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lundi 17 octobre 2022

Lettre à une amie qui a eu 50 ans cette été

Notre vallée

Cet été, une de mes amies d'enfance a eu 50 ans. Je n'ai pas pu aller à sa fête, on m'a demandé de lui écrire un texte qui serait inclus dans un livre "de sa vie". 

Je le partage ici, par ce qu'il parle de jeunesse, nous avons tous eu la nôtre et il y a quelque chose d'universel dans la façon dont on se la raconte, dès lors qu'on a passé 50 ans.

Impressionnisme d’une jeunesse

Plus que des moments précis, des instants éclairs ou des anecdotes c’est d’abord le souvenir de ma jeunesse. Il n’est pas possible d’évoquer ces vingt premières années de vie sans parler de toi, sans parler de nos étés surtout.

Il y a des photos de nous petites, qui ne remontent pas dans ma mémoire, mais qui attestent, année après année, les rencontres, les jeux, les moments passés ensemble. 

Nos mères étaient amies d’enfance, elles avaient la Provence en commun dans leur enfance et leur jeunesse, elles ont imprimé chez nous, une habitude d’enfance et une amitié de jeunesse. Non plus en Provence, cette fois mais là où se déroulaient leur vie d’adultes d’alors, dans le Champsaur.

Puis il y a eu les années « Auberge ». Là encore, plus que des souvenirs à raconter au coin du feu ou des anecdotes à rabâcher, une impression de jeunesse, une impression où tout était possible, où en bande on était les Rois du Monde.

On a été d’abord nous-mêmes en vacances là-bas avec d’autres, certains resterons dans nos vies longtemps, d’autres ne feront que passer. Les repas de fête avaient tous un gâteau au yaourt en dessert, les soirées réussies des chants à la guitare autour d’un feu, les jeux olympiques occupaient des journées entières, et la gamelle était le jeu moderne par excellence.

C’était une époque où on s’arrêtait pour goûter, ou certains mangeaient le pain avant le chocolat, d’autre le chocolat et pas du tout le pain. Je ne sais plus comment toi tu faisais, mais tu étais du genre à laisser le pain. 

C’était une époque où aller dormir à la cabane des Tourengs était l’aventure absolue, où camper à la Coche était l’expédition, marcher de nuit super excitant, se parler tard dans le noir extrêmement transgressif, et dormir dans les bat-flanc un luxe extraordinaire (surtout après le camping sauvage).

C’était une époque où la douche l‘était l’exception et pas la règle, même après les ateliers poterie, ou peinture.

C’était une époque où les photos se développaient encore dans le noir, et apparaissaient progressivement, et parfois elles étaient ratées, et ça nous attristaient. Tout était à refaire. Mais quand dans le labo, apparaissait nos bobines, c’était la fête. Chaque photo était un trésor.

C’était une époque où on adorait les « temps libres » pour aller se vautrer dans la bibliothèque, où celui qui avait le tome 1 de « à la recherche de Peter Pan » était le plus veinard de la bande, et où on cherchait les autres Jonathan parmi le bazar qui régnait là dans les bandes dessinées.

On pleurait à la fin du séjour, on écrivait des mots ou des pages dans « le livre d’or », on jurait de se revoir l’année prochaine. Nous on se revoyait toujours, un peu dans l’année, surement l’été d’après et parfois même l’hiver.

Un été, on a changé de côté, on a été celles qui faisaient les programmes de la journée, qui grattaient la guitare le soir autour du feu et qui chantaient avec les plus jeunes. On a été celles qui « encadraient » les plus petits. On avait le droit de boire une bière le soir, ou des Irish Coffee l’hiver, on se couchait encore plus tard, après avoir discuté pendant des heures, sur des sujets que j’ai oubliés aujourd’hui mais qui nous semblaient de primordiale importance parce que le monde était à nous, la vie était toute entière devant nous.

Un jour, on a été les grands, en autonomie, qui accompagnaient les plus petits. 

On a été celles qui rassemblent les petits dans une bergerie au fond de Prapic sous un orage de montagne, celles qui chantent à tue-tête pour qu’ils n’entendent pas le tonnerre gronder autour, et qui se marrent d’être trempées pour oublier d’avoir froid.

On a été celles qui organisent les équipes cuisine, vaisselle et soirée, qui se battent mollement pour qu’ils se lavent les dents, et prennent une douche, qu’ils mangent leur pain avec le chocolat au gouter, et qui savaient faire le gâteau au yaourt sans la recette sous les yeux.

C’est ça notre jeunesse.

C’est une fin de camp où le salaire est un billet de concert de Pink Floyd à Grenoble. Nous n’avions jamais eu meilleur salaire, pour un job qui ressemblait à des vacances. On a commencé la soirée par une corvée d’épluchure de patate chez la mère d’un d’entre nous.

Elle nous accueillait et nous nourrissait : à nous de faire le repas. Fou rire généralisé, là où on pensait enfin avoir fini des corvées, ça nous reprenait en traitre ! Peu importe les patates, on avait Pink Floyd en ligne de mire.

Dans la série jeunesse, il y a eu les cours de guitare, à la salle des mille-club de Pont du Fossé. Le pauvre gars s’est récupéré des ados, qui ne voulaient pas apprendre à jouer, mais juste les quelques accords pour chanter JJ Goldman et « venez à moi les Paumés ». On ne pratiquait jamais entre les cours, on n’était ni très douées ni assidues. Je ne suis jamais arrivée à jouer Goldman, et ce n’est pas très grave, j’ai continué à chanter faux autour des feux de camp aux veillées.

Il y a eu le voyage en Israël, une idée conjointe de nos mères. La préparation du sac de voyage, l’achat des pinces à linges en bois qui nous a été reprochée chacune par sa mère - à croire qu’elles s’étaient donné le mot -  « les pinces en bois tachent le linge… » Dit on toujours ça aujourd’hui ?

Il y a eu les années « cahier ». Je suis partie de la vallée, je suis allée faire mes études et j’ai écrit dans un cahier pour toi des pensées profondes sur le mariage, les copains, les responsabilités, la littérature, et plein d’autres sujets tout aussi spirituels. C’est confondant de naïveté, celle qu’on a quand on a 18 ans et qu’on cherche des réponses aussi dans les livres. Avec le recul, le cahier était un mode d’emploi de la vie qu’on s’est écrit à deux, moi surtout il me semble.

Il y a eu la fête de nos 20 ans. C’était l’année des miens, pas les tiens. Comme cette année c’est tes 50 ans, pas les miens. J’ai franchi ça l’année dernière, sans mode d’emploi. 

C’est probablement après que nos rencontres ne sont plus « notre jeunesse » mais notre vie d’adulte, de jeunes adultes, celles qu’on avait passées notre adolescence à imaginer.

Je ne serai pas là pour tes 50 ans, ce n’est pas grave, nous n’avons plus besoin de « mode d’emploi ». Je crois qu’en vieillissant j’ai appris une chose : c’est qu’avec le temps et l’expérience on arrive à vivre sans mode d’emploi !

Juste une lettre qui sera la trace de notre jeunesse.

 

lundi 22 août 2022

Zone arctique #3 : d'Abiskojaure à Alesjaure, le bout du monde est un lac.

Alesjaure

6h30 de marche
22 km
Elan : 0, crottes d'élan : 3 tas
Rennes  : 2
Bébé rennes : 1
Lemming : 0
Bête inconnue : 1
Ponts suspendus : 2
Villages Samis : 2
Sauna + lac. Lavage de cheveu
Coup de soleil : probable.

Longue marche. Petit col de rien du tout, longs plateaux, lacs en enfilade.
Le bout du monde, tout au Nord, face à moi.
Le bout du monde est un lac qui s'étale gaiment à l'infini du paysage.
Des maisons rouges sur une rive à deux jours de marche de la civilisation (si on dit que la civilisation est l'eau courante et l'électricité). Que font-ils ici? De quoi vivent-ils?

Ce que j'aime dans la marche c'est certainement le moment où j'enlève les chaussures, où je prends un thé. puis le sauna évidemment , et le lac aussi. 
Après ce rituel, c'est comme si je n'avais pas marché. Du moins pour les muscles, pas pour le pieds.

Et j'aime avant aussi. La perspective de marcher, la perspective de la journée, l'anticipation du sauna et de quand ça va s'arrêter. 
La marche en elle-même, je ne sais pas. 
J'aime les endroits atteignables uniquement à pied, la vue qu'on a de là, le lent défilement du paysage, le balancement du pied puis l'autre. Le but qui se mérite. Ne rien pouvoir faire en même temps que marcher; Etre surprise par un renne qui apparait dans la paysage, par un lemming qui court devant mes pieds. Pensées qui viennent et vont et s'oublient. Se dire une chose et puis une autre, et tout oublier à l'arrivée. 
J'aime ces fjällstajon en semi liberté, qui fournissent un lit et une cuisine (et le bastu évidemment). Pas de bar, pas de restau, rien de superflu. Chacun son repos, son repas, son heure, son menu. 

fjällstuga d'Alesjaure
Et l'esprit collectif et contributif à tout cela. On va chercher l'eau chacun son tour, pour la cuisine, on va au slask quand le seau est plein, on coupe le bois pour le sauna (feel free to help est la devise). Mes iAdos se jettent sur la hache et la scie après les 20 km qui ne les épuisent pas. Ils passent une heure à couper du bois, là où moi je bois un thé.

Au bastu, on remonte l'eau fraiche dans les seaux quand on va se tremper dans le lac, on ajoute du bois dans le poêle quand les flammes se calment. 
Chacun fait ce qui lui semble être sa part.
Dans la cuisine, tout est toujours propre, et les ustensiles rangés.
Seule la cabane du gardien a un peu d'electicté (les panneaux solaires) et il y a au frigo deux boissons fraiches : du Coca et de la bière Carlsberg. Je n'aime ni l'un ni l'autre, ça ôte toute tentation d'apéro.

Beaucoup de marcheurs solitaires, des femmes, des hommes. Ils papotent dans la cuisine, au bastu.
Jamais fais ça. Ça me semble possible, mais dans la réalité? Quand tu fatigues et que tu fois encore marcher une heure ou plus, est-ce que le moral ne se met pas en berne?

mercredi 18 novembre 2020

Vive au féminin : les choix ont un coût


 "Quand une femme doit trouver une nouvelle façon de vivre et s'émancipe du récit sociétal qui a effacé son nom, on s'attend à ce qu'elle se déteste par-dessus  tout, que la souffrance la rende folle, qu'elle pleure de remords. Ce sont les bijoux qui lui sont réservés sur la couronne du patriarcat, qui ne demande qu'à être portée. Cela provoque beaucoup de larmes, mais mieux vaut marcher dans 'l'obscurité noire et bleutée que choisir des bijoux de pacotille."

Le coût de la vie - Deborah Levy

C'est effectivement l'histoire d'une femme qui change de vie, une écrivaine qui quitte sa maison, son mari, garde ses deux filles (grandes) et qui le vit bien. On ne sait pas pourquoi elle part - peu importe d'ailleurs - elle se crée sa nouvelle façon de vivre, cherche un nouvel équilibre centré sur ce qu'elle veut/peut, qu'elle trouve (vite). Sa nouvelle vie - chaque jour nouvelle - est plus créatrice, moins routinière, plus libre au sens de moins d'obligations sociales ou d'attendus familiaux.

Simone de  Beauvoir le disait bien "pas de mari, pas d'enfants je n'ai pas le temps" sous-entendu pour réfléchir et écrire.

Les femmes mariées avec enfants le savent "un mari, des enfants, un boulot, je n'ai pas le temps" sous-étendu pour moi, pour réfléchir et pour écrire (ou peindre, ou lire, ou vivre ...) pour donner au Monde. Elles sont des "bêtes de somme" au service d'autres qu'elles mêmes.

Bête de somme (définition) : un animal domestique utilisé par l'homme comme animal de travail pour porter des charges.

Sous entendu charge mentale, sociale, affective, émotionnelle...

samedi 22 août 2020

Il était une rando - J#3

Furfande

Etape La Chalp (Arvieux) -  Refuge de Furfande

Le 3ème jour est peut-être le plus dur. Il n'a pas l'excitement du premier, ni la fierté du deuxième et ce n'est pas le dernier. Heureusement, pour nous c'est censé être l'étape la plus facile, surtout après une nuit avec un oreiller. 5 heures au top guide, mes iAdos s'inquiètent de ce qu'il vont faire de leur après midi, quand on va arriver vers 13h.

Les estimes de Furfande

On ne traine pas le matin, de la pluie est annoncée pour plus tard dans la journée. On enjambe le ruisseau derrière la maison, et un sentier nous permet de rejoindre le GR sans avoir à rebrousser chemin le long de la route. Notre gîte était légèrement hors GR. La nuit a  reposé le dernier, qui n'a plus mal nulle part, après une longue séance d'étirements hier soir, des bains et des massages aux pieds, de l'arnica en granules...

Avec mes cannes, je suis "un bolide" d'après mes iAdos qui estiment que je vais deux fois plus vite que sans, et se réjouissent de m'attendre moins longtemps quand ils s'arrêtent aux croisements. Je concède que c'est une aide, j'ai rejoins le camp - largement majoritaire - des randonneurs mécanisés.


Le balcon de Furfande
Dentelle

L'étape facile ne l'est pas, la difficulté n'est pas la durée mais la technicité. Le sentier est à flan de montagne, dans des pierriers, très vertigineux par endroits, avec du vide d'un côté, des virages dans des cailloux et le ravin en dessous. J'ai le vertige et ce long passage à côtoyer le vide m'achève plus sûrement que deux cols à la suite. J'ai les jambes qui tremblent, même longtemps après, je n'ai plus d'énergie et je dois me ressaisir pour retrouver mon rythme de marche. Je me félicite de l'achat des cannes de marche qui me permettent de franchir ces difficultés en gardant mon équilibre, avec 4 appuis au lieu de deux.





La pluie nous trouve en fin de matinée, d'abord goutte par goutte, puis de façon plus constante. On se couvre, nos sacs aussi, tout en se demandant si nos chapeaux australiens tiendront  le coup sous la pluie. Ils sont en feutre, plutôt conçus pour le soleil du désert, la chaleur rouge de l'outback, l'eau n'étant pas un élément familier. On s'abrite un moment dans une cabane dans la forêt, espérant laisser passer l'averse. On  se lasse d'attendre, on repart, c'est moins drôle de marcher sous l'eau et dans le brouillard. Le temps se calme juste avant le col, avec sa raide ascension habituelle, dans un paysage pelé. On y croise des vélos et des chevaux et beaucoup trop de monde à mon goût.




Furfande est un ancien lieu d'estive. Un vallon à 2500 mètres d'altitude, un balcon suspendu, entouré de dentelles de montagne. La combe ressemble à un cocon perché, si ce n'est le temps menaçant, je me verrais bien allongée dans l'herbe pour me perdre dans le ciel.

Les maisons d'estive sont en bon état, certaines mêmes récemment retapées, je ne sais pas à qui elles servent, l'accès est tout de même difficile, même si on peut y arriver de l'autre côté du col par une longue route forestière. On déjeune sur la terrasse de l'une d'elles, surplombant le refuge. On a enfilé nos anoraks, le vent qui souffle apporte un air froid, les nuages s'amoncellent. 







Le refuge sous la pluie
Le dessert à peine avalé, les premières gouttes arrivent. La descente se fait en courant, version "gazelle  fraîche" (que je ne suis pas, je fais juste semblant). Foule dans le refuge, entre ceux qui ne sont  venus que pour déjeuner, ceux qui comme nous arrivent avant la pluie, et les campeurs qui viennent se mettre à l"abri. 

Encore une fois, on a l'avantage d'être cinq et d'être dans le passage, nous sommes vite installés : un dortoir de cinq personnes, judicieusement pensé, tout  en longueur, des lits superposés suffisamment hauts pour laisser  beaucoup d'espace quand on est assis sur le lit du bas, le cinquième est perché au dessus de la porte prenant l'espace au dessus du couloir. Le refuge a été refait à neuf il y a quelques années, il est beau et fonctionnel. 

Fin d'après-midi, semblant d'accalmie
On profite  d'être les premiers pour prendre une douche bien chaude, lire (moi), dormir (iMari), jouer aux cartes (iAdos). Quand le coup de  feu  du  déjeuner est passé, on descend à la salle a manger prendre un thé, un  chocolat  chaud, il n'y a plus de tartes aux myrtilles, ni aux framboises, mais les mousses au chocolat sont  excellentes. 
Un orage plus violent que les autres ramènent tous les campeurs dans la petite salle à manger, finie la distanciation sociale. Ca sent les odeurs de randonneurs mouillés : l'humidité, les chaussettes de trois jours, la soupe lyophilisée... Ca joue aux cartes à toutes les tables, les gens papotent, se racontent leurs exploits, tentent de faire sécher qui leurs chaussettes, qui leurs vestes... 
Je fais ce que  je fais le mieux dans ces situations, j'observe. J'ai une partenaire de jeu : mon iAdo, qui elle adore aussi deviner et inventer la vie des gens.


L'après-midi se déroule entre accalmie averse, tonnerre et éclair, entre le calme de notre chambre et la salle à manger au delà  des normes Covid. Un refuge a été fermé cette semaine dans le Champsaur du fait d'un cas de Covid. Vue la densité ici, si quelqu'un l'a, on fait un cluster. 

Comme les dortoirs ne peuvent être occupés, qu'avec des personnes d'un même groupe,  ils ne sont  pas tous complets  (il y a un dortoir de 16 personnes dans ce refuge),  des tentes ont été installées en plus, et des couples peuvent dormir sur place (dehors!). Autant de monde que d'habitude, mais distanciation sociale oblige (du moins dans le concept), deux services pour le dîner, afin de ne pas (trop) mélanger les groupes, mais pendant la pluie, tout le monde dedans.... Histoire de bien se rapprocher : "ce n'est pas le Wifi qui connecte les gens, c'est l'apéro" est-il écrit à l'entrée. 
Ou l'orage.
A l'heure du diner

Ils préviennent bien qui ils sont dans ce refuge : "nous ne pouvons pas cuisiner végétarien, végétalien, sans porc, sans gluten, sans lactose, sans noix, sans sel... nous pensons que le repas est un moment collectif de partage, qui prime sur l'individualisme des régimes alimentaires"... et ils expliquent qu'ils achètent local, de saison et autant que possible bio. Le dîner est super bon, avec de la viande, du formage... adieu les végétariens (sans penser aux végétaliens). 







Une grande tablée de 13 personnes, 6 adultes et 7 enfants, tous blonds et éclairés de l'intérieur, chante un bénédicité avant le repas, ce qui leur vaut un regard étonné de toute la salle, en tout cas pour ceux qui ne les avait pas vu prier dehors en rond, entre deux averses.

Nuit d'éclairs et de tonnerre, mais matin clair. 

Au petit matin


jeudi 20 août 2020

Il était une rando -J#2


Au petit matin


Seul notre réveil sonne à 6h dans l'annexe. Dans le 3ème dortoir, un groupe avec deux papas et 4 enfants sont arrivés à 19h passés, aussi trempés et frigorifiés que nos autres voisins (ceux qui nous ont déclenché le chauffage).
Comme dirait mon iMari "ils n'ont pas retenu la leçon de partir tôt".

Quand on arrive dans la salle à manger pour le petit déjeuner, nous ne sommes pas les premiers, et nous sommes même nombreux à la fraiche,  pas très réveillés, avec nos bols de café, thé et chocolat chaud servis dans des breaux de cantine. Le petit déjeuner du randonneur vaut le dîner : protéines qui tient au corps. 



Nous sommes partis un peu après 7h, avec nos sacs à dos, nos outres pleines d'eau, nos chaussettes qui puent, nos chapeaux et nos lunettes à l'annonce d'une belle journée. La première demi -heure est le temps qu'il nous faut pour se réchauffer, se remettre en route, oublier les tendons qui tirent, les muscles raides et la perspective de la longue journée. Se remettre dans le rythme : marcher, respirer, boire, et manger plus tard. 2 cols à passer aujourd'hui, 8h  de marche prévues au topo guide. On sait qu'on est plus rapide que la référence, mais on sait aussi que c'est une longue étape.









La pluie de la veille a gonflé le torrent, le pont de bois est recouvert de pierres emportées par l'eau dans la pente, l'herbe est spongieuse, les chemins ravinés.  Le raidillon avant le col a perdu son chemin, le tracé s'est effacé sous l'orage, on marche en hésitant entre la ravine du ruissellement, les drailles façonnées par les vaches et  les symboles rouge et blanc qui restent du tracé du GR. 

Je marche à l'ancienne, penchée sur mon sac à dos, sans cannes. Je suis une minorité résistant à l'appel technologique de la marche. Je me fais doubler par de jeunes gens sautillant entre leurs bâtons de marche.

J'ai déja du faire allégeance au progrès en changeant de sac à dos. Mon fidèle Millet  - rose et bleu - était à la pointe de ce qu'on faisant en matière de sac à dos en ... 1987. Je l'avais acheté pour partir en Israël, il n'avait aucune poche, c'était juste un tube, solide, grand, réglable et confortable. Il m'avait suivi dans tous mes voyages, jusqu'à ce que j'achète ma première valise en 2006 quand nous avions eu notre 2ème enfant, et que nous avions un bébé dans le porte-bébé, un autre enfant à la main, un sac de voyage avec les passeports et les couches, et que pour voyager deux mois en Australie, il nous fallait une valise pour quatre personnes, à roulette.


Mon vieux Millet est troué, l'armature plastique s'est déformée, il n'y a rien pour y accrocher une outre à eau... C'est ce dernier argument qui a eu raison de ma résistance à le garder pour cette nouvelle randonnée.  J'ai aussi du acheter des nouvelles chaussures de randonnée (merci le Vieux Campeur) et des lunettes de soleil pratiques et solides, adieu le  look de parisienne glamour à la montagne. Comme dit mon iAdo : "quand on est vieux on doit tout remettre à neuf".  J'espère juste qu'il ne parle que de l'équipement...

On croise des vaches en alpage avec leurs jeunes veaux, des fleurs de couleurs, des montages en dentelles, des ruisseaux qui débordent, des oiseaux qui sautillent, des marmottes qui sifflent à notre vue. 

Je souffle, je sue et pour la première fois je me dis que des cannes de marche seraient peut-être utiles.

Col de Péas à 2629m. Un col large, entouré d'alpage des deux côtés, toujours du vent. Les randonneurs s'y arrêtent, cassent la croute, échangent quelques mots, nous racontent leur problème de genou ...

Longue descente jusqu'à village de Souliers. A la pause de midi, en auscultant la carte, on y découvre un contournement. Au lieu de remonter le Col du Tronchet à 2347m (nouveau dénivelé positif de 500 m), il y a une route forestière plus le GR5 à flan de montagne qui contourne.  Tentation ...?

C'est le dernier iAdo avec une courbature sous le pied, qui se met à pleurer au bout d'une demi -heure de reprise de marche, qui sonne pour moi le glas du 2ème col. On trempe le pied douloureux dans la fontaine d'eau  froide, on fait un massage à l'arnica, et on fait demi tour vers le village de Souliers pour prendre la voie alternative. Mon iMari poursuit avec les deux grands vers le col tandis que je rebrousse chemin pour une trajectoire supposément plus facile avec le blessé. 

Le chemin de contournement sera long, avec ce demi tour nous avons pris une heure de marche de plus, il fait chaud, il est fatigué, il n'a plus le moral :  "j'ai perdu le plaisir de marcher là maintenant" me précise t -il à un moment. Comme si j'avais des doutes!


On fait des pauses : pipi, boire, massage au pied, banc pour la vue... le village n'en fini pas d'arriver. L'autre team arrive avant nous au gite d'étape, je suis rétamée, lui aussi. Mais il y a des oreillers sur les lits, des vrais draps sur les matelas, la maison est magnifique avec le lierre sur sa rambarde en bois, le ruisseau au fond du jardin...

La maison grince, ses vieux planchers sont patinés, ça sent le bois et le temps suspendu. le tenancier est agréable, drôle et direct. Pas de vin ce soir, ca nous évitera la piquette queyrassine, fromages du coin et iles flottantes en dessert - je n'en avais pas mangé depuis celles de mon grand père (c'était tout de même plus récent que mon sac à dos).

On impose le bain de pieds dans le ruisseau comme un cure pour les courbatures, le goûter comme un remontant et les pâtes au repas du soir sont abordées comme un bon présage. Pas d'orage ce soir, j'achète des cannes de marche au magasin de sport du village, mon iMari une housse de protection de pluie pour son sac à dos antédiluvien (mais pas étanche). 

Le moral des troupes remonte en se couchant, l'étape du 3ème jour est la plus courte (5h au Topo Guide).


mardi 18 août 2020

ll était une rando - J#1

Sur le GR58 - tour du Queyras

Qu'est ce qui nous a pris?
On peut se raconter plein de choses : on en faisait beaucoup quand on était jeunes (mais on ne l'est plus!), on aime ça (vraiment?), on a été poussés par nos enfants (si! si!), pour le fun? la gloire (laquelle?), pour l'ambiance (après le camping je crains que le refuge ne soit le truc le plus ... hors norme)... bref tout un tas de (plus ou moins) bonnes raisons. 
Le fond de l'histoire est certainement plus à chercher dans notre besoin de bouger, d'espace, d'air, de points de vue, de hauteur et de détachement. 

Marcher sur plusieurs jours réduit les contingences : respirer, manger et dormir.
Simplification à l'extrême du rythme de vie.

Montée au Col de Malrif
L'arrivée à Aiguilles, point de départ, se fait sous la pluie, en début d'après midi. Un savant mélange de trajets en voiture, bus et navette nous permet de laisser notre voiture au village d'arrivée, situé suffisamment proche à vol d'oiseau, mais toute de même à 4 jours de marche par le GR58, et plus de 30 km par la route en remontant des vallées plus étroites les unes que les autres.

L'auberge est pleine de randonneurs, le repas est copieux pour ceux-là, que nous ne serons que le lendemain. Cela ne nous empêche pas de faire honneur au diner.
Lever 6h pour un petit déjeuner "en autonomie", ca veut dire que l'aubergiste n'est pas levée, on se débrouille pour trouver le thé, les yaourts, le pain et la confiture. Nous sommes quelques matinaux à nous déplacer en silence dans la nuit avec nos masques dans la cuisine encombrée.

A 7h, on marche. Bon pied, bon rythme, excités par l'aventure devant nous.
Lacs Malrif - le lac du Grand Laus 
Ca grimpe sec jusqu'aux lacs du Malrif, et ce n'est rien comparé au passage du col du même nom, à 2900 m nous dit le cairn en plein vent.


Montée rude, le chemin est flou entre rochers, ardoises émiettées et touffes d'herbe hésitante. Je me fais doubler par un homme-taureau sautillant criant à qui veut l'entendre qu'il est arrivé là en 2h45 (moi ca fait plus de 3h que je marche ...). 

A quelques mètres du col, je me retourne pour admirer une demoiselle-papillon avec des longues jambes, tout en légèreté dans la montée, le mouvement de ses bras pour se servir de ses bâtons de marche ressemble à un battement d'ailes, blanches dans le bleu du ciel. 
C'est d'une grâce inouïe pour moi qui suis au bout de ma vie, au bout de mon souffle, rouge, suante et probablement odorante.




Vallée de Cervières

Comme tous les cols, celui ci est étroit, venteux, froid et encombré. La demoiselle-papillon qui n'est pas si jeune vue de près, mais fraiche  - je le confirme - fait selfie sur selfie, comme beaucoup d'autres ici. 
Nous admirons la vue, grelottant dans nos vestes, cherchons le soleil, la faim au ventre qui gronde. 

Fonts de Cervières

La vallée de Cervières s'étale devant nous, nous descendons vers les fonts de Cervières (je confirme que ça s'écrit avec un "t"). Vieux village, une ferme en activité (du moins l'été) avec un troupeau de moutons et son patou, quelques maisons gentiment retapées (probablement en location), et l'auberge-refuge.













Pressés pas la météo, nous arrivons vers 13h, en plein rush du déjeuner de midi, où des gens arrivant par de l'autre bout de la vallée (le bout où il y a une  route forestière) pour un déjeuner en famille sur trois ou quatre générations.

Nous sommes installés dans une annexe, une maison indépendante dans la village. Un rez de chaussée, 2 douches et 2 toilettes communs, un cuisine commune et une grande salle avec un poêle. A l'étage 4 dortoirs, un balcon.

Grâce au Covid, pas de mélange dans les dortoirs: un seul groupe par dortoir, nous occupons à nous 5, un espace pour 7 personnes.

Grâce au Covid aussi, les matelas sont recouverts d'un épais plastique bleu, facile à désinfecter, désagréable au contact, bruyants à tout mouvement. 
Confort dortoirs en covid, le rêve absolu.

Notre chambrée sent rapidement les chaussettes "utilisées", avec nos 5 paires de chaussures de montagne et de chaussettes de 6h (de marinade).
Notre balcon d'où admirer l'orage
Pas encore retapées







Un des avantages de la randonnée est que tu disposes de ton après-midi, si tu t'es bien débrouillée dans ton étape : partir tôt, ne pas faire des pauses trop souvent, arriver avant l'orage.

Fonts de Cervières, avant l'orage
L'après-midi est consacrée à ne rien faire, 
au pire : lire, 
au mieux :  profiter du mauvais temps en étant à l'abri, 
entre les deux : dormir, ou encore manger un tarte à la framboise en visant le moment où les grandes tablées se sont vidées et l'abondante pluie.










Et du balcon, tu profites de l'orage : les éclairs qui cisaillent la montagne, le tonnerre qui fait trembler le plancher, le déluge qui chantonne aux oreilles, et les frissons que tu te fais en pensant que tu pourrais être dans la descente du col, au pied des éboulis, dans un torrent de boue, trempé et  frigorifié...

Il s'agit aussi de compatir quand tes voisins de dortoir arrivent trempés. Eux ne sont pas partis tôt, ou ont trainés en route, ou n'ont pas consulté la météo.
 Comme il y a un bon côté à tout, les voisins qui arrivent sous l'orage font que le tenancier allume le chauffage.







Et là c'est Byzance, dans l'odeur des chaussettes, sur le matelas en plastique, je jouis de l'orage à mon balcon, enveloppée d'une douce chaleur. Un après-midi de rêve, un après-midi de rando!
Toits d'ancelles


















Repas de refuge repas de randonneurs. 

Là aussi, Covid oblige, les tables sont organisées par groupe. Nous avons notre table de 5, là où, quand on était jeunes (et quand on décidait de mettre de l'argent dans le repas du soir),  nous formions de grandes tablées, assis à côté d'inconnus comme toi marcheurs, mais pas comme toi : grand marcheur, c'est à dire avec un pedigree de sommets ou de GR à leur actif qui te faisait systématiquement passée pour une novice.

Pas de risque avec le Covid, chacun sa table, chacun son plat, on ne dispute plus le rab' de soupe. 

Le riz est "de cantine" d'après nos iAdos, totalement  déconnectés, pas un brin de réseau dans ce fond (t) de vallée, ni la moindre trace de Wifi. 

Le vin est en pichet, tiré d'un cubi, entre piquette haute-alpine ou vinaigre italien comme nous sommes à la frontière, je ne sais trop. Nous avons faim, nous mangeons tout, en trouvant tout ceci quasiment bon.

La distanciation sociale s'arrête à la salle à manger, on se fait alpaguer à la sortie par nos voisins de dortoirs, ceux qui sont arrivés à 17h sous l'orage, et grâce à qui nous avons le chauffage. 

Comme je suis quelqu'un de poli (parfois) je remercie pour le chauffage (avec un minimum de compassion pour leur état trempé-frigorifié), s'ensuit une conversation très parisienne (ils sont versaillais) sur quelles étapes, quels horaires, quels autres GR, quelles autres randonnées et croyant trouver un échappatoire en évoquant le Canada, je me retrouve embarquée dans une conversation sur l'histoire de Banff et la rentabilisation de la ligne de chemin de fer au détriment des indigènes...  Mon iMari s'enfuit. 
Bonheur du refugeje fais la conversation avec des parfaits inconnus en tatannes-chaussettes (comme moi) avant d'aller au lit à 21h.

Nuit agitée de nos retournements sur plastique bleu, chaleur odorante du radiateur, bruit de la pluie sur le toit en ancelle, vomi du dernier pendant son sommeil, nuque endolorie par nos oreillers de pulls pliés et serviettes de toilette... jusqu'au réveil à 6h.



dimanche 3 novembre 2019

Un come back (dans ma vie)



Si on peut vivre comme Agnès
Se parler à deux dans la pièce
Et ressentir une émotion
Si on peut vivre une vie Varda
Marcher sur le sable comme ça
Faire une vie hors compétition

Vie Varda - Vincent Delerm (album Panorama)

J'ai du m'arrêter à Kensington Square en 2004, avec une exception pour le poulet du dimanche de Léonard (celui qui a une sensibilité de gauche).
15 ans après, le revoilà, dans ma vie Spotify avec ce nouvel album, que j'écoute en boucle comme autrefois.
Il a vieilli avec nous, en mieux peut-être avec sa barbe grise, à chanter ses enfants, ses envies, ses aspirations, ses constats... 
Un peu les nôtres, en plus poétiques sûrement, mieux mis en notes et en scène c'est certain.
Un bonheur pour mes oreilles. Ce n'est pas comme écouter un vieux truc qui me ramène en arrière, c'est écouter ce vieux truc qui a vieilli avec moi, comme moi et qui parle de moi aujourd'hui, en étant fidèle à ce que j'étais hier.
Mes iFils n'aiment pas, en revenant de la piscine dans la voiture ils m'ont demandé "un truc qui bouge, quoi!".  



dimanche 8 juillet 2018

Regarder passer l'été

le marronnier du parc en face

C'est mon programme pour l'été 2018.
Je ne veux pas me retrouver en septembre et me dire que je n'ai pas vu passer l'été, encore une fois.
Je veux en profiter, faire des choses, avoir chaud, prendre le temps de tout, prendre le temps c'est tout.

Ca commence avec le mois de juillet et ça se finir la 31 août, et j'aurai vu, bien vu les deux mois de l'année que je préfère.
L'idéal aurait été de ne pas travailler, prendre deux mois de vacances. Je ne suis pas prof, cette option n'est pas pour moi.
Prendre 6 semaines, j'y ai pensé, ce n'est pas impossible, juste un peu compliqué de dire à ses clients : "alors on se retrouve en septembre?".

Le résultat de mes intenses réflexions allie

  • travailler moins, c'est à dire des week-ends de 3 jours tout le mois de juillet et des semaines de 4 jours alléger (l'idée n'est pas de faire entrer la charge de travail de 5 jours en 4, c'est déjà ce que je fais le reste de l'année...)
  • voyager autant que possible, des week ends en train (pour ne pas se faire les bouchons, les aires d'autoroute, les kilomètres de climatisation...)
  • voir de belles choses pour se laver les yeux, se nourrir l'esprit, 
  • bouger pour se sentir vivant, courir, marcher, nager (si l'eau n'est pas trop froide)
  • trainer aux terrasses : la mienne, celles de Paris, celles d'ailleurs, boire des Spritz, des Mojitos, dire des bêtises et regarder passer les gens
Et c'est parti!






samedi 2 décembre 2017

Embarquer avec élégance et dignité

Promenade des anglais - juste après le Bandol
Je prends l'avion régulièrement par aller à Nice. Je ne m'endors pas à chaque vol avec mon genou contre celui de Raymond, mais j'ai à chaque fois l'impression d'arriver en vacances quand j'atterris et de quitter une sorte parenthèse lumineuse quand j'en repars. Ce sont des missions professionnelles, je tiens à le préciser.

Hier, au passage des contrôles devant moi, deux maitresses femmes. Une grande black, longues jambes dans un pantalon en cuir, perchée sur des plateformes noires, gainées en dessous du genou. Des talons qu'une règle d'écolier aurait du mal à prendre la mesure. Une femme qui approche la cinquantaine, qui s'entretient, se sape pour aller bosser, ne sourit pas parce que ça creuse les rides. Tu n'as ni envie de lui sourire, ni envie de plaisanter. 
Derrière elle, son opposée. Une petite blonde décolorée, qui lutte contre les rondeurs de la ménopause avec moins de succès (ou plus de volupté), moulée dans une robe de style Chanel, parfaitement maquillée, le sac à main assorti aux chaussures. Les chaussures : leur seul point commun. Talons démesurément hauts. Je me suis perdue dans la contemplation de leurs talons en faisant la queue avant les contrôles.
Comme j'avais bu du vin à midi (mes clients niçoises sont des bonnes vivantes: déjeuner en terrasse au soleil et vin de Bandol), j'ai même essayé de marcher comme elles. J'ai eu le vertige, j'ai vite arrêté.
J'ai eu mes quelques minutes d'envie, vous savez ces moments où on contemple ce qu'on n'atteindra jamais : the perfect make-up, the perfect match dress, et les talons... . 
Je me suis vue avec mon jean, mon (éternel comme dit mon iFille) pull noir , mes bottines à plat (oui des Pete Soresen, mais à plat, pas une centimètre de surplomb), rien sur la figure, et mon indéfectible brushing naturel que même le mistral ne parvient pas à foutre en l'air.
Le vin blanc faisant son office, je me suis sentie petite et désordre....
.... jusqu'au passage des rayons X. 

Là, le monsieur qui contrôle les papiers, vous fait ranger votre portable dans un bac et votre manteau dans l'autre, vous fait sortir votre tube de dentifrice du sac, vous dit "enlevez votre bonnet pour passer le portique " (oui j'ai un bonnet, on est en hiver, j'ai froid), vous demande trois fois de suite si vous n'avez pas de liquide dans votre sac (oups, il me reste de l'eau alors que j'ai dit trois fois non!), a fait enlever aux deux maitresses femmes devant moi leurs si belles montures...
Fini la vue en plongée, fini la prise de hauteur, revenues sur terre en chaussettes dans le hall. 
Celle qui a l'habitude s'est assise pour enfiler les jolis sacs plastiques bleu censés protéger les chaussettes, la blondinette dans ses collants tout fins ne les a pas trouvés.
Soudain prise d'un accès de gentillesse (l'autre effet du Bandol), je lui ai montré où étaient les magnifiques surchaussettes bleu électrique, d'un geste naturel, sans enlever mes écouteurs (The National, à fond). Comme si moi aussi j'avais l'habitude d'enlever les hautes talons au passage des contrôles.
Et l'une après l'autre, elles sont passées, pieds bleus, rase moquettes couleur du ciel, bien modestes tout à coup. On se sent un peu plus vulnérable en chaussettes dans un lieu publique.

J'ai gagné en superbe ce qu'elles ont perdu en talons. Fièrement, d'un pas décidé et conquérant, j'ai fait claquer mon talon à plat pour passer le portique sans sonner (et sans mon bonnet).
J'ai récupéré mes affaires pendant qu'elles remettaient leurs chaussures si hautes. 
J'ai levé le menton, étiré ma colonne et suis partie sans les regarder, avec quelques centimètres de plus dans mon dos.

Ah ce vin de Bandol à midi!


mercredi 8 février 2017

Aujourd'hui, le 6 juin, j'ai filmé mon premier loup


Evidemment, ce n'est pas moi.
C'est Jean-Michel Bertrand, dans "la vallée aux loups".
Un genre de capitaine Achab, version Champsaur et passionné. Pas la version chasseur revanchard.
C'est l'histoire d'une quête, celle d'un homme, qui arpente une vallée un peu écartée du Champsaur, persuadé qu'il y a des loups. Sa quête dure trois ans, le film retrace son récit.
On le voit marcher, trouver des indices, désespérer, croiser des loups de nuit sur ses cameras automatiques, on le voit manager, dormir, pisser, passer l'hiver dans son bivouac, manger des morilles, péter un câble (je me casse), poursuivre...
et finalement "aujourd'hui, le 6 juin, j'ai filmé mon premier loup"
Emu.
On l'est avec lui quand le regard du loup croise le nôtre au travers de la caméra.

Le gars est de la vallée, de Saint Bonnet en Champsaur (là où j'ai un caviste hautement recommandable à qui je laisse des fortunes), c'est le fils de l'assureur de mon père. L'assureur est mort, mon père a changé d'assurance, mais le fils continue de filmer les animaux de nos montagnes. Il parle avec l'accent d'ici, il mange du fromage d'ici, et passe à France Culture pour son film.
Véritable plaidoirie pour le loup, avec son film il se met tous les éleveurs de moutons du coin à dos.

Considérant que la première année il a filmé un meute de 6 loups et un couple avec 2 jeunes louveteaux, que l'année d'après il en a filmé 6 nouveaux louveteaux et que le loup peut parcourir 150 km par jour, quelles sont les chances qu'on a d'en rencontrer quand on balade au dessus  de chez mon père? 

Sachant qu'on n'est plus assuré par le père du réalisateur du film, a-ton encore envie de bivouaquer dans les montagnes autour comme je le faisais quand j'étais jeune?

Allez le voir. Vous ne verres plus le loup comme avant, ni la montage d'ailleurs.

Le podcaste de France Cul https://www.franceculture.fr/emissions/paso-doble-le-grand-entretien-de-lactualite-culturelle/jean-michel-bertrand-jai-quitte


vendredi 23 décembre 2016

Le problème avec les rétroviseurs rétractables

Musée Maillol - beautés dodues
Il était une fois... ou plutôt un matin, où j'avais (plus) le temps, et j'ai donc mis mes lentilles de contact au lieu de juste glisser mes lunettes sur le nez.
Et comme j'avais vraiment le temps, j'ai aussi mis du mascara.Ne lésinons pas : j'avais rendez vous chez un (potentiel) nouveau client.
J'avais vraiment envie d'avoir du temps et il faisait vraiment froid, j'ai donc opté pour le métro et de la marche à pied au lieu du scooter.
Quelle bonne idée.

Mes yeux ont pleuré le froid piquant du 21 décembre.
Je les ai essuyés négligemment avec le dos de ma main et j'ai poursuivi ma route.
Jusqu'à ce que je me vois dans le reflet de la vitre de la ligne 1. 
J'ai vu les grandes cernes noires sous les yeux, et une trace très nette de la larme sur ma joue, dans un noir équilibré et constant.
Une catastrophe.

Comme je ne suis pas tout à fait une vraie nana avec dans son sac : un miroir, des lingettes démaquillantes, et une trousse de maquillage de secours, j'ai fait comme j'ai pu, c'est à dire avec un vieux kleenex qui trainait au fond du sac.
Pas de miroir dans le métro.
Pas de voiture en bas des Champs Elysées.
Pas le droit de se garer dans la rue de Matignon, ni même de marcher le long du trottoir en ces temps de Vigipirate. On doit faire le détour par la suivante (la rue du Cirque).
Comme se sont les beaux quartiers, que des belles voitures, des grosses berlines, des 4x4 récents ... avec des rétroviseurs rétractables. Argh.
Un peu plus haut dans la rue, presque quand on atteint le faubourg Saint Honoré, il y a un parking pour scooters. 
Vive les deux roues. 
Mes amis, solidaires en deux roues, solidaires jusqu'au bout. 
Les rétroviseurs sont en libre service.

Sous l'oeil circonspect d'un militaire en garde derrière les jardins de l'Elysée, 
j'ai pu constater les dégâts du mascara 
et avec mon vieux kleenex et un peu de salive (McGiver au féminin) j'ai nettoyé la marée noire.





dimanche 20 novembre 2016

L'empathie vient en lisant


" la fiction est une simulation de la sphère sociale. de la même manière que certains améliorent leur capacité de pilotage via un simulateur de vol, ceux qui lisent des romans peuvent faire progresser leurs compétences sociales" ainsi explique un très sérieux chercheur dans le magazine Sciences Humaines. (Keith Oaltey, qui a mené une étude digne de ce nom).

Heureusement que j'ai beaucoup lu, que je lis encore énormément, sinon je pense que je serai sociopathe!
Il faut dire que je partais de loin.

Ou alors, c'est l'excès inverse : je lis tellement que je "dépense" toutes mes capacités relationnelles dans l'imaginaire que je mobilise pour ces romans et qu'ensuite je me trouve fort dépourvue au moment venu?

Dois-je reconsidérer mes lectures et abandonner Sylvian Tesson? Ses romans sont un peu limite regard au développement relationnel : entre 6 mois en solo dans une cabane en Sibérie, la retraite de Russie ou marcher seul en France, la probabilité des rencontres est faible, et celle de "faire société" l'est encore plus.
Que faut-il donc que je lise?



Eloge de la marche à pied

Marcher - Le Général à Champs Elysées Clemenceau

J'ai retrouvé avec bonheur Sylvain (Tesson) avec son nouveau livre. 
Comme un amoureux qu'on a attendu longtemps, j'ai ouvert le livre, avide et tremblante.
Ce n'est plus tout à fait le même, ni tout à fait un autre (merci Verlaine).
Il est difficile de l'imaginer la gueule de travers avec une paralysie faciale, à moitié sourd, boitant parfois, et perclus de douleurs.
Il est aussi étonnant de se dire qu'il ne boit plus une goutte d'alcool : comment tiendrait-il aujourd'hui dans sa cabane en Sibérie sans Vodka? Et avec quoi trinquerons nous quand nous nous rencontrons? 
Viandox? Je n'ai jamais gouté, c'est peut être le moment de s'y mettre.

Il traverse la France à pied, dir sous les étoiles ou dans des petits hôtels et s'énerve sur les nouvelles connexions.
J'aime sa façon d'être au monde, même s'il est, et restera probablement un grand solitaire, un de ceux qui sont toujours un peu en "dehors".

"Sa conception des relations humaines ne mesurait jamais la valeur d'un sentiment à la fréquence de son expression".
Sur les chemins noirs - Sylvain Tesson