jeudi 19 mars 2020

De fil en aiguille (#ILOVEconfinement)

Ciel de confinement
En ces temps où nous pourrions en avoir en trop, en rab, au calme, une petite série de podcasts qui a ravi mes oreilles, accompagné sur mes trajets en métro (quand on pouvait encore le prendre pour se rendre ailleurs que chez soi!).

Le premier est une histoire, la même racontée à deux voix. Les deux protagonistes donnent chacun leur version de la même situation : celle d'un gars et d'une fille, adultes, qui sont sortis une fois ensemble et qui, un soir, se retrouvent pour dîner. Elle veut rentrer chez elle, il veut qu'elle reste. Elle doit le lui dire cinq fois pour qu'il l'entende.
 "Tout de suite les grands mots" (le nom du podcast) parle de consentement, d'une façon simple avec des mots de tous les jours. On ne peut plus explicite sur là où ça se joue. "Ca aurait était tellement classe, si tu m'avais laissée partir la première fois où je te l'ai dit".
"Tout de suite les grands mots" : https://podcast.ausha.co/transmission/tout-de-suite-les-grands-mots

J'ai tellement aimé ce podcast sur mon trajet que, quand je suis arrivée en supervision, j'en ai parlé à mes copines coach. Certaines ont des teenagers, ou des jeunes adultes à la maison, ça me semblait essentiel que nos enfants - filles et garçons - écoutent ce genre d'histoire. Evidemment, on fait des liens, on partage expérience et découvertes.

La suite se cache à France Culture dans son émission "les pieds du terre" qui a produit une série de 6 podcast d'une trentaine de minutes sur "les hommes violents". Pas de leçons, pas d'enseignement, pas de conclusion, jute un chemin à suivre dans les pas d'un jeune journaliste qui s'interroge sur "MeToo" et commence par poser des questions à sa mère, puis à une copine, puis suit un groupe de paroles d'hommes condamnés pour violence conjugales. La participation à ces groupes de parole fait partie de la sanction pénale.
Les pieds sur terre/ des hommes violents/1er épisode : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/victime-et-coupable

C'est passionnant, glaçant parfois et violent. J'écoutais ces podcasts sur mes trajets en métro, à la tête des autres passagers j'ai compris que je faisais des grimaces ou que je sursautais pendant l'écoute. Il ne me faisait pas le même effet que James Blunt!
Je porte désormais un autre regard sur les violences conjugales (ou autres). 
D'abord, c'est dans toutes les classes sociales, tous niveaux d'éducation et tout âge. MeToo n'est pas réservé aux stars du cinema. Se faire taper dessus ou insulter par son compagnon n'est pas réservé à celles qui vivent avec un alcoolique, sont illettrées, au chômage et vivent dans le Nord de la France (quelle caricature!). 
Il y a des étudiantes en master, des jeunes filles qui pourraient être nos filles ou nos soeurs, élevées par des mères féministes. Il y a des hommes éduqués, des cadres, et des descendants d'immigrés. Il y a des hommes qui s'expriment très bien, et d'autres moins facilement. 1 femme sur 5, forcement une parmi nos copines. 
Ensuite, j'ai y appris (ou ça a confirmé) que l'alcool est un facteur aggravant, comme tout le temps en toute circonstance. 
Enfin, il n'y a pas de portrait de l'homme violent (ou de la femme battue), mais souvent un modèle qu'on a connu enfant de relation homme-femme. Une vision de ce que doit être le rôle de l'homme et son pouvoir dans la relation, ce qui la rend pathogène. 

De fil en aiguille, j'ai poursuivi avec un autre podcast "les couilles sur table" et son épisode "contre la rhétorique masculinité" avec un professeur politologue québécois Francois Dupuy-Deri (il a écrit un livre la dessus en 2018). Il est  très clair "il n'y a pas de crise de la masculinité" et il explique pourquoi.
Les couilles sur la table/la crise de la masculinité : https://www.binge.audio/contre-la-rhetorique-masculiniste/

De fil en aiguille, cette dernière est désormais dans une boite de foin : à explorer les pieds du terre ou les couilles sur la table, je vais y passer tout mon temps!

Décidément, j'adore le confinement.

samedi 15 février 2020

Balade en Champsaur, sur les traces de Vivian Maier

Pisançon

Vivian Maier - photographe à la renommée récente et post mortem - a passé du temps dans le Champsaur d'où était originaire sa mère et la famille de celle -ci. 
Elle y a grandi entre enfance et adolescence, et est revenue plus tard avec son appareil photo. Une américaine dans les années 50, on peut imaginer la curiosité qu'elle suscitait et son engouement à photographier la campagne paysanne, elle qui venait de New York et d'autres grandes villes américaines.
Après plusieurs jours de ski, en cherchant la neige, on a revisité le Champsaur sur les traces de Vivian Maier.

Molines en Champsaur
A Môlines en Champsur, cul-de-sac après La Motte, il y reste une église, un auberge et une maison de l'ONF et quelques habitations, traces de vie. En bordure du Parc National des Ecrins, on remonte la Severaissette vers des villages abandonnés. 

Vue de Pisançon













Le fond de vallée, vue de Molines

Au début du Champsaur, la vallée y est plus large, et offre un horizon bleu et lointain.






















La vallée de la Severaissette, vue du  cimetière de Molines (plus petit que le jardin de mon père).
Fin de journée en février, il fait frais, le peu de neige est gélée.
Eco Musée de Pisançon




















L'Eco Musée de Pisançon fait la part belle à Vivian Maier, avec un fond de photos conséquent. L'association est dynamique en expositions, événements, stages, concours et même bourses!
Mais pour le musée, les horaires d'ouvertures restent mystérieux en dehors de l'été.
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr
L'Auberie - ferme encore en activité?

La Motte en Champsaur











Beaucoup de fermes sont isolées, éparpillées dans la vallée.
Certaines ne sont plus en exploitation et risquent de tomber en ruines, les jeunes paysans leur préfèrent les stabulations, plus faciles à entretenir.


















A côté de la fontaine de la Motte, un arbre de Noel original, probablement fait par les enfants de l'école d'à côté



















Molines en Champsaur


Couleurs chatoyantes une ferme à l'air accueillant capte plein sud les rayons du soleil d'hiver, face au soleil couchant.


















Saint Bonnet
En bas de la grand rue, la petite place avant celle du marché.
Une fontaine, une boucherie et une boulangerie.
Plus loin le photographe a fermé, personne n'a repris sa suite à la retraite. Il avait tenu longtemps, photo d'art, les mariages, les naissances, le numérique.
La mercerie aussi plus loin a fermé, même raison. Comme la mercière, la clientèle a vieilli. Qui va encore dans une mercerie?











La Tour à la Motte

De nombreuses bâtisses sont marquée d'un frorton avec une année 1841 ou dans la décennie qui suit. Une époque faste our le coin?
Cette ferme là avec sa tour était pour des notables dans ce coin perdu de montagne.















Saint Bonnet, dans les ruelles médiévales

Fontaines dans tous les villages, voire plusieurs. L'eau y coule ne permanence. Pour plus de sureté, la commune y inscrit euh non contrôlée, ou non potable. Les autochtones la boivent tout de même. Les estivants, eux, en sont malades, pas assez de chlore, trop de bacteries.














Pisançon - inactivité du matériel

Un vieux tracteur garé au fond d'un musée. Il y en a encore des comme ça, dans les granges, dans les cours de fermes, et sur la route. 
Ils ont l'élégance de leur âge, la nonchalance de ceux qui ont la vie devant eux. 
Je me suis mariée sur un engin comme ça, celui ou enfant j'avais passé beaucoup de temps à faire le foins : couper, retourner, botteler, ramasser. Le mien n'est plus, longtemps remisé dans sa grange, il a du finir dans une casse quelconque, cimetière pour tracteurs à la retraite.







Derrière, les loups

Entre deux toits, la crète de la vallée aux loups (celle du film de  JM Bertrand).




















Les champs


Avant les barrières électriques, elles étaient en bois. Elles le sont toujours, surtout autour des fermes.


















Molines au fond de sa vallée




Quelques maisons dans cette impasse de vallée. Le Parc des Ecrins à droite, le col à gauche pour Valgaudemar.

















Vers la cabane de Peyron Roux

Un chemin creux pour les estives, qui ne doit plus voir passer que des randonneurs. Les moutons ne passent plus par là.




















A la Motte en Champsaur

Dans son jus, une ferme à l'angle de deux rues, qui furent jadis des chemins de passage, en face du four.
Les oignons sèchent au soleil, les bottes de foin sont encore des rectangles attachés par une ficèle jaune.
















Fleuron de la vallée, inscrite au Patrimoine Mondial des Monuments Historiques, la Chapelle des Pétètes.
Il est possible de passer à côté sans la voir. Elle tourne le dos à la route, pourquoi s'arrêterait on encore à cette chapelle? Il y en a tant des chapelles et des oratoires dans la vallée, à croire qu'ils étaient si pieux.
Mais si on prend la peine de s'arrêtant sur ce petit bout de détour par L'Auberie, qu'on monte à pied le talus, on découvre la façade avec les têtes, les satinettes, leurs visages ronds, naïfs et leurs yeux fixes.

lundi 10 février 2020

Piscine Olympique

Yves Desbuquois
"Imposante, elle se dresse entre les montagnes et la route.
Insolite, elle surgit au milieu de nulle part.
Impossible de l'ignorer.
Elle s'impose aux regards.
Elle se rappelle aux souvenirs des Champsaurins.
Nombreux ont appris à nager là.
Ancien lieu de rendez vous des jeunes,
elle a vu se former des couples.
Depuis, la nature a repris ses droits.
Les artistes ont trouvé des murs pour s'exprimer,
Impossible de l'oublier.
Impossible de ne pas l'immortaliser."

Mémoires des lieux ordinaires en Champsaur - photographies de Yves Desbuquois et Denis Lebioda

Il s'agit de la piscine Olympique de Saint Léger les Mélèzes. 
Tout le monde la connait dans la vallée. The place to be, quand on était jeune.
C'était mon premier job d'été. J'avais 14 ans, je tenais les vestiaires.
Lourde charge : donner les paniers rouges aux nageurs, les récupérer avec leurs vêtements, plus ou moins bien pliés, s'assurer qu'ils avaient bien pris le bracelet avec le numéro.
Puis attendre que l'après midi se passe, avant de les leurs rendre.
Je lisais. Parfois plusieurs livres dans la journée.
Je discutais avec les copains/ines qui venaient nager.
On écoutait Kool and the Gang sur un magnétophone.
Je me déplaçais avec mon 103 SP tout neuf.

C'était l'année où une colonie de juifs intégristes séjournait dans la vallée. 
Comme ils ne voulaient pas se mélanger, ils louaient la piscine le soir après la fermeture. Nous restions donc plus tard, une fois le public parti, une fois nos derniers copains ceux qui trainent partis,  pour tenir les vestiaires, nettoyer et fermer derrière eux.
Les femmes se baignaient tout habillée, avec leurs robes à manches longues et leurs collants. Elles enlevaient juste leurs gants pour entrer dans l'eau, et gardaient leur foulard. 
Les hommes se baignaient en maillots des années 50 qui recouvraient aussi le torse.
Nous n'étions pas censés regarder, mais c'était plus fort que nous, vite une fois leur dernier panier accroché sur le rack, nous prenions les escaliers pour observer ces gens, si différents de nous, prendre possession de notre lieu à ces drôles d'heures.
C'était fascinant ces façons de faire : les femmes de noir vêtues qui nageaient avec les enfants, certaines ne savaient pas nager d'ailleurs - jeunes ou vieilles -  et les hommes entre eux. Ils parlaient une langue étrange. Ils sont venus tous les soirs, pendant une semaine, se baigner après la fermeture, jusqu'à un horaire qui me semblait tardif pour cette activité. Leur exotisme se nichait jusque dans les horaires : se baigner jsuqà 20h ? Personne ne faisait ça chez nous, d'autant plus qu'il commençait à faire frais.

J'adorais cet endroit, lieu de rencontres, point de ralliement dans l'été qui n'en finissait pas.
Immanquablement elle ouvrait ces portes au 1er juillet et les fermait le 31 août, annonçant ainsi le retour en classe.
Ma soeur y a appris à nager.
Mon père y a eu un accident grave en réparant la chaudière.
Mon frère sautait du plongeoir de 5 mètres pour épater les filles.
Ma mère trouvait l'eau trop froide.
Je faisais quelques longueurs  : un bassin olympique de 50 mètres, tout de même.
Un symbole, qui a fermé en 1998.
Vieillir c'est ça; c'est voir disparaitre le monde tel qu'on l'a connu.



vendredi 24 janvier 2020

Ce que l'Union Soviétique aurait pu apprendre des Schtroumpfs

D'ailleurs, le Grand Schtroumpf a un bonnet rouge

Chez nous, le repas du soir est l'événement de la journée, à la croisée des vies de tous c'est le point d'orgue, de convergence, d'exaltation...de décompensation aussi.
Tout le monde parle, de tout, de sa journée, de ce qu'il appris, de ce qu'il a vécu. Quand ça se prolonge, ça se file avec une tisane...
On peut y parler de relations avec les gens, du plan produits de Telsa, de l'influence de la Chine, de l'euthanasie, des migrants, de la reforme des retraites, de l'incurie de Trump (c'est le sujet le plus consensuel, donc le moins drôle) ...
Et l'autre soir, on s'est dit que si les dirigeants de l'Union Soviétique avaient lu les Schtroumpfs peut être, le modèle communiste aurait survécu. Là, ça devient carrément savoureux.
D'après nos iAdos, les Schtroumpfs fonctionnent sur un modèle communiste : 

  • chacun produit selon ses compétences, son savoir-faire et ses envies. D'où le Schtroumpf flemmard qui se la coule douce, de là à se dire que tous les Russes se la coulaient douce, il n'y a qu'un pas
  • il n'y a pas argent en circulation, le Schtroumpf financier s'est rapidement trouvé sans utilité. De là à faire le lien avec la faillite de l'URSS...
  • ils se mobilisent ensemble contre un ennemi : Gargamel et son Chat. de là à penser que les USA sont le chat du capitalisme...
Les points communs ne manquaient pas.
Et pourtant, l'URSS s'est effondrée et pas la communauté des Schtroumpfs.

La taille, a dit l'un. La communauté des Schtroumpfs est bien plus réduite, les Schtroumpfs n'ont qu'une seule Schtroumpfette (et un bébé dans une épisode, sans lien avec la Schtroumpfette, ça pose question aussi je trouve). Est ce que l'absence de reproduction est un gage de maintien du communisme? ou alors c'est l'absence de sexualité qui est une clé de pérennité du modèle?

L'ennemi, a dit l'autre. On se maintient parce qu'il y a un ennemi commun. Gargamel est éternel, le capitalisme aussi. Les USA sont toujours là. Ce qui a changé c'est que ce n'est plus l'ennemi. A quelle condition les Schtroumpfs pourraient ne plus voir Gargamel comme leur ennemi? Si d'un coup ils découvraient les caresses du chat, que c'est doux et bon, et que le chat ronronne et que finalement on y prend plaisir...

Je ne sais pas si Gorbatchev lisait des bandes dessinées et s'il avait envie de rencontrer Gargamel après la tentation des caresses du chat, mais je sais qu'ils étaient contemporains. Il avait moins de 30 ans lors de la sortie du 1er album des Schtroumpfs et peut être qu'il s'est laissé tenté par le Chat. L'histoire est assez discrète sur cet aspect là.


jeudi 2 janvier 2020

Enigme


Hans Hartung

"Car en ne voyant les gens que comme des ennemis, des obstacles ou des pièges, on ne baisse jamais les armes ni devant les autres, ni devant soi. Alors qu’en choisissant de voir les autres commes des énigmes, de se voir soi comme une énigme, on s’expose à un émerveillement constant, en creusant, en regardant au delà des apparences on trouve toujours quelque chose de familier."

Les fantomes du vieux pays – Nathan Hill

Ca pourrait aussi s'appeler la curiosité.
En 2020, je vous souhaite surtout de la curiosité,

Et du thé, auprès d'un feu de cheminée, avec un carré de chocolat, sans oublier un bon livre.



dimanche 15 décembre 2019

Courir

Vincent Munier 

"La vie se rassemblait : naître, courir, mourir, pourrir, revenir dans le jeu sous une autre forme."
La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson

Encore faut il qu'il y ait une autre forme. A se demander même si c'est si important que ça.
Partons courir  - pour de vrai - avant de mourir.

vendredi 15 novembre 2019

Retourner la certitude

Arromanche - novembre 2019

De tout, il resta trois choses;
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu'il fallait continuer;
la certitude que cela serait interrompu
avant que d'être terminé
Faire de l'interruption un nouveau chemin
faire de la chute un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un point,
de la recherche...

une rencontre
***

Fernando Sabino