dit mon iFille) pull noir , mes bottines à plat (oui des Pete Soresen, mais à plat, pas une centimètre de surplomb), rien sur la figure, et mon indéfectible brushing naturel que même le mistral ne parvient pas à foutre en l'air.
Le vin blanc faisant son office, je me suis sentie petite et désordre....
.... jusqu'au passage des rayons X. 

Là, le monsieur qui contrôle les papiers, vous fait ranger votre portable dans un bac et votre manteau dans l'autre, vous fait sortir votre tube de dentifrice du sac, vous dit "enlevez votre bonnet pour passer le portique " (oui j'ai un bonnet, on est en hiver, j'ai froid), vous demande trois fois de suite si vous n'avez pas de liquide dans votre sac (oups, il me reste de l'eau alors que j'ai dit trois fois non!), a fait enlever aux deux maitresses femmes devant moi leurs si belles montures...
Fini la vue en plongée, fini la prise de hauteur, revenues sur terre en chaussettes dans le hall. 
Celle qui a l'habitude s'est assise pour enfiler les jolis sacs plastiques bleu censés protéger les chaussettes, la blondinette dans ses collants tout fins ne les a pas trouvés.
Soudain prise d'un accès de gentillesse (l'autre effet du Bandol), je lui ai montré où étaient les magnifiques surchaussettes bleu électrique, d'un geste naturel, sans enlever mes écouteurs (The National, à fond). Comme si moi aussi j'avais l'habitude d'enlever les hautes talons au passage des contrôles.
Et l'une après l'autre, elles sont passées, pieds bleus, rase moquettes couleur du ciel, bien modestes tout à coup. On se sent un peu plus vulnérable en chaussettes dans un lieu publique.

J'ai gagné en superbe ce qu'elles ont perdu en talons. Fièrement, d'un pas décidé et conquérant, j'ai fait claquer mon talon à plat pour passer le portique sans sonner (et sans mon bonnet).
J'ai récupéré mes affaires pendant qu'elles remettaient leurs chaussures si hautes. 
J'ai levé le menton, étiré ma colonne et suis partie sans les regarder, avec quelques centimètres de plus dans mon dos.

Ah ce vin de Bandol à midi!


dimanche 19 novembre 2017

Bien choisir sa compagnie


Vercors - octobre 2017

"Il faut toujours se promener en montagne avec un géologue, dans la forêt avec une philosophe mutique, en ville avec un conservateur de musée.
Pour la nuit, préférer les artistes."
Une très légère oscillation - Sylvain Tesson

Je n'ai rien de tout cela dans mon entourage, et dans la vie je ne suis pas mal accompagnée.
Et pourtant, j'ai parfois la tentation de me retirer du monde. Je me souviendrai de cet adage, le jour où j'aurais besoin d'une excuse.

vendredi 3 novembre 2017

Revenir à l'essentiel

Borne (2011)

Il nous arrive de ne pas avoir envie de parcourir le monde.
Il nous arrive de ne pas prendre l'avion à chaque vacance.
Il nous arrive d'avoir envie de calme mais pas trop, de se retirer sans s'isoler, de voir des gens sans que ce ne soit compliqué, ou qu'on soit obligé de parler (je parle essentiellement pour moi).

Nous avons fait du cabotage à la Toussaint. Une semaine ici et là. On arrive, on prend l'apéro, on papote, on dort et on poursuit.

C'est ainsi qu'on s'est retrouvé dans un refuge un peu équipé, à 45 mn de marche d'un village au bout du monde (le Vercors).
Il y a l'électricité, avec des panneaux solaires.
Il y a de l'eau chaude au gaz.
Il y a du réseau : pour Orange en bas des 3 marches, en faisant quelques mètres sur le chemin, pour SFR il faut monter au Col (1h de marche) pour Bouygues... c'est plus compliqué.
Il y a du chauffage : un poêle dans la salle commune, un autre dans la chambre commune en bas. Il faut les charger le soir, pour qu'il reste des braises au petit matin.
Il y a de quoi dormir : des chambres collectives à 6 ou 12 personnes (certains parmi vous adorent, je le sais...), celle du bas on agence son matelas avec ou sans cadre, à même le sol, orienté soleil couchant ou levant. A chacun son feng chui.
Il y a des toilettes, dehors dans une cabane en bois.

Y séjourner c'est revenir à l'essentiel : manger, boire, dormir, ne pas avoir froid, socialiser avec qui est là.
Je suis montée avec des bonbons au miel, du vin (blanc et rouge), 2 paires de chaussettes en laine, un pull, une polaire et un anorak, et 3 livres (pour socialiser, parce que c'est exactement mon fort).
Au final, j'ai à peine fini le livre en cours, j'ai (même pas) fait semblant de cueillir des champignons, j'ai beaucoup marché, bu raisonnablement du vin, excessivement de la tisane, j'ai joué à un jeu que je ne connaissais pas et qui ressemble vaguement au Cluedo mais où tu ne sais pas qui tu es (alors de la à savoir qui tu tues, où et avec quelle arme, il faudrait une autre vie toute entière...), j'ai discuté avec des gens que j'ai vu naître (oui au pluriel, ce ne sont plus des enfants), j'ai petit-déjeuné dehors au soleil, j'ai pris un bain de soleil dans une chaise longue en bois qui épousait la pente, j'ai attendu que les nuages se dispersent pour voir Grenoble depuis le Col, j'ai eu froid dans le vent et chaud en montant, j'ai transporté un champignon dans ma poche (non, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé), j'ai fait la vaisselle parce que je ne sais pas faire à manger, je me suis retourné plusieurs fois dans ma couchette en me disant "non je n'ai pas envie de faire pipi..."...et j'ai fini par sortir de mon sac de couchage et affronter le froid de la nuit.
Je ne suis pas allée jusqu'à la cabane en bois, trop loin à 2h du matin, en chaussettes. Dans la pente, au coin de la terrasse, sous les étoiles, avec une presque pleine lune, ça avait quelque chose de magique. 
En tendant les mains, j'aurai pu (si si) toucher la Grande Ourse, caresser la lune. Et comme par magie, le vent était tombé il faisait presque doux, en chaussette dans l'herbe en pleine nuit.
Revenir à l'essentiel, sous un ciel étoilé.



mercredi 1 novembre 2017

Un monde de brutes


Du col de Moissière - Champsaur

Nous sommes allés nous balader en montagne. Petite balade, petite montagne à vaches (pardon moutons), départ l'après midi, après le café,  juste une gourde et un pull, pas de pique nique. Une petite entreprise facile, à dix minutes en voiture de la maison.
Couleurs d'automne sur les pentes : les mélèzes flamboyants, les sapins insolents de leur vert sombre, et les feuillus retenant leurs dernières feuilles, pour quelques jours encore en attendant les premiers gels.
Montée facile, chemins creux, marches de pierre.
Les enfants courent, sautent, chantent, crient, s'expriment, et croisent un trio de baleines suant, haletant, soutenues par des bâtons de marche. Trois baleines, presque échouées, plus larges que hautes.
La plus vieille d'entre elles a soufflé un long "scchhhhut" une première fois.
On a pris ça pour son souffle d'asthmatique, de vielle obèse au bord de l'apoplexie
Au deuxième "scchhhhut", on a compris que ce n'était pas sa locomotive à vapeur qui rendait l'âme, mais le fait de croiser nos trois enfants chantant.
Et pourtant, ils courraient à la descente, les baleines se hissaient à grand peine dans la montée, la croisée fut de courte durée.
Suffisamment pénible pour que le Leviathan lance une insulte dans une autre langue que son français que nous avions entendu jusqu'alors.
Elle les a traité "d'enfants de merde".
En espagnol, il semble.
Je ne sais dire que "poulet frites s'il vous plait" dans cette langue, voire "une bière" quand j'ai très soif.
Mais j'ai très bien compris l'insulte.
Mais je n'ai pas compris. Pas les mots, mais l'intention. Encore moins la raison.
Une si belle journée, de si belles couleurs, un instant si court de chansons des enfants.
Et cette insulte. A peine assumée, dans une autre langue.
J'aurai bien shooté dans sa canne de marche, elle aurait roulé-boulé dans la pente et c'en était fini d'elle.
Je suis restée civilisée et polie tout en poursuivant ma descente tandis qu'elle agonisait dans sa montée.
Prise dans le paysage, seule "veille chouette" m'est venue.
Trop gentil comme retour. Mais qui s'accordait avec l'environnement.
J'espère qu'elle n'est pas arrivée en haut, j'espère qu'elle s'est asphyxiée de son aigreur.


dimanche 22 octobre 2017

Voyager selon Depardon

Le Drac 


Voyager, et n'être rien du tout
Ni touriste, ni reporter
Ne chercher aucune performance
Ne rien chercher à prouver

R. Depardon - Traverser

En ce moment à la Fondation Henri Cartier Bresson, un retrospective de Raymond.
A voir, revoir, toujours des clichés à découvrir.

Parfois le voyage se fait tout près.
Ces photos de la Haute Loire, de la ferme du Garet, me rappelle les Hautes Alpes, les fermes reculées, la vie homogène "un jour pousse l'autre", l'isolement, le hors temps, le hors champ de la société parfois, en tout cas jusqu'à une certaine période.

samedi 1 juillet 2017

Invitation au départ

Barbarian Days - William Finnegan


"le monde était vaste et insondable, il me restait encore tant à voir. Oui, j'en crevais parfois, d'être un expatrié, d'être toujours en marge, ignorant des réalités du pays où je me trouvais, mais je ne me sentais pas prêt à mener une existence banale, à voir toujours les mêmes têtes, les mêmes lieux, à avancer avec toujours, plus ou moins, les mêmes pensées. j'aimais m'abandonner au courant, aux incertitudes. Aux heureux aléas de la route. Et, en règle général, il me plaisait d'être un étranger, un observateur, souvent étonné par ce dont il était témoin."

Jours barbares - William Finnegan

A la lecture de ce livre (prix Pulitzer), je me demande (trop souvent), si je ne devrais pas en faire autant. Partir, voyager, me laisser porter, m'abandonner à ce qui se passe, plutôt que de lutter.

samedi 3 juin 2017

La Nature est un temple....

En Ardèche - en haut du pic

« ici nous n’avons pas le wi-fi, mais nous avons du vin ». 
Ces lieux où l’on continuera à vénérer les substances vitales deviendront des temples dans un futur proche."

Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs