dimanche 22 octobre 2017

Voyager selon Depardon

Le Drac 


Voyager, et n'être rien du tout
Ni touriste, ni reporter
Ne chercher aucune performance
Ne rien chercher à prouver

R. Depardon - Traverser

En ce moment à la Fondation Henri Cartier Bresson, un retrospective de Raymond.
A voir, revoir, toujours des clichés à découvrir.

Parfois le voyage se fait tout près.
Ces photos de la Haute Loire, de la ferme du Garet, me rappelle les Hautes Alpes, les fermes reculées, la vie homogène "un jour pousse l'autre", l'isolement, le hors temps, le hors champ de la société parfois, en tout cas jusqu'à une certaine période.

mercredi 18 octobre 2017

La suffragette moderne est-elle autorisée à prendre le volant?

Now?
Dans le programme scolaire de 3ème, il y a plein de sujets intéressants abordés en français et en histoire (par exemple les deux grandes guerres du 20ème siècle), et au détour d'une conversation en cours :  l'émancipation des femmes. Ma fille étant globalement une personne "concernée" (elle s'est passionné toute petite pour l'élection de Sarko - contre; pour le mariage pour tous - pour ; le droit à l'euthanasie - pour...) elle creuse donc les différents sujets.
Ce qui nous a valu de regarder le film "les suffragettes".

Un samedi soir, nous faisons donc notre rituel "ciné famille" avec "les suffragettes" film britannique de 2015.
En bon parent qui fait de la discrimination sexiste et d'âge sur ses enfants, on se demande si les deux gars vont aimer et mon iMari se propose même de leur mettre un James Bond.
C'est vous dire le niveau des parents!
Raisonnablement, on se dit qu'ils peuvent regarder le début et si ça ne les intéresse pas, on avisera et on leur fera une séance à part.
C'est bien mal connaitre notre petit monde.

Tout le monde a été pris dedans. c'était presque un film en 3D  : ils étaient tous les trois debout, à brandir les poings en criant à l'injustice, à invectiver les hommes, à défendre les femmes, à pleurer...

Et moi  : "calmez vous c'est un film"
Et mon iMari (aidant) : "c'est une histoire vraie..."

Oui c'est un biopic (biography picture, pour ceux qui ne savent pas). Avec à la fin des images d'archives.
Bouleversant. Excellent. Terrifiant.
Sur la place de femmes dans la société.
Les femmes ont obtenu le droit de vote en France en 1944, en 1971 en Suisse (la porte à côté, l'année où je suis née). Un siècle après l'abolition de l'esclavage. C'est dire l'échelle qu'on pourrait lainer si on va par là.
Quand on pense qu'en Arabie Saoudite, les femmes viennent seulement d'obtenir le droit de conduire! Et encore, ce sont des motifs économiques qui ont eu raison du conservatisme (le coût du chauffeur, et des doubles assurances...).
De là à penser que le capitalisme est un progrès...

dimanche 17 septembre 2017

La fin d'un monde

Berlin  - R. Depardon

On reconnait les vieux à leurs rengaines "c'était mieux avant", au langage suranné (c'est une belle demeure, cet étalage est bien achalandé...) et à leur vécu daté (ils ont des histoires de guerre à raconter).
Je ne regrette pas mes (plus) jeunes années  et si je déteste les mots comme "je kiffe", quand je parle mes enfants me comprennent encore.

Pourtant, ces derniers temps, j'ai une impression de fin de mon monde, que quelque chose s'efface.

Ca commence lentement, quand des écrivains que vous aimez décèdent, ou des cinéastes, ou des chanteurs, ou des personnes politiques. Je n'écouterai plus de nouvelle chanson de Leonard Cohen ou de Barbara, je ne lirai plus rien de Robertson Davies ou de Marguerite Duras, je me suis sentie très seule après la mort de Mandela.
Cet été, j'ai enterré mon parrain. Il m'a donné 700 francs tous les Noël pendant des années. C'était une fortune à l'époque, j'ai conduit mon premier tracteur avec lui. C'est le premier de la génération de mes parents qui disparait. Il y avait un mur devant moi, une brèche a entamé la protection, a écorché ce qui faisait paravent. 
Je ne suis plus immortelle.

Récemment, ma gynécologue m'a annoncé qu'elle prendrait sa retraite en mai et qu'elle me donnerait mon dossier papier (oui elle fait encore ses dossiers à la main, pas d'informatique avec elle, ni de carte vitale...). Ma généraliste à laquelle je n'étais pas attachée, a, elle, pris sa retraite sans m'avertir et du coup j'en ai choisi une bien jeune (un peu comme M. Seguin avec ses chèvres...). Je n'ai pas pris un tel risque avec ma dentiste, qui a mon âge et que je fréquente depuis qu'elle s'est installée.
Peu de temps après, France Telecom a annoncé l'arrêt définitif et le démontage des cabines téléphoniques. Nous avons connu les cabines à pièces, puis les cabines à cartes et maintenant la disparition des cabines. 

Et cette semaine, le phénomène s'est accéléré : mon dernier a changé sa play liste et écoute des tubes des années 80. En boucle, nous entendons "les yeux couleur menthe à l'eau". En boucle, il la chante à tue tête. Jusqu'à ce qu'il demande ce qu'est un juke box. Les deux grands ne savaient pas. La question a atterri chez nous. 
Nous avons expliqué, montré, raconté que nous mettions des sous dans ces machines pour écouter les tubes de l'époque. Au bar du Lycée, j'ai dépensé des fortunes pour entendre "Ella, elle l'a" de France Gall et "Scatterlings of Africa" de Johnny Clegg. Nous avons parlé des cassettes et de comment nous enregistrions les tubes que nous attrapions à la radio, les fameuses radios libres après l'éléction de Mitterand.

Et le lendemain, à la faveur d'une question sur le mur de Berlin, ils nous ont demandé de raconter la Chute du Mur. Et nous avons évoqué cet autre monde : celui de la guerre froide, celui dans lequel il y avait la RDA et la RFA, celui où ne pouvions voyager en Yougoslavie et où la Tchécoslovaquie existait encore, mais ni la Lettonie ou l'Estonie. Je me suis revue en 89, rivée à la radio, dans la chambre Insa à Lyon, avec des copines à boire du thé et fumer des cigarettes.
J'ai eu l'impression de prendre la place de mon grand-père quand il me racontait comment il s'était évadé des allemands en 40, de ma grand-mère quand elle évoquait la doublure de la veste de mon oncle jeune enfant où elle cachait ses économies. 

Aux yeux de mes enfants, j'appartenais à un autre monde.
Et moi, je vois bien qu'il s'efface, sans que je sache dire si j'en suis triste.


vendredi 1 septembre 2017

Au Bal, se faire écarteler

Le Bal, pas masqué, juste révélé

Nous sommes allés au Bal, derrière la Place de Clichy.
Les cinémas porno ont disparu, le Wepler est toujours là.
Et a ouvert il y a quelques années, ce lieu de Magnum.
Magnum l'agence, pas les glaces (comme demandaient mes enfants!).

L'Agence a 70 ans et fêtait ça avec une retrospective. Pas de fil rouge, pas d'orgie de photos, pas de short off, mais un cheminement, des photos jamais publiées parfois, car trop polémiques la crainte d'un plasticage limitait les publications.

J'ai pris que Robert Capa avait un frère - Cornell - aussi photographe et peut être plus engagé en politique et moins médiatique que l'autre.
On y découvre que l'agence pourrait couvrir les deux côtés de la guerre (Algérie, IRA...). 

"Vous devez d'abord vous débarrasser des évidences (...). Instaurer le doute dans votre esprit, se poser la question de vos propres limites à surmonter. Si nous sommes capables d'admettre que nous sommes tous subjectifs, alors nous nous approchons d'une forme d'objetivité. Au fil des ans en Irlande du Nord, j'ai vraiment essayé de vivre des deux côtés des barricades et d'analyser ce que je ressentais (...). Traverser ces frontières, m'exposer à ces perceptions divergentes, c'est une des choses les plus douloureuses qu'il m'ait donné de traverser. Cela revient à être écartelé jusqu'au point de rupture"
Gilles Peress

entre Utepils et Wintersearig

Mc Donough - j'aime l'idée que cette photo a été prise en juillet 1971,
alors que bien loin de là, je venais au monde

Utepils : une bière à boire à l'aire libre pour profiter du très lumineux mais bref été, après un long et sombre hiver (norvégien)
Wintersearig : la tristesse que l'on ressent quand l'hiver et long et froid (anglais)
dans Les mots qui nous manquent

Je suis exactement entre les deux. 
Je n'aime pas la fin de l'été.
Je n'aime pas la reprise.
Je n'aime pas qu'il fasse nuit à 6h du matin, ni que la soirée s'assombrisse dès 21h15.
Je n'aime pas les feuilles qui hésitent à tomber.
Je n'aime pas l'odeur des fournitures scolaires.
Je n'aime pas avoir à mettre un pull en début de soirée.

Je ne suis pas de cette saison.
Je suis lasse rien qu'à l'idée de recommencer une année scolaire, de travail, de routine... 
Je crois que j'ai besoin d'air et de changement : y a t-il un mot pour cela?



jeudi 24 août 2017

Qu'avez vous écouté cet été?

pour bien écouter,
s'installer confortablement
Je ne parle pas de musique. 
Je parle de podcast. 
Ma grande découverte de l'année. Une pratique régulière, comme le yoga. Et ça me fait un peu le même effet d'ailleurs.
Un collègue m'a dit "y a que toi qui te fais regonflée par un podcast sur Cy Twombly après 2 jours d'animation de séminaire". Je me suis sentie un peu bizarre, un peu comme si j'étais une anomalie de la Nature. Mais pourquoi pas? 
Trouver son remontant c'est bien, c'est même essentiel. Surtout quand ce n'est pas du chocolat, de l'alcool ou des cigarettes. 
Un podcast, c'est sain. Ça tient compagnie sur demande, c'est peu demandeur justement. C'est tout le temps avec vous, à peu de frais. Ça se renouvelle vite.
J'écoute dans les transports, dans la voiture, dans le métro... Pas sur mon scooter, là je divague.
Je ris toute seule, souris aux inconnus, suis émue parfois... 
Et j'ai l'impression de découvrir des gens. Des gens plutôt que des choses. Je préfère entendre des artistes parler de leur oeuvre, d'eux, plutôt que des discours thématique. 
"Pardon Adèle Van Reeth, mais les nouveaux chemins de la philosophie j'ai abandonné. Je vous jure que j'ai essayé, j'ai insisté. ça n'a pas pris. Je vous lis avec interêt et régularité dans votre chronique dans Lire."

Ma petite selection, que je partage avec vous : 

  • une vie une oeuvre, sur France Culture, en particulier sur Cy Twombly, ou Isadora Duncan (la danseuse), ou encore Claude Levi-Strauss (mon amour de jeunesse quand j'ai lu la pensée sauvage en Terminale)
  • le temps des écrivains France Culture : l'émission spéciale William Finnegan (jours barbares), je me suis même tapé un podcast d'une radio californien pour surfeurs où il intervenait rien que pour l'entendre parler.
  • les grands discours sur France Inter : Simone Veil et son discours de 1974 à l'assemblée pour la loi autorisant l'avortement. Quelle émotion que de l'entendre parler, prononcer les mots que j'avais déjà lu plusieurs fois... Dans les trésors de ces podcasts estivaux : Mandela, Luther King. Je rêverai de "the last frontier" de Kennedy par exemple. Vous me direz que je pourrai trouver tout ceci sur youtube et qu'en plus j'aurai les images. Je ne veux pas des images, ça me pollue. Je veux m'immerger dans la voix. Je suis sensible aux voix, aux intonations, aux oscillations, aux mots choisis. Je ne veux pas en perdre une miette.
  • master class sur France Culture. Celui avec Sylvain Tesson (oui, je sais, encore lui), Jean-Christophe Ruffin, ou encore Angelin Preljocaj.
  • je cherche aussi par nom : William Finnegan a été dans plusieurs émission notamment Ping Pong sur France Culture, Sylvain Tesson est très médiatique (ok, j'arrête avec lui), Edgar Morin... à vous de choisir les vôtres.
  • Grand bien vous fasse sur France Inter traite de thèmes que l'on peut écouter en famille (dans la voiture sur les longs trajets, que notre fille apprécie (tout n'est pas perdu).



Oversized Canada #5 : Act Canadian...

Deux fois plus d'espace avec le reflet
Un leitmotiv pour rester zen comme eux en tout situation. Keep calm and chill out.
Je l'ai déjà dit, personne ne roule vite, malgré les énormes voitures, malgré l'absence de radar, bien que les routes soient longues, droites, désertes. 
On roule pépère et on ne klaxonne pas. Jamais. Même s'il y a un bouchon (à cause des ours), même si on attend 20 mn, montre en main, du fait des travaux. On reste tranquille, on sourit, on attend, en admirant le paysage.
Et en ville, on laisse passer les plus petits que soi : les vélos, et les piétons. Et les vélos laissent passer les piétons. C'est la hiérarchie inversée : plus tu es gros, moins tu es prioritaire. L'exact inverse de la Chine. Je me demande comment les chinese Canadians s'en sortent (plus d'un tiers de la population sut la côte Ouest).
On démarre tranquille au feu, sans s'énerver quand celui de devant n'avance pas. On n'accélère pas brusquement non plus, c'est smooth. On ne tourne pas vite au croisement pour passer devant la voiture qui arrive on attend qu'elle passe justement... 

Dans les magasins, on fait la conversation. On a mis un peu de temps savoir répondre à la question "how are you doing guys today?" de chaque caissière. Et je ne suis pas certaine que notre repose soit la bonne. "doing good,  and you?". Le "and you" semble superflu avec la caissière, et pourtant elle peut continuer sur le même ton. Elle range nos courses dans des sacs en plastique, en faisant très attention aux oeufs, qu'elle nous donne d'ailleurs à part, en se déplaçant. Tout cela prend du temps, elle n'est pas pressée, nous non plus ("je te rappelle qu'on est en vacances au Canada" on se le redit pour ne pas faire nos parisiens impatients. 
Parfois la caissière est un caissier, comme le conducteur du bus de nuit est une femme, ou le mec des travaux avec un casque au bord de la route, ou encore celui qui décharge les bagages du train. Tous des femmes.
Quand ces gens là repèrent que nous sommes français, c'est encore plus long. Ils tâtent de leur français : soit parce qu'ils ont vécu au Quebec, soit parce qu 'ils viennent de suivre un tutorial de 6 mois sur internet... Dans tous les cas, c'est stressant, car on ne comprend pas qu'ils nous parlent en français et on répond en anglais. Mais on "keep cool and act Canadian", avec bienveillance et sourire.

Les gens interpellent en se croisant dans la rue, même quand ils ne se connaissent pas   :
- il fait chaud aujourd'hui hein
- oui , et c'est bien
- oh ce n'est pas pour me  plaindre, c'est juste pour dire
- bonne journée...
Avec le sourire, en prenant le temps.

Ils ont le temps, ils ont l'espace, ils ont le sourire. Et pas uniquement parce que ce sont les vacances.

Rentrée à Paris, la vie semble rude. 
Je m'emporte et je me répète comme un mantra "act canadian".
Mais je n'ai ni le temps, ni l'espace, ni le sourire.
Et si je faisais comme si j'avais tout ça and act canadian?