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mercredi 10 avril 2019

Questions indiennes ?

Black Elck - jeune

" Et pendant que je me tiens là, j'ai vu plus que je ne pourrais le dire et j'ai compris plus que ce que j'ai vu, car je voyais de manière sacrée les formes de toutes les choses de l'esprit, et la forme de toutes les formes qui doivent vivre ensemble comme un seul être.
Et j'ai vu que le petit cercle sacré de mon peuple était l'un des nombreux petits cercles qui faisait un seul cercle, aussi large que la lumière du jour et la lumières des étoiles, et en son centre poussait un majestueux arbre en fleur qui abritait tous les enfants d'une mère et d'un père. Et j'ai vu qu'il était sacré"

America est consacré ce trimestre à l'Amérique indienne, et des Indiens qui ne pleurent pas leur fantômes mais qui constate que "les questions qui se posaient lors de la fondation du pays se posent encore" (David Treuer, p82), et pas forcement autour de la question indienne, mais d'une façon universelle pour tous.
Il n'y a pas de minorités, juste l'universalité des questions et des hommes qui vivent ensemble.


samedi 9 février 2019

On n'échappe pas aux clichés

Irene Jacob - Retour à Reims au Théâtre de la Ville

Notre abonnement au Théâtre de la Ville nous a amené voir la pièce "Retour à Reims", qui s'est trouvé faire le buzz. En juin, au moment du choix je savais à peine ce que j'allais voir, je suivais les conseils d'un collègue.
Retour à Reims de Didier Eribon, un ouvrage sociologique, qui ne se lit pas comme un roman, loin de là. Je n'ai pas lu Eribon, j'ai compris tout son propos en allant voir la pièce, en gros c'est ce que j'ai retenu de Bourdieu (les classes sociales) croisé avec Foucault (l'homosexualité).

La mise en scène est habile, en double jeu : on assiste à la lecture et mise en images du livre... 
Ça nous épargne les déambulations sans fin de Eribon dans les rues du lotissement de ses parents, ou ses allers-retours en train entre Paris et Reims. Des images du film (oui il y aussi eu un film) sont d'ailleurs projetées en illustration du texte lu par Irène Jacob.

Irène Jacob. Vous vous souvenez ? Rouge, la Double Vie de Véronique. 
C'est la même. La même présence, la même voix chaude et enveloppante. La même avec quelques années de plus. Comme nous. Non, pas exactement comme nous, mieux que nous.
Le texte est remarquablement mis en valeur, une voix de femme sur une autobiographie masculine donne une autre dimension, on oublie aussitôt que c'est une femme qui porte l'histoire d'un homme.
Toute la première partie est captivante, jusqu'à ce que le metteur en scène - le fameux Thomas Ostermeier - se dise qu'il faut qu'il se sorte des clichés.
L'actrice est une femme blanche, une intellectuelle, le metteur en scène est un intello gaucho blanc et le gars qui leur loue le studio d'enregistrement est un grand black. 
Le metteur en scène a voulu montré que l'homme blanc n'est pas un donneur de leçon à la femme, c'est la femme qui a raison quand il s'agit de sublimer le texte. Il lui dit même "ah je te fais du mansplaining" et explique ce qu'est le mansplaining! C'est fou.

Il a voulu montrer que même quand on est black et qu'on habite en banlieue (la femme se plaint de devoir faire une heure de bus pour y arriver depuis Paris) on sait faire des choses : on a droit à deux chansons Rap (peut-on parler de chanson quand c'est du rap?), il est "chef d'entreprise , le studio lui appartient il nous le rabâche. Et surtout il est intégré, la preuve : son grand père était un tireur sénégalais.
La pièce s'égare un peu sur l'histoire des tireurs sénégalais, ces "vrais français de couleur", sur le rap, sur le faux interêt que montrent les deux intellos français à leur pote black.
Et au milieu de tout cela des images des gilets jaunes. Le metteur en scène cherche à rentrer dans l'histoire du théâtre en étant le premier à porter à 'écran les Gilets Jaunes?

A trop vouloir combattre les stéréotypes que l'on porte en soi, on se noie dans les clichés.
Moi c'est le moment où je me suis perdue, j'ai piqué un petit somme.

mercredi 12 septembre 2018

L'utopie de l'isolement

Laheema - Estonie

Céder à la tentation du renoncement n’est pas malin. A un certain âge, cela peut te liquider aussi surement que n'importe quelle autre maladie. Tu veux vraiment voir ta vie rétrécir avant l’heure ? 
Prends garde à l’utopie de l’isolement. 
Prends garde à l’utopie de la bicoque dans les bois, cette oasis pour se défendre contre la rage et le chagrin. 
Cette solitude inexpugnable.

J’ai épousé un épousé un communistePhilip Roth


Il aurait fallu le mettre en face de Sylvain Tesson ou de Peter Fromm (superbe article dans America sur l'Amérique Sauvage) pour avoir une discussion endiablée sur les vertues de l'isolement.


A mon échelle, je savoure la solitude, pas encore l'isolement. 
Je savoure le mercredi matin, désormais j'y suis seule à la maison. Et c'est une vraie solitude, puisque ce matin je ne travaille pas.
Je n'ai pas de compagnie : ni de mon travail, ni mes mails ; je n'ai pas mis la radio, pas de musique. Que le bruit de la vie qui m'entoure : la cour de récré de l'école au delà parc, les gens qui parlent en passant dans la rue, l'oiseau dans le jardin, un hélicoptère au loin. 
C'est être seule au milieu du monde, sans stimulation.
C'est reposant et grisant à la fois. 

dimanche 26 août 2018

Avant la parité de participation

Germaine Tillon devant sa bibliothèque en 1970
Petit préalable, il me semble à la parité de participation : la politique de la conversation de Germaine Tillon

"Une politique de la conversation : s’asseoir autour d’une même table, se regarder l'un, l’autre dans les yeux, adresser la parole à l'autre pluis l’écouter, être prêt à se mettre provisoirement à sa place pour mieux la comprendre. Parier donc sur notre commun humanité  plutôt que la fidélité au groupe."

Les insoumis, la partie sur Germaine Tillion - Tzetan Todorov

On y parle aussi de la fidélité au groupe, et de l'humanité. Vivre ensemble et tous singulier, tous différents. Travailler à ce qui nous rapproche, aborder nos différences comme une complémentarité, évoquer nos intentions comme des objectifs personnels qui viseraient nous grandir sans annihiler l'autre.
Je vois une infinité de liens avec ce que toutes mes activités professionnels de médiation en entreprise, d'accompagnement, de renouvellement du dialogue social...

Vive la rentrée? 

vendredi 9 mars 2018

Dieu encore et nous avec



"L'assujettissement aux Bibles, la servitude aux livres, l'idolâtrie des textes, l'obéissance passive aux Vedas et aux Korans, tout cela est terrestre, tout cela est artificiel, tout cela est construit pour les besoins de tel ou tel mode de civilisation (...) tout cela n'a, dans absolu, nulle raison d'être. Mais l'obéissance aux lueurs intimes; la confiance aux radiations infinies, la foi à la conscience, la foi à l'intuition, c'est la chose sacrée, c'est la respiration de l'air même du sanctuaire inexprimable, c'est la communication avec Dieu, c'est la religion".
Ces mots sont de Victor Hugo, un texte repris dans la préface de la nouvelle édition des Misérables à La Pléiade.

Je ne lis pas La Pleiade, je n'en ai même jamais eu entre les mains d'ailleurs.
C'est en lisant les Echos (bien moins littéraire que le roman cité) et la chronique de Roger-Pol Droit que j'ai découvert ces quelques lignes. Avant goût d'acheter l'exemplaire à la bibliothèque de la Pléiade ou avant gout de (re)lire Les Misérables même dans une version poche? 

Le chroniqueur développe ensuite que Victor Hugo fait le lien entre cette intuition spirituelle et la politique, les relations sociales et l'économie et en tire une vision de la solidarité (je fais suivre l'article à qui le veut), qu'il est facile de transposer aujourd'hui. Les mêmes questions se posent et ne sont toujours pas résolues.
Mais ce que je trouve d'optimiste dans tout cela, c'est que nous avons en nous ce dont nous avons besoin, il suffirait de "nous" écouter, de nous laisser aller à nos intuitions profondes pour y arriver.

Comme le dit si bien JK Rowling dans son bref livre "la meilleure des vies" : 
Nous n’avons pas besoin de magie pour transformer notre monde : nous portons deja en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin.


Des Misérables à Harry Potter, une ligne universelle sur la foi en l'Humanité.

dimanche 4 mars 2018

Avenir (à Massy?)


L'avenir, oui mais pas trop vite


La vraie générosité envers l'avenir c'est de tout donner au présent.
Albert Camus

Je ne sais comment je suis tombée sur cette citation, et elle me parle bien.
Il y a un petit côté "Cercle des poètes disparus", le romantisme en moins, le pragmatisme en plus.

C'est bien pour ça que ce dimanche matin à Massy, au milieu de tous ces grimpeurs, recyclés des championnats de France qui se tenaient à côté (ce que j'ai compris après avoir passé 2 heures au milieu d'eux), je n'ai pas ressassé sur ce que je ferai après, mais j'ai tout fait pendant.

dimanche 28 janvier 2018

Elle a commencé

le paradoxe complexe de  2018

Elle a commencé.
Bien commencé? 
Je ne sais pas.
Pour nous, elle a commencé en altitude, dans un refuge. 
Coupés du monde, l'eau à la fontaine, l'éclairage à la bougie autant pour l'ambiance que pour économiser les réserves solaires.
Elle a commencé à la chaleur du feu de bois, autour des chaussettes humides et des vêtements qui sèchent.
Elle a commencé dans la neige et une toute nouvelle couche délicate et bienvenue s'est déposée dans la nuit.
Elle a commencé sous les auspices d'une lune en halo, entourée d'un arc-en-ciel que certains d'entre nous ont vu, entre deux passages de licornes (ceux qui ont vu l'arc-enciel n'ont pas vu les licornes).
Moi je n'ai vu ni l'un ni l'autre, mais j'ai tout imaginé et c'était très chouette.
Elle a commencé en bonne compagnie, sereinement, avec des gens que nous n'avions pas vu depuis longtemps, avec qui nous avons repris la conversation là où elle avait été interrompue.

Que du bon, que des signaux positifs si je dois en faire une lecture de plus ou moins bonne augure.
Il me reste un mot ou deux pour cette année : pérsevérer  & persister.
Il s'agit de demeurer ferme et constant pour les deux, l'un dans une intention d'autre dans les façons de penser et d'agir.

Demeurer ferme je sais faire, parfois entêtée, stubborn disent les anglais. 
Constante aussi.
Là où ça se complique c'est l'objet de la constance, de la résolution, là où il faut tenir bon.
J'ai besoin de changement (I need a change, sonnerait bien pour une bonne chanson rock).
De trucs nouveaux. Pas un changement de maison, ou de iMari, ou de scooter.
Non, il s'agit un besoin plus profond, qui me ramène à un équilibre, à une forme de joie intérieure et disons-le, de nouveau de l'épanouissement.
J'arrive en fin de cycle dans ce que je fais. 
Et pourtant ce cabinet est un bon endroit pour moi. 
L'idée n'est pas de partir. 
L'idée est de faire MA place. De modeler l'affaire à ma main, à mon goût, à mon rythme.

Persévérer pour penser que ça va arriver, que je vais trouver ce qu'il me faut sans effort.
Persister à ne pas faire d'effort.
Persevérer dans la sérendipité.
Persister toute l'année, pour laisser venir.
Lacher prise ça s'appelle.

Persévérer dans le lâcher prise.
Persister dans ce paradoxe.
Si ça ce n'est pas une complexité à la Edgar Morin!
J'aime bien ce début d'année, cette complexité me réjouit.






dimanche 21 janvier 2018

To be or not to be a hero

Détail d'une oeuvre de la Biennale de Lyon

J'y suis allée.
Je vous l'avais annoncé. J'y suis allée.
Au théâtre des Mathurins, un lundi soir à 18h30, à la sortie d'un entretien pas facile avec une manager en difficulté. Alors qu'il pleuvait et qu'il faisait très froid.
Je me suis retrouvée avec un public de 3ème âge, Je n'étais pas loin d'être la plus jeune. Ce sont des retraités qui viennent à ces conférences.
Je suis allée écouter Sylvain Tesson, le voir en vrai.
Je le savais, j'aime mieux ses écrits que l'homme. J'ai un peu du mal avec sa voix, trop aiguë à mon goût. Je fonds pour les voix graves et profondes, il n'est pas dans cette catégorie.
Il n'est pas très alerte depuis son accident, ni très sexy: il porte un beret, comme un vieux montagnard. Il ne ressemble pas à l'idée que je me fais d'un aventurier, pas très "wild" dans son attitude.
Peu importe, je peux écouter tout cela les yeux fermés. Ca n'enlève rien à ce qu'il dit. Un peu moins de mystère et de fantasme, ça ramène les pieds sur terre (et dans le froid).

L'héroïsme peut-il sauver le Monde?
Le titre, le thème de son intervention.
Si la réponse était oui, on serait chez Marvel, inutile de venir jusqu'au théâtre des Mathurins. Vous vous doutez que ce n'est pas aussi simple.
La surenchère de l'exploit. 
Et la vision du héros à travers les temps : Homère quand la force ne suffisait pas, il fallait aussi être beau et intelligent. 
Puis Voltaire où il suffit de passer à l'Histoire.
J'aime quand on cite côte à côte Hannah Arendt (que je n'ai pas lu), Lermontov et Soljenistyne, et qu'on parle de l'IA (intelligence artificielle) dans le même paragraphe
Le héros d'aujourd'hui est celui qui suscite la compassion. Je déteste cette idée d'ailleurs. Je préfère mourir que de susciter la compassion. Je n'aime pas le mot.

Le héros de demain est celui qui se sacrifie pour autre chose que lui-même, pour ce qui n'est pas humain. Pour des bêtes, pour la Planète. (Sylvain est un ami de Nicolas Hulot?)

D'après Sylvain Tesson, le héros de notre temps est celui
  • qui résiste au désespoir
  • qui s'évertue à maintenir la beauté du Verbe
  • et qui s'oppose à la dictature des machines.
En 2018,  je travaille à être un héros selon Tesson, je tacherai d'aller travailler et de voir dans chaque jour de quoi me lever le lendemain, je continuerai de lire et relire des belles phrases et ne dirai j'aimais "je kiffe", enfin je ne paierai pas avec l'Apple Pay ni n'installerai des volets électriques.



vendredi 15 décembre 2017

Et l'homme créa Dieu

Le bouddha d'azur de Cosey

"Dieu est un mot qui, selon moi, est vide. Je pense qu'il y a un grand mystère dans l'univers, je n'ai pas le mot pour le dire, et que cela dépasse notre capacité mentale. 
J'ai la conviction que c'est l'homme qui crée Dieu ou des dieux, et pas l'inverse. les dieux sont issus de l'esprit d'une communauté humaine, mais une fois qu'ils existent et c'est là le paradoxe, ils nous dominent, nous demandent de les prier, de le supplier, de tuer ou de mourir pour eux. Ce qui est vrai aussi pour les idéologies quasi religieuses qu'ont été par exemple le communisme, ou le nazisme".
Edgar Morin - dans un interview pour Lire (novembre 2017).

Il n'y a que lui pour mettre sur un même plan Dieu, le communisme et le nazisme, trois choses antinomiques. Quand on sait que Edgar Morin a pensé la complexité comme la coexistence de deux réalités contraires, on s'étonne moins.
Il se veut bouddhiste, sans la métampsychose (la réincarnation des bouddhistes : c'est à dire le transfert de l'âme dans un autre corps humain - pas un animal comme dans l'hindouisme). 
Moi aussi j'aime le bouddhiste, mais c'est parce que je lis les bd de Cosey et j'aime assez l'idée de bodhisattva ("mon âme en toi réincarnée" -  pauvres de vous!). 
On parle là de spiritualité et non de religion. La différence est de taille. Il n'y a pas de système ni d'autorité qui te dit quoi penser, comment penser, comment expier et t'offre un idéal gagnant : que ce soit les 70 vierges ou le Paradis (resterait à définir ce dernier d'ailleurs).
Le rapport est symétrique, le lien est horizontal, il s'entretient et se discute. Chacun en est responsable.

Une réflexion pour toutes nos relations, pas uniquement celles qu'on entretien avec (son) dieu.
Bon week


dimanche 26 novembre 2017

Sagesse du jour

Native Art - UBC, Canada


"La fatigue, crise de l'énergie à échelle personnelle"


"La vie sert à trouver les raisons de se suicider"


Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit - Sylvain Tesson



Demain je vais à une conférence de Sylvain Tesson (oui oui!) :  l'héroisme peut il sauver le monde?
Et là toute suite, en héroïne ordinaire du dimanche après midi, je vais au cinéma avec une copine.

dimanche 17 septembre 2017

La fin d'un monde

Berlin  - R. Depardon

On reconnait les vieux à leurs rengaines "c'était mieux avant", au langage suranné (c'est une belle demeure, cet étalage est bien achalandé...) et à leur vécu daté (ils ont des histoires de guerre à raconter).
Je ne regrette pas mes (plus) jeunes années  et si je déteste les mots comme "je kiffe", quand je parle mes enfants me comprennent encore.

Pourtant, ces derniers temps, j'ai une impression de fin de mon monde, que quelque chose s'efface.

Ca commence lentement, quand des écrivains que vous aimez décèdent, ou des cinéastes, ou des chanteurs, ou des personnes politiques. Je n'écouterai plus de nouvelle chanson de Leonard Cohen ou de Barbara, je ne lirai plus rien de Robertson Davies ou de Marguerite Duras, je me suis sentie très seule après la mort de Mandela.
Cet été, j'ai enterré mon parrain. Il m'a donné 700 francs tous les Noël pendant des années. C'était une fortune à l'époque, j'ai conduit mon premier tracteur avec lui. C'est le premier de la génération de mes parents qui disparait. Il y avait un mur devant moi, une brèche a entamé la protection, a écorché ce qui faisait paravent. 
Je ne suis plus immortelle.

Récemment, ma gynécologue m'a annoncé qu'elle prendrait sa retraite en mai et qu'elle me donnerait mon dossier papier (oui elle fait encore ses dossiers à la main, pas d'informatique avec elle, ni de carte vitale...). Ma généraliste à laquelle je n'étais pas attachée, a, elle, pris sa retraite sans m'avertir et du coup j'en ai choisi une bien jeune (un peu comme M. Seguin avec ses chèvres...). Je n'ai pas pris un tel risque avec ma dentiste, qui a mon âge et que je fréquente depuis qu'elle s'est installée.
Peu de temps après, France Telecom a annoncé l'arrêt définitif et le démontage des cabines téléphoniques. Nous avons connu les cabines à pièces, puis les cabines à cartes et maintenant la disparition des cabines. 

Et cette semaine, le phénomène s'est accéléré : mon dernier a changé sa play liste et écoute des tubes des années 80. En boucle, nous entendons "les yeux couleur menthe à l'eau". En boucle, il la chante à tue tête. Jusqu'à ce qu'il demande ce qu'est un juke box. Les deux grands ne savaient pas. La question a atterri chez nous. 
Nous avons expliqué, montré, raconté que nous mettions des sous dans ces machines pour écouter les tubes de l'époque. Au bar du Lycée, j'ai dépensé des fortunes pour entendre "Ella, elle l'a" de France Gall et "Scatterlings of Africa" de Johnny Clegg. Nous avons parlé des cassettes et de comment nous enregistrions les tubes que nous attrapions à la radio, les fameuses radios libres après l'éléction de Mitterand.

Et le lendemain, à la faveur d'une question sur le mur de Berlin, ils nous ont demandé de raconter la Chute du Mur. Et nous avons évoqué cet autre monde : celui de la guerre froide, celui dans lequel il y avait la RDA et la RFA, celui où ne pouvions voyager en Yougoslavie et où la Tchécoslovaquie existait encore, mais ni la Lettonie ou l'Estonie. Je me suis revue en 89, rivée à la radio, dans la chambre Insa à Lyon, avec des copines à boire du thé et fumer des cigarettes.
J'ai eu l'impression de prendre la place de mon grand-père quand il me racontait comment il s'était évadé des allemands en 40, de ma grand-mère quand elle évoquait la doublure de la veste de mon oncle jeune enfant où elle cachait ses économies. 

Aux yeux de mes enfants, j'appartenais à un autre monde.
Et moi, je vois bien qu'il s'efface, sans que je sache dire si j'en suis triste.


dimanche 1 janvier 2017

London, une histoire de famille

Have a nice day bus - london 

3 jours à Londres.
Ça sonne comme un titre de film, cinema indépendant, dialogues surinvestis, références culturelles incompréhensibles pour qui n'a pas fait une thèse en littérature...
C'était juste notre escapade à mon iMari et moi. Les enfants partis chez leurs grand-parents, la cuisine attendra (elle attend déjà depuis 5 ans d'être refaite), vive l'Eurostar.

Mon iMari a un cousin qui vit à Londres depuis 12 ans. Un "aussie" loin de son île, loin de la terre des Carter, loin des "family drama" comme il dit.
Je ne l'avais jamais rencontré, parti en Europe quand nous sommes passées en Australie, nous nous sommes croisés. Les cousins s'étaient vus pour la dernière fois plus de 20 ans auparavant.
Nous avons été invités à diner : entre 5 et 6 pm, en grande banlieue londonienne (20mn de train de King's Cross!). 

Son père est une fan d'histoire familiale, nous avons le résumé des histoires de chacun des enfants et petits-enfants, c'est à dire des cousins et de leurs enfants, avec les mises à jour régulières (c'est plus précis et fréquent que la mise à jour de nos iOs). 
Donc nous connaissons l'histoire du londonien. Du moins, le pensions nous. Mais toute histoire a sa version, isn't it?

Le cousin a un fils d'un premier mariage, resté en Australie (le fils, pas le mariage, qui est "dead" donc -  le mariage dead, pas le fils!). Il est marié avec une anglaise et a deux garçons. Nous nous étions conditonnés pour une soirée dans une maison anglaise, kitch à souhait, pleine de l'Esprit de Noêl, avec des garçons en pyjamas, du Christmas pudding (mmmmmh)...

Déjà à la gare, les cousins ne se reconnaissent pas, c'est moi qui dit à mon iMari, " y a un mec la bas qui attend dans la froid avec son téléphone à la main..." C'est lui.

Et dans les 5 mn de voiture (surchauffée, la voiture, pas les 5 mn), il nous fait la dernière "up date" (celle qui règle les erreurs de la version précédente...), une mise à jour d'urgence.
- on a cuisiné du mouton, j'espère que vous aimé le mouton? 
Deux informations essentielles dans la phrase : le "on" qui ne dit pas qui et le "cuisiné" qui dit qu'ils ont fait un truc exceptionnel. Je n'aime pas le mouton, mais je sens que ce n'est pas important, que le plus important est à venir.
- à la maison, vous allez rencontrer "my fiancée", je suis en train de divorcer, je me marie avec elle l'année prochaine

Ah, voila qui change toute la donne. 
Son père est-il au courant? Est-ce important qu''à quarante ans, son père soit tenu au courant? Et pourquoi ce n'est pas arrivé jusqu'à Paris?
Ce n'est pas tout à fait la même soirée que la version auprès du sapin de Noël, avec des gosses en PJ. 

Ce fut la version sitcom : 

  • du couple récemment ensemble dans une maison qu'ils viennent de louer avec le panneau TO LET qui traîne encore dans le jardin
  • la maison est louée meublée, rien de personnel, rien qui ne traduise la vie de ce couple qui n'existe pas encore. C'est l'appartement témoin : tout dans les tons gris clairs et blancs cassés, du canapé au tapis, au sapin artcifiel. Même le chat est blanc et gris. Je n'ai pas osé demander si comme la vaisselle, il était compris dans le prix de la location.
  • la femme est jeune, très jeune (trop?), très belle, très longiligne, les ongles faits : pieds et mains, paafaitement épilée sous les bras (elle se promène en débardeur). Elle arbore un gros diamant à la main, comme dans toutes les bonnes séries américaine, elle a son "engagement ring"
  • on a oublié le nom de la jeune femme, mais pas celui du chat. On a oublié sa conversation, elle n'en a pas. 

Et toute l'histoire est dans la réponse de ma question " where you two meet?".
Dans le train, cela faisait 4 ans qu'ils se croisaient. Mais, lui était une homme marié... Quand ça a commencé à aller moins bien avec sa femme, ils se sont vus en dehors du train et les choses sont allées ensuite très vite. On image facilement l'avance qu'ils ont pu prendre non?

Pour avoir un panorama complet, il faut parler un peu du père du londonien (l'oncle de mon Imari, vous suivez?). Il s'est marié 3 fois, chaque fois avec une femme plus jeune. Le fils dit du père "il n'a aucune stimulation intellectuelle avec sa femme (l'actuelle), mais il a ce qu'il veut, if you see what I mean".
Moi je ne "mean" rien du tout, mais je vois que le fils fait mieux que le père, dans le sens où il en est au même point à la moitié de sa vie!

Any way, the lamb was good, the wine was gorgeous and we did have fun.
Who cares about the young beautiful (and dull) women?

dimanche 23 octobre 2016

Coincidence et destin

destin ?

"The way world worked was somewhere in between coincidence and fate. There were mysteries, Juan Diego knew, not everything came with a scientist explanation."

Avenue of mysteries – John Irving

Ni une explication divine.
Savons-nous prendre les choses comme elles sont, sans chercher à y trouver une explication quelconque?
Prendre les choses ou accepter? 
Que faisons nous chaque jour pour défendre ce en quoi nous croyons?