A l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
Ils ont la
coquille noire
Du crêpe
autour des cornes
Ils s'en
vont dans le soir
Un très beau
soir d'automne
Hélas quand
ils arrivent
C'est déjà
le printemps.
Jacques Prevert
Quand moi je suis arrivée, ce bel après midi
d’automne, hélas ce n’était pas le printemps. C’était bien un enterrement.
Je n’y suis pas allée en noir non plus, j’y suis
allée habillée comme j’étais, colorée, une écharpe de soie orange en signe de
ralliement comme il avait été suggéré.
J’y suis allée, alors que j’aurai bien voulu
l’éviter.
J’aurai voulu éviter la peine, les larmes, l’au
revoir.
J’aurai voulu éviter l’évocation de ce qui ne sera
plus, ceux qui pleurent et ceux qui se souviennent
J’aurai voulu éviter les mouchoirs, les petits
cœurs à l’entrée, les « reminders», les fleurs que je n’ai pas apportées
J’aurai voulu éviter mon manque de courage de ne
pas être passée la voir quand il était encore temps,
J’aurai voulu éviter de croiser le regard de son
homme et la vision de sa fille en robe blanche,
J’aurai voulu éviter les souvenirs, les moments
que j’ai partagés,
J’aurai voulu éviter mon chagrin.
En vérité, ce que j’aurai voulu éviter ce n’est
pas l’enterrement. C’est qu’elle soit morte.
Mais c’est la vie. Et dans la vie je n’ai pas de
super pouvoirs.
J’ai beau courir toutes les courses de France ou
de Navarre pour la recherche contre le cancer, je ne fais que courir, je
n’empêche rien.
Dans la vie,
on est seul quand on court,
on est seul dans son corps
on est seul avec sa peine.
Son homme est seul avec la sienne, sa fille aussi
et elle grandira avec.
Quelle que soit la mienne, je ne porte que la
mienne, je ne peux pas prendre une partie de la leur, ni de personne
d’ailleurs.
Je peux juste pleurer avec eux et avec d’autres.
Et si mes yeux ne pleurent plus, mon coeur chouine
encore.
« Mais
là haut dans le ciel
La lune
veille sur eux»
J’aime à croire que le « eux », c’est
nous.
Je suis très touché par ton billet, j'y repensais en lisant ceci : http://psychoactif.blogspot.fr/2014/10/en-age-de-mourir.html
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