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lundi 22 août 2022

Zone arctique #3 : d'Abiskojaure à Alesjaure, le bout du monde est un lac.

Alesjaure

6h30 de marche
22 km
Elan : 0, crottes d'élan : 3 tas
Rennes  : 2
Bébé rennes : 1
Lemming : 0
Bête inconnue : 1
Ponts suspendus : 2
Villages Samis : 2
Sauna + lac. Lavage de cheveu
Coup de soleil : probable.

Longue marche. Petit col de rien du tout, longs plateaux, lacs en enfilade.
Le bout du monde, tout au Nord, face à moi.
Le bout du monde est un lac qui s'étale gaiment à l'infini du paysage.
Des maisons rouges sur une rive à deux jours de marche de la civilisation (si on dit que la civilisation est l'eau courante et l'électricité). Que font-ils ici? De quoi vivent-ils?

Ce que j'aime dans la marche c'est certainement le moment où j'enlève les chaussures, où je prends un thé. puis le sauna évidemment , et le lac aussi. 
Après ce rituel, c'est comme si je n'avais pas marché. Du moins pour les muscles, pas pour le pieds.

Et j'aime avant aussi. La perspective de marcher, la perspective de la journée, l'anticipation du sauna et de quand ça va s'arrêter. 
La marche en elle-même, je ne sais pas. 
J'aime les endroits atteignables uniquement à pied, la vue qu'on a de là, le lent défilement du paysage, le balancement du pied puis l'autre. Le but qui se mérite. Ne rien pouvoir faire en même temps que marcher; Etre surprise par un renne qui apparait dans la paysage, par un lemming qui court devant mes pieds. Pensées qui viennent et vont et s'oublient. Se dire une chose et puis une autre, et tout oublier à l'arrivée. 
J'aime ces fjällstajon en semi liberté, qui fournissent un lit et une cuisine (et le bastu évidemment). Pas de bar, pas de restau, rien de superflu. Chacun son repos, son repas, son heure, son menu. 

fjällstuga d'Alesjaure
Et l'esprit collectif et contributif à tout cela. On va chercher l'eau chacun son tour, pour la cuisine, on va au slask quand le seau est plein, on coupe le bois pour le sauna (feel free to help est la devise). Mes iAdos se jettent sur la hache et la scie après les 20 km qui ne les épuisent pas. Ils passent une heure à couper du bois, là où moi je bois un thé.

Au bastu, on remonte l'eau fraiche dans les seaux quand on va se tremper dans le lac, on ajoute du bois dans le poêle quand les flammes se calment. 
Chacun fait ce qui lui semble être sa part.
Dans la cuisine, tout est toujours propre, et les ustensiles rangés.
Seule la cabane du gardien a un peu d'electicté (les panneaux solaires) et il y a au frigo deux boissons fraiches : du Coca et de la bière Carlsberg. Je n'aime ni l'un ni l'autre, ça ôte toute tentation d'apéro.

Beaucoup de marcheurs solitaires, des femmes, des hommes. Ils papotent dans la cuisine, au bastu.
Jamais fais ça. Ça me semble possible, mais dans la réalité? Quand tu fatigues et que tu fois encore marcher une heure ou plus, est-ce que le moral ne se met pas en berne?

lundi 11 mai 2015

Week-end de mai, faisons ce qu'il nous plait


La Baie de Somme entre deux nuages
La baie de Somme, personne n'en a rêvé, nous y sommes allés.
Trop au Nord, trop gris, trop de pauvres, trop triste, trop Ch'ti.
Et bien c'est encore un coin sans parisien, sans hypster même dans une version Ch'nord, sans femme à serre-tête, sans famille à 5 têtes blondes impeccablement bleu marine, sans mari avec un pull sur les épaules et chevalière à l'auriculaire.
C'est encore un endroit où la splendeur est au passé, où la frite est au présent et la bien-séance au futur. J'aime cette conjugaison, elle invite à la spontanéité, à un retour aux choses simples, à la vraie vie. Moules ou crevettes ce soir? Blanc de Loire ou blanc de Mayenne? 
C'est aussi un endroit où on peut s'y prendre 4 jours à l'avance pour réserver. L"hébergement et les promenades. Tout n'est pas booké 6 mois à l'avance par le must-to-be there et le  must-to-be-seen.  
Et où il y a un poissonnier par habitant.

Nous étions logé chez Violette.
La maison au fond du jardin
Violette a 87 ans. Sa grande maison est sur la place principale, face à la Baie. Violette est retraitée, elle a été prof au siècle dernier. Et elle gère seule ses chambres d'hôtes, et la maison au fond de son  jardin. 
Elle s'occupe des réservations au téléphone, elle n'a pas de mail mais juste une page Web.
Elle s'occupe du linge de ses chambres
Elle fait elle même les croissants pour ses hôtes en se levant à 6 heures pour qu'ils soient frais.
Elle monte plusieurs fois par jour les 2 étages que compte sa maison.
Sa maison est propre, figée dans le temps. sa télé est cathodique, la pendule indique la même heure depuis longtemps et le calendrier s'est arrêté il y a plus de 10 ans.
Mais Violette a encore toute sa tête et recevoir des gens chez elle est une activité qui la tient en forme et en éveil.
Figée, dans les années 70
Violette ne m'a pas demandé mon nom quand j'ai appelé pour réserver, ni mon numéro de téléphone, ni d'envoyer un chèque d'arrhes. Elle m'a demandé de rappeler dans deux jours, car elle voulait réfléchir à un arrangement. Nous arrivions avec 4 enfants (les nôtres plus une nièce) et nous installer dans 2 chambres séparées ne lui convenait pas.
Elle nous a loué la maison au fond du jardin, mais était embêtée car on n'avait plus la vue sur la Baie "ben vous irez vous promener après tout".
La maison n'avait pas bougé depuis les années 70. Elle me rappelait mon enfance, et les meubles ont beaucoup plû aux enfants, comme quoi les modes sont vraiment cycliques (et donc affaire de mode).
Au bout de quelques minutes Violette m'appelait "mon p'tiot" et nous avait raconté une partie de sa vie tout en nous posant plein de questions sur nos enfants "oh ben, une famille avec 4 gosses, c'est pas courant". Puis elle m'a tutoyée, et le lendemain m'a fait la bise en partant.

Nous nous sommes coulés dans une ambiance Ch'nord. 
Pizza dégueu sur la plage, moules et crevettes le soir, moules frites le lendemain, et bière à toutes les étapes (Triple Sec des Moines en autres).
Nous avons marché des heures dans le parc de Marquenterre pour observer des oiseaux. 
Vous avez bien lu : observer des oiseaux. 
Avec des jumelles. Pendant plus de 2 heures de balade. J'avoue, j'ai fait semblant, presque tout le long. Pas de marcher, mais de m'intéresser aux oiseaux. Rien de ressemble plus à un oiseau qu'un autre oiseau :  le bec varie, plus ou moins long, les pattes aussi, et les couleurs. Mais il me semble que ce sont à peu près les mêmes qu'au parc Montsouris non? (ah, je fais ma parisienne!).
Les noms sont chouettes : avocette élégante, chevalier gambette, chevalier guignette, échasse blanche, aigrette gazette, ... Tous dignes d'être des personnages héroïques des histoires de "J'aime lire".
Et le lendemain, traversée de la Baie à pied. Avec un guide, utile pour cause de marée et de passage à trouver entre les marigots et les bras de mers. Qui dit guide, dit groupe. Mmmmh, joie du collectif. Avec toujours, celui qui sait tout, celui qui pose des questions très agressives, celui qui ne sait pas marcher dans la gadoue,...
Et les jeux de mots du guide - très sympa par ailleurs -, seuls les lecteurs assidus de "J'aime lire" les comprennent du premier coup et s'en délectent. Il me faut plus de 10 mn par jeu de mots pour en comprendre le sens, ce qui me fait perdre le fil de la suite et en louper autant... J'ai rapidement cessé d'écouter les explications. Trop de CPU demandée alors que j'étais en week-end. Et je n'avais pas acheté Elle Magazine (trop de poissonniers pas assez de maison de la presse).
Comprendre "l'éponge à bulots", se marrer sur "la nature est bien faite car on dit nu comm un ver et le vert à poils", ... c'est trop pour moi. 

Le retour sur l'autre rive se fait en train en vapeur. Les locomotives et les wagons viennent des 4 coins de monde. Dans notre wagon, nous avions le synoptique d'un itinéraire en Autriche avec des sommets qui culminent à plus de 4000m, pour un trajet au niveau de la mer c'est dépaysant. 
Les cheminots sont des vrais, et pas forcement des vieux : des jeunes en bleu de travail, noir de charbon jusque dans les plis sous les yeux, et qui prennent leur temps avec leur loco comme j'en ai connu avec leur mobylette quand j'avais quatorze ans (mais eux ont passé l'âge).

Nous sommes rentrés fatigués de nos marches successives, rouges de plein air, de vent et de soleil, enrichis de vocabulaire :  "un ch'tio" cacahouette avec la bière, un p'tiot de soleil entre les nuages, et tout un tas de mots techniques sur la mer et les marais (pas les oiseaux), plein de frites et de moules.

La baie de Somme donc un bon endroit où ne pas aller, pour le préserver.
Je crois que j'y retournerai un ch'tio.

Chercher les oiseaux
Avant de traversée
Là où on va
Là où on est
Là où on arrive
Retourner à son point de départ












jeudi 20 août 2020

Il était une rando -J#2


Au petit matin


Seul notre réveil sonne à 6h dans l'annexe. Dans le 3ème dortoir, un groupe avec deux papas et 4 enfants sont arrivés à 19h passés, aussi trempés et frigorifiés que nos autres voisins (ceux qui nous ont déclenché le chauffage).
Comme dirait mon iMari "ils n'ont pas retenu la leçon de partir tôt".

Quand on arrive dans la salle à manger pour le petit déjeuner, nous ne sommes pas les premiers, et nous sommes même nombreux à la fraiche,  pas très réveillés, avec nos bols de café, thé et chocolat chaud servis dans des breaux de cantine. Le petit déjeuner du randonneur vaut le dîner : protéines qui tient au corps. 



Nous sommes partis un peu après 7h, avec nos sacs à dos, nos outres pleines d'eau, nos chaussettes qui puent, nos chapeaux et nos lunettes à l'annonce d'une belle journée. La première demi -heure est le temps qu'il nous faut pour se réchauffer, se remettre en route, oublier les tendons qui tirent, les muscles raides et la perspective de la longue journée. Se remettre dans le rythme : marcher, respirer, boire, et manger plus tard. 2 cols à passer aujourd'hui, 8h  de marche prévues au topo guide. On sait qu'on est plus rapide que la référence, mais on sait aussi que c'est une longue étape.









La pluie de la veille a gonflé le torrent, le pont de bois est recouvert de pierres emportées par l'eau dans la pente, l'herbe est spongieuse, les chemins ravinés.  Le raidillon avant le col a perdu son chemin, le tracé s'est effacé sous l'orage, on marche en hésitant entre la ravine du ruissellement, les drailles façonnées par les vaches et  les symboles rouge et blanc qui restent du tracé du GR. 

Je marche à l'ancienne, penchée sur mon sac à dos, sans cannes. Je suis une minorité résistant à l'appel technologique de la marche. Je me fais doubler par de jeunes gens sautillant entre leurs bâtons de marche.

J'ai déja du faire allégeance au progrès en changeant de sac à dos. Mon fidèle Millet  - rose et bleu - était à la pointe de ce qu'on faisant en matière de sac à dos en ... 1987. Je l'avais acheté pour partir en Israël, il n'avait aucune poche, c'était juste un tube, solide, grand, réglable et confortable. Il m'avait suivi dans tous mes voyages, jusqu'à ce que j'achète ma première valise en 2006 quand nous avions eu notre 2ème enfant, et que nous avions un bébé dans le porte-bébé, un autre enfant à la main, un sac de voyage avec les passeports et les couches, et que pour voyager deux mois en Australie, il nous fallait une valise pour quatre personnes, à roulette.


Mon vieux Millet est troué, l'armature plastique s'est déformée, il n'y a rien pour y accrocher une outre à eau... C'est ce dernier argument qui a eu raison de ma résistance à le garder pour cette nouvelle randonnée.  J'ai aussi du acheter des nouvelles chaussures de randonnée (merci le Vieux Campeur) et des lunettes de soleil pratiques et solides, adieu le  look de parisienne glamour à la montagne. Comme dit mon iAdo : "quand on est vieux on doit tout remettre à neuf".  J'espère juste qu'il ne parle que de l'équipement...

On croise des vaches en alpage avec leurs jeunes veaux, des fleurs de couleurs, des montages en dentelles, des ruisseaux qui débordent, des oiseaux qui sautillent, des marmottes qui sifflent à notre vue. 

Je souffle, je sue et pour la première fois je me dis que des cannes de marche seraient peut-être utiles.

Col de Péas à 2629m. Un col large, entouré d'alpage des deux côtés, toujours du vent. Les randonneurs s'y arrêtent, cassent la croute, échangent quelques mots, nous racontent leur problème de genou ...

Longue descente jusqu'à village de Souliers. A la pause de midi, en auscultant la carte, on y découvre un contournement. Au lieu de remonter le Col du Tronchet à 2347m (nouveau dénivelé positif de 500 m), il y a une route forestière plus le GR5 à flan de montagne qui contourne.  Tentation ...?

C'est le dernier iAdo avec une courbature sous le pied, qui se met à pleurer au bout d'une demi -heure de reprise de marche, qui sonne pour moi le glas du 2ème col. On trempe le pied douloureux dans la fontaine d'eau  froide, on fait un massage à l'arnica, et on fait demi tour vers le village de Souliers pour prendre la voie alternative. Mon iMari poursuit avec les deux grands vers le col tandis que je rebrousse chemin pour une trajectoire supposément plus facile avec le blessé. 

Le chemin de contournement sera long, avec ce demi tour nous avons pris une heure de marche de plus, il fait chaud, il est fatigué, il n'a plus le moral :  "j'ai perdu le plaisir de marcher là maintenant" me précise t -il à un moment. Comme si j'avais des doutes!


On fait des pauses : pipi, boire, massage au pied, banc pour la vue... le village n'en fini pas d'arriver. L'autre team arrive avant nous au gite d'étape, je suis rétamée, lui aussi. Mais il y a des oreillers sur les lits, des vrais draps sur les matelas, la maison est magnifique avec le lierre sur sa rambarde en bois, le ruisseau au fond du jardin...

La maison grince, ses vieux planchers sont patinés, ça sent le bois et le temps suspendu. le tenancier est agréable, drôle et direct. Pas de vin ce soir, ca nous évitera la piquette queyrassine, fromages du coin et iles flottantes en dessert - je n'en avais pas mangé depuis celles de mon grand père (c'était tout de même plus récent que mon sac à dos).

On impose le bain de pieds dans le ruisseau comme un cure pour les courbatures, le goûter comme un remontant et les pâtes au repas du soir sont abordées comme un bon présage. Pas d'orage ce soir, j'achète des cannes de marche au magasin de sport du village, mon iMari une housse de protection de pluie pour son sac à dos antédiluvien (mais pas étanche). 

Le moral des troupes remonte en se couchant, l'étape du 3ème jour est la plus courte (5h au Topo Guide).


mercredi 8 février 2017

Aujourd'hui, le 6 juin, j'ai filmé mon premier loup


Evidemment, ce n'est pas moi.
C'est Jean-Michel Bertrand, dans "la vallée aux loups".
Un genre de capitaine Achab, version Champsaur et passionné. Pas la version chasseur revanchard.
C'est l'histoire d'une quête, celle d'un homme, qui arpente une vallée un peu écartée du Champsaur, persuadé qu'il y a des loups. Sa quête dure trois ans, le film retrace son récit.
On le voit marcher, trouver des indices, désespérer, croiser des loups de nuit sur ses cameras automatiques, on le voit manager, dormir, pisser, passer l'hiver dans son bivouac, manger des morilles, péter un câble (je me casse), poursuivre...
et finalement "aujourd'hui, le 6 juin, j'ai filmé mon premier loup"
Emu.
On l'est avec lui quand le regard du loup croise le nôtre au travers de la caméra.

Le gars est de la vallée, de Saint Bonnet en Champsaur (là où j'ai un caviste hautement recommandable à qui je laisse des fortunes), c'est le fils de l'assureur de mon père. L'assureur est mort, mon père a changé d'assurance, mais le fils continue de filmer les animaux de nos montagnes. Il parle avec l'accent d'ici, il mange du fromage d'ici, et passe à France Culture pour son film.
Véritable plaidoirie pour le loup, avec son film il se met tous les éleveurs de moutons du coin à dos.

Considérant que la première année il a filmé un meute de 6 loups et un couple avec 2 jeunes louveteaux, que l'année d'après il en a filmé 6 nouveaux louveteaux et que le loup peut parcourir 150 km par jour, quelles sont les chances qu'on a d'en rencontrer quand on balade au dessus  de chez mon père? 

Sachant qu'on n'est plus assuré par le père du réalisateur du film, a-ton encore envie de bivouaquer dans les montagnes autour comme je le faisais quand j'étais jeune?

Allez le voir. Vous ne verres plus le loup comme avant, ni la montage d'ailleurs.

Le podcaste de France Cul https://www.franceculture.fr/emissions/paso-doble-le-grand-entretien-de-lactualite-culturelle/jean-michel-bertrand-jai-quitte


mardi 18 août 2020

ll était une rando - J#1

Sur le GR58 - tour du Queyras

Qu'est ce qui nous a pris?
On peut se raconter plein de choses : on en faisait beaucoup quand on était jeunes (mais on ne l'est plus!), on aime ça (vraiment?), on a été poussés par nos enfants (si! si!), pour le fun? la gloire (laquelle?), pour l'ambiance (après le camping je crains que le refuge ne soit le truc le plus ... hors norme)... bref tout un tas de (plus ou moins) bonnes raisons. 
Le fond de l'histoire est certainement plus à chercher dans notre besoin de bouger, d'espace, d'air, de points de vue, de hauteur et de détachement. 

Marcher sur plusieurs jours réduit les contingences : respirer, manger et dormir.
Simplification à l'extrême du rythme de vie.

Montée au Col de Malrif
L'arrivée à Aiguilles, point de départ, se fait sous la pluie, en début d'après midi. Un savant mélange de trajets en voiture, bus et navette nous permet de laisser notre voiture au village d'arrivée, situé suffisamment proche à vol d'oiseau, mais toute de même à 4 jours de marche par le GR58, et plus de 30 km par la route en remontant des vallées plus étroites les unes que les autres.

L'auberge est pleine de randonneurs, le repas est copieux pour ceux-là, que nous ne serons que le lendemain. Cela ne nous empêche pas de faire honneur au diner.
Lever 6h pour un petit déjeuner "en autonomie", ca veut dire que l'aubergiste n'est pas levée, on se débrouille pour trouver le thé, les yaourts, le pain et la confiture. Nous sommes quelques matinaux à nous déplacer en silence dans la nuit avec nos masques dans la cuisine encombrée.

A 7h, on marche. Bon pied, bon rythme, excités par l'aventure devant nous.
Lacs Malrif - le lac du Grand Laus 
Ca grimpe sec jusqu'aux lacs du Malrif, et ce n'est rien comparé au passage du col du même nom, à 2900 m nous dit le cairn en plein vent.


Montée rude, le chemin est flou entre rochers, ardoises émiettées et touffes d'herbe hésitante. Je me fais doubler par un homme-taureau sautillant criant à qui veut l'entendre qu'il est arrivé là en 2h45 (moi ca fait plus de 3h que je marche ...). 

A quelques mètres du col, je me retourne pour admirer une demoiselle-papillon avec des longues jambes, tout en légèreté dans la montée, le mouvement de ses bras pour se servir de ses bâtons de marche ressemble à un battement d'ailes, blanches dans le bleu du ciel. 
C'est d'une grâce inouïe pour moi qui suis au bout de ma vie, au bout de mon souffle, rouge, suante et probablement odorante.




Vallée de Cervières

Comme tous les cols, celui ci est étroit, venteux, froid et encombré. La demoiselle-papillon qui n'est pas si jeune vue de près, mais fraiche  - je le confirme - fait selfie sur selfie, comme beaucoup d'autres ici. 
Nous admirons la vue, grelottant dans nos vestes, cherchons le soleil, la faim au ventre qui gronde. 

Fonts de Cervières

La vallée de Cervières s'étale devant nous, nous descendons vers les fonts de Cervières (je confirme que ça s'écrit avec un "t"). Vieux village, une ferme en activité (du moins l'été) avec un troupeau de moutons et son patou, quelques maisons gentiment retapées (probablement en location), et l'auberge-refuge.













Pressés pas la météo, nous arrivons vers 13h, en plein rush du déjeuner de midi, où des gens arrivant par de l'autre bout de la vallée (le bout où il y a une  route forestière) pour un déjeuner en famille sur trois ou quatre générations.

Nous sommes installés dans une annexe, une maison indépendante dans la village. Un rez de chaussée, 2 douches et 2 toilettes communs, un cuisine commune et une grande salle avec un poêle. A l'étage 4 dortoirs, un balcon.

Grâce au Covid, pas de mélange dans les dortoirs: un seul groupe par dortoir, nous occupons à nous 5, un espace pour 7 personnes.

Grâce au Covid aussi, les matelas sont recouverts d'un épais plastique bleu, facile à désinfecter, désagréable au contact, bruyants à tout mouvement. 
Confort dortoirs en covid, le rêve absolu.

Notre chambrée sent rapidement les chaussettes "utilisées", avec nos 5 paires de chaussures de montagne et de chaussettes de 6h (de marinade).
Notre balcon d'où admirer l'orage
Pas encore retapées







Un des avantages de la randonnée est que tu disposes de ton après-midi, si tu t'es bien débrouillée dans ton étape : partir tôt, ne pas faire des pauses trop souvent, arriver avant l'orage.

Fonts de Cervières, avant l'orage
L'après-midi est consacrée à ne rien faire, 
au pire : lire, 
au mieux :  profiter du mauvais temps en étant à l'abri, 
entre les deux : dormir, ou encore manger un tarte à la framboise en visant le moment où les grandes tablées se sont vidées et l'abondante pluie.










Et du balcon, tu profites de l'orage : les éclairs qui cisaillent la montagne, le tonnerre qui fait trembler le plancher, le déluge qui chantonne aux oreilles, et les frissons que tu te fais en pensant que tu pourrais être dans la descente du col, au pied des éboulis, dans un torrent de boue, trempé et  frigorifié...

Il s'agit aussi de compatir quand tes voisins de dortoir arrivent trempés. Eux ne sont pas partis tôt, ou ont trainés en route, ou n'ont pas consulté la météo.
 Comme il y a un bon côté à tout, les voisins qui arrivent sous l'orage font que le tenancier allume le chauffage.







Et là c'est Byzance, dans l'odeur des chaussettes, sur le matelas en plastique, je jouis de l'orage à mon balcon, enveloppée d'une douce chaleur. Un après-midi de rêve, un après-midi de rando!
Toits d'ancelles


















Repas de refuge repas de randonneurs. 

Là aussi, Covid oblige, les tables sont organisées par groupe. Nous avons notre table de 5, là où, quand on était jeunes (et quand on décidait de mettre de l'argent dans le repas du soir),  nous formions de grandes tablées, assis à côté d'inconnus comme toi marcheurs, mais pas comme toi : grand marcheur, c'est à dire avec un pedigree de sommets ou de GR à leur actif qui te faisait systématiquement passée pour une novice.

Pas de risque avec le Covid, chacun sa table, chacun son plat, on ne dispute plus le rab' de soupe. 

Le riz est "de cantine" d'après nos iAdos, totalement  déconnectés, pas un brin de réseau dans ce fond (t) de vallée, ni la moindre trace de Wifi. 

Le vin est en pichet, tiré d'un cubi, entre piquette haute-alpine ou vinaigre italien comme nous sommes à la frontière, je ne sais trop. Nous avons faim, nous mangeons tout, en trouvant tout ceci quasiment bon.

La distanciation sociale s'arrête à la salle à manger, on se fait alpaguer à la sortie par nos voisins de dortoirs, ceux qui sont arrivés à 17h sous l'orage, et grâce à qui nous avons le chauffage. 

Comme je suis quelqu'un de poli (parfois) je remercie pour le chauffage (avec un minimum de compassion pour leur état trempé-frigorifié), s'ensuit une conversation très parisienne (ils sont versaillais) sur quelles étapes, quels horaires, quels autres GR, quelles autres randonnées et croyant trouver un échappatoire en évoquant le Canada, je me retrouve embarquée dans une conversation sur l'histoire de Banff et la rentabilisation de la ligne de chemin de fer au détriment des indigènes...  Mon iMari s'enfuit. 
Bonheur du refugeje fais la conversation avec des parfaits inconnus en tatannes-chaussettes (comme moi) avant d'aller au lit à 21h.

Nuit agitée de nos retournements sur plastique bleu, chaleur odorante du radiateur, bruit de la pluie sur le toit en ancelle, vomi du dernier pendant son sommeil, nuque endolorie par nos oreillers de pulls pliés et serviettes de toilette... jusqu'au réveil à 6h.



dimanche 3 novembre 2019

Un come back (dans ma vie)



Si on peut vivre comme Agnès
Se parler à deux dans la pièce
Et ressentir une émotion
Si on peut vivre une vie Varda
Marcher sur le sable comme ça
Faire une vie hors compétition

Vie Varda - Vincent Delerm (album Panorama)

J'ai du m'arrêter à Kensington Square en 2004, avec une exception pour le poulet du dimanche de Léonard (celui qui a une sensibilité de gauche).
15 ans après, le revoilà, dans ma vie Spotify avec ce nouvel album, que j'écoute en boucle comme autrefois.
Il a vieilli avec nous, en mieux peut-être avec sa barbe grise, à chanter ses enfants, ses envies, ses aspirations, ses constats... 
Un peu les nôtres, en plus poétiques sûrement, mieux mis en notes et en scène c'est certain.
Un bonheur pour mes oreilles. Ce n'est pas comme écouter un vieux truc qui me ramène en arrière, c'est écouter ce vieux truc qui a vieilli avec moi, comme moi et qui parle de moi aujourd'hui, en étant fidèle à ce que j'étais hier.
Mes iFils n'aiment pas, en revenant de la piscine dans la voiture ils m'ont demandé "un truc qui bouge, quoi!".  



samedi 27 juin 2015

Vagabondage

The Weather Man - Evgenia Aerbugevia

"Les vagabonds romantiques allemands cultivaient à la fin du XIXème siècle une certaine manière de voyager. Ils traversaient l'Europe à pied avec l'insouciance de ceux qui ne savent pas le matin dans quelle grange ils dormiront le soir, mais s'en contrefoutent. Il leur suffisait de se sentir ne mouvement, environnés de la beauté des campagnes, avec l'âme ouverte à tous les vents. J'aimerai réhabiliter cette façon de traverser l'existence, en liberté, avec une plume au chapeau, un brin d'herbe entre les dents et des poèmes aux lèvres."
Petit traité sur l'immensité du monde - Sylvain Tesson

Je suis née trop tard. Presque un siècle trop tard. Quoi que à cette époque là, les femmes n'avaient pas cette liberté et quand elles la prenaient, peu d'entre elles avaient la chance d'avoir des maris compréhensifs comme Alexandra David Neel ou Anita Conti. La plupart d'entre elles finissaient dans un asile comme Adèle Hugo ou Camille Claudel. Trop de liberté nuisait à la leur. Il n'est pas bon d'être trop en avance sur son temps. Surtout pour une femme.
Alors? 
Alors que n'ai je pris mon courage à deux mains, à deux pieds pour être exacte et parcouru le monde à ma façon.
Faute de courage. Manque de sécurité. Défaut de foi. Défaut de jeunesse.
Le besoin d'être autonome rapidement. J'avais peur de tout, y compris de moi, de ce dont j'étais capable, ou pas. Je doutais de ma capacité à me prendre en charge, je ne pensais pas me débrouiller seule dans le vaste monde. La crainte de disparaitre au détour d'un chemin et que personne ne s'en aperçoive.
Que serais je devenue si j'avais rencontré un gars comme lui à 20 ans? L'aurais je suivi? L'aurais je intéressé? M'aurait-il toléré à ces côtés? Aurais je envie de partir marcher avec lui? Etions-nous capable de voyager ensemble ?
Juxtaposer deux solitudes ne fait pas une communauté, même petite.

J'en ai rencontré des gars avec des envies, des désirs et mêmes des certitudes. Peu d'entre eux ont bougé. Ils habitent toujours dans la même ville à quelques pas de leur ancien lycée, tout près de ses marches où ils s'asseyaient pour rêver. Je les remercie d'avoir partager avec moi leurs rêves d'ailleurs. Ils m'ont permis de croire en un possible ailleurs, que le monde ne s'arrêtait pas là.
Finalement, je suis partie loin, revenue, repartie pour m'éloigner encore.
Et quelqu'un m'a dit que "mon regard sur le monde" est une manière de voyager.

dimanche 20 novembre 2016

L'empathie vient en lisant


" la fiction est une simulation de la sphère sociale. de la même manière que certains améliorent leur capacité de pilotage via un simulateur de vol, ceux qui lisent des romans peuvent faire progresser leurs compétences sociales" ainsi explique un très sérieux chercheur dans le magazine Sciences Humaines. (Keith Oaltey, qui a mené une étude digne de ce nom).

Heureusement que j'ai beaucoup lu, que je lis encore énormément, sinon je pense que je serai sociopathe!
Il faut dire que je partais de loin.

Ou alors, c'est l'excès inverse : je lis tellement que je "dépense" toutes mes capacités relationnelles dans l'imaginaire que je mobilise pour ces romans et qu'ensuite je me trouve fort dépourvue au moment venu?

Dois-je reconsidérer mes lectures et abandonner Sylvian Tesson? Ses romans sont un peu limite regard au développement relationnel : entre 6 mois en solo dans une cabane en Sibérie, la retraite de Russie ou marcher seul en France, la probabilité des rencontres est faible, et celle de "faire société" l'est encore plus.
Que faut-il donc que je lise?



samedi 19 septembre 2015

Fin d'été en France #5 : une pluie d'expo

pour se protéger?
Des années que j'en parle, des années que j'en rêve, des années que je n'y arrive pas.
Et cet été, les intempéries nous ont chassé de Suisse et nous ont laissé glisser en Arles, par pour les Alyscamps, ni pour la Féria, ni pour la Provence.
Pour les Rencontres Photographiques d'Arles.
Le principe est simple, un pass, des églises, des couvents, des salles municipales ou dans l'annexe des très (re)connues Editions Acte Sud dans toutes la ville, toutes sortes d'expo, que des photos.
Et nous, sans enfants, une chambre d'hôtes hautement recommandable dont le principe est "comme chez vous, allez, venez, servez vous".

Quelques instantanés de ces expo. Se régaler, picorer, flaner, s'extasier et marcher...

Martin Parr, dans un couvent desaffecté
Martin Parr, sur le mur, à voir depuis des chaises longues aux photos de... Parr

Fabuleuse expo sur les Paradis Fiscaux de Woods et Galimberti
A aller voir ici https://www.rencontres-arles.com
ou là http://www.gabrielegalimberti.com
Les classiques : Helmut Newton.
Entouré de femmes nues : le début du Bonheur?
Classique aussi, mais moins agréable
Les nouveaux espaces destinés aux Rencontres
Les ateliers : c'est leur version  définitive
En attendant le bâtiment conçu par Franck Gerry
Miles hands and red seats
L'Amérique par ses enseignes, night and day

Spéciale dédicace pour ma soeur : mais enfin que fout-il?

On ferme les yeux et on s'y croit. Vraiment?


Graffiti séculaire et enseigne lumineuse


Ghost in the dark


l'Amérique anthropométrique : vue d'en haut

Non ce n'est pas Helmut Newton.

Silhouette dans la fin de journée, au Paradis

A trop voir d'expo, on a des hallus, de canard géant

Arles, c'est aussi le Rhône
Sa prison? Non, sa gare