mercredi 19 septembre 2018

Regarder passer l'été : c'est presque fini

quand c'est encore l'été (sur la Baltique)
L'été est presque fini.
Je le sais quand je ramasse devant chez moi des marrons, lisses et luisants, tout juste sortis de leur coque. Passer sous le marronnier devient un jeu dangereux : les coques tombent à l'improviste, se fracassent sur le sol en éclatant, relâchant le marron tel un Jake out of the box.
Je le sais parce que la lumière devient rasante, belle mais rasante et à 21h il fait nuit quand on finit de dîner dehors.
Je le sais parce que j'ai froid quand je pars le matin.
Je le sais car l'odeur de l'air est différente.
Je le sais car les couleurs ont changé.

J'aimerai parfois me lancer dans un périple comme Cédric Gras dans l'hiver aux trousses qui marche du Nord au Sud au fin fond de la Russie pour rester à juste avant l'hiver.
Je pense à ce livre presque à chaque automne. Un jour je me lancerai dans un périple pour rester à la limite de l'été, ne voyager que dans des endroits où il fait soleil, où la nuit recule, où la chaleur nous envahit, où la lumière nous éblouit, où la langueur nous abasourdit.
Ce temps sera probablement à la fin de l'été de ma vie. Qu'il puisse durer longtemps alors.


"Les Russes ont une idée très précise de ce qu’il faut voir ou de ce qui n’a pas d’intérêt. Cette représentation des choses est fréquemment aux antipodes de celles des baroudeurs.
Le tourisme officiel s’oppose violement à l’idée du voyage, en déniant les charmes de la vie pour se concentrer sur les supposés « curiosités ». 
L’hiver aux trousses - Cédric Gras

dimanche 16 septembre 2018

Etre attentif à ce que nous allons voir au cinéma

A l'origine - @Bechdel

Et si nous passions au crible du test de Bechdel-Wallace les derniers films que nous sommes allés voir au cinéma?

Vous connaissez Alison Bechdel, je vous en ai parlé quand j'ai lu deux de ces romans graphiques : Fun Home, et C'est toi ma maman? Que je recommande à celles et ceux qui seraient passés au travers.
Liz Wallace est une amie de Alison Bechdel, je crois que c'est une actrice.

Le test est simple, le film doit répondre à 3 exigences :

  1. il doit y avoir au moins deux femmes, avec un nom 
  2. elles ont eu droit à un dialogue d'au moins 60 secondes entre elles
  3. elles parlent d'autre chose que d'un homme
La semaine dernière j'ai vu Mary Shelley, il passe le test, mais le dernier Mission Impossible est un failed et pourtant une ode à Paris, que j'ai appréciée (si si!).
Tous les Stars Wars sont à côté de la plaque, les Harry Potter le passent (sauf un!).
Et Première année, vu aujourd'hui, non plus. C'est une histoire d'amitié entre deux gars. Pas un seul personnage fille qui ait un nom. La 1ère Promo est une fille, mais ça ne rattrape pas.

Ce qui m'étonne, c'est que je ne m'étais jamais posée la question.
Jusqu'à ces derniers temps.
Et quand je regarde, je vois.

Je m'enerve sur ce bouquin qui fait le buzz de la rentrée La saga des intellectuels français en 2 tomes s'il vous plait. Ecrit par un homme bien sûr (François Dosse). Dont on vante les mérites dans Télérama, les Inrocks, Lire Magazine. 
Dans le résumé : que des hommes. Au 20ème siècle, parmi les intellectuels français que des hommes?
Au mieux, dans l'article le plus long que j'ai lu sur le sujet est cité Beauvoir,  avec Sartre. Comme si elle ne pouvait exister qu'accoler à lui.

Parmi les albums de la rentrée cité dans les Inrock, des hommes surtout. Oui Jeanne Added fait la une, mais dans les pages, peu de femmes.

Les artistes programmés en 2018/2019 à la salle d'Art Contemporain de ma ville : 2 femmes sur 10 artistes.

Je vais m'arrêter là, car si je continue je vais encore compter beaucoup (trop) d'hommes partout!

mercredi 12 septembre 2018

L'utopie de l'isolement

Laheema - Estonie

Céder à la tentation du renoncement n’est pas malin. A un certain âge, cela peut te liquider aussi surement que n'importe quelle autre maladie. Tu veux vraiment voir ta vie rétrécir avant l’heure ? 
Prends garde à l’utopie de l’isolement. 
Prends garde à l’utopie de la bicoque dans les bois, cette oasis pour se défendre contre la rage et le chagrin. 
Cette solitude inexpugnable.

J’ai épousé un épousé un communistePhilip Roth


Il aurait fallu le mettre en face de Sylvain Tesson ou de Peter Fromm (superbe article dans America sur l'Amérique Sauvage) pour avoir une discussion endiablée sur les vertues de l'isolement.


A mon échelle, je savoure la solitude, pas encore l'isolement. 
Je savoure le mercredi matin, désormais j'y suis seule à la maison. Et c'est une vraie solitude, puisque ce matin je ne travaille pas.
Je n'ai pas de compagnie : ni de mon travail, ni mes mails ; je n'ai pas mis la radio, pas de musique. Que le bruit de la vie qui m'entoure : la cour de récré de l'école au delà parc, les gens qui parlent en passant dans la rue, l'oiseau dans le jardin, un hélicoptère au loin. 
C'est être seule au milieu du monde, sans stimulation.
C'est reposant et grisant à la fois. 

De l'autre côté du mur #7 - la vie dans les bois

Laheema - Estonie

Deux jours dans une petite maison en bois, perdue dans les bois et pourtant à 100m de la mer baltique
Une petite maison deconnectée, sauf au vent dans les arbres.
C'est sauna attenant à la salle de bains. Systématiquement.
Un jour de bruine, de gris et de frais nous l'avons allumé.
Notre sauna à nous, dans notre maison dans les bois.
Art de vivre à la scandinave.
Les Estoniens sont des scandinaves, les Lettons des slaves. Tout se joue avec le sauna!

Quand nous sommes partis, la dame qui vit dans les bois, nous a dit "see you and if we will never see again, have a good life".

C'est la même dame des bois qui
  • construit une nouvelle maison en bois à côté de la sienne, 
  • a grandi avec l'URSS, dont le grand-père est mort déporté en Sibérie (every family 's got one, ie : quelqu'un mort déporté en Sibérie)
  • sait faire beaucoup de choses parce qu'au temps de l'URSS, "il n'y avait rien, mais on ne manquait pas, car on faisait tout nous mêmes : réparer sa voiture, construire sa maison, élever ses lapins, chasser dans les bois, cultiver son jardin... et on connaît toujours quelqu'un qui connait quelqu'un qui sait faire"


jeudi 30 août 2018

Regarder passer l'été #7 - ça sent la fin

terrasse qui me tend les bras - Riga août 2018

Albert Einstein écrivait déjà il y a un demi-siècle : 
« La raison la plus motivante de travailler se trouve dans le plaisir que l'on y trouve, dans le plaisir du résultat atteint, et dans la connaissance de la valeur de ce résultat pour la communauté. »

C'est vrai que je vois mal le résultat de mes vacances sur la communauté, si ce n'est que j'ai encore plus lu que d'habitude - libraires et auteurs sont contents, que je passe plus de temps sur les terrasses de café et dans les restau, et que je me fais un nombre inconsidéré de musées et d'expos.
Peut-être qu'alors il faut que j'envisage de créer mon propre boulot en me faisant financer par un consortium ministère de la culture et agroalimentaire?
Dommage Hulot n'est plus là, en réfléchissant un peu j'en aurai fait un projet idéal pour l'Ecologie (qui aurait supplanté ses déboires glyphosate et nucléaire).


dimanche 26 août 2018

Regarder passer l'été #6 - lectures féministes

lecture de voyage

Dans mes lectures de l'été : Journal d'Irlande, Carnet de pêche et d'amour de Benoite Groult.
Citée partout, tout le temps comme une femme d'avant garde "une féministe".
Elle est probablement une pionnière, elle y a réfléchi, elle a écrit dessus et elle a beaucoup de mérite à être arrivée là où elle est arrivée avec le compagnon qu'elle a eu! Un vrai boulet, un vrai patriarche.
Pas du tout une vie de "féministe" : pas de symétrie dans le couple qu'elle formait avec Paul Guimard, pas plus avec son amant qui était dans l'excès inverse (à son service). 
C'est comme ça qu'elle atteignait l'équilibre probablement : en moyennant les deux extrêmes.

J'aime beaucoup ses romans, son carnet m'a étonné en dévoilant une femme encore "soumise" par certains aspects, en tout cas pas aussi libre que ce qu'elle écrit pour et sur les femmes dans ses livres, essais et articles.
Son écriture est concise (c'est un carnet), et relevée, directe parfois abrupte.
J'ai de nouveau envie d'aller en Irlande, j'ai presque envie d'avoir une maison là-bas après avoir lu ses pages. 
J'ai besoin de plusieurs vies pour aller m'installer partout où ce que je lis me donne envie de vivre.

Elle parle d'Elisabeth Badinter (plus jeune de 24 ans) :
" Elisabeth lit sans cesse. Ne se baigne pas avec Robert. Refuse la moindre promenade et même le moindre pas ! Reste dans sa chaise longue avec le journal de Cocteau. Je l'ai vue récemment sur TF1. Elle me réjouit : ma relève est assurée, ô combien. Elle énonce des énormités, avec des yeux si clairs et son visage si pur que les gens sont pris à contrepried. Elle est le contraire d’une sorcière : ils ne se méfient pas. Elle est pire pourtant ! Quand elle sourit, soudain elle est délicieuse. Et elle vous annonce que les femmes ont maintenant appris à se passer des hommes, pour faire des enfants et même les élever et que c’est bien plus agréable que de les supporter, quand on ne les estime plus."
Journal d’Irlande – Benoite Groult

En parallèle, je lis le numero special des Inrock "Littératures féministes", et je découvre (pardon!) les féministes américaines. Notamment Nancy Fraser, qui a déplacé le sujet du  féminisme sur le terrain de la justice sociale : son obsession est de "comprendre la société en totalité, de manière structurelle" et s'intéresse alors la reconnaissance et la rétribution.
Selon Nancy Fraser " le modèle statutaire repose sur l'idée que ce qui mérite reconnaissance ce ne sont pas les identités de groupe, mais la position égale des partenaires dans l'interaction", qu'elle nomme "parité de participation".
Point de vue passionnant, que je vais creuser de ce pas, d'abord en regardant les vidéos de Nancy Fraser (youTube, j'ai enfin fait des playlist à regarder - quelle femme connectée je deviens!) et en allant de ce pas commander son livre phare traduit en français le féminisme en mouvement.

La parité de participation, un concept qui à mon avis s'applique partout : dialogue social dans l'entreprise, démocratie sociale, ou tout lieu où il doit y avoir discussion et négociation (c'est à dire participation de plusieurs parties prenantes).
Découverte de l'été!


Avant la parité de participation

Germaine Tillon devant sa bibliothèque en 1970
Petit préalable, il me semble à la parité de participation : la politique de la conversation de Germaine Tillon

"Une politique de la conversation : s’asseoir autour d’une même table, se regarder l'un, l’autre dans les yeux, adresser la parole à l'autre pluis l’écouter, être prêt à se mettre provisoirement à sa place pour mieux la comprendre. Parier donc sur notre commun humanité  plutôt que la fidélité au groupe."

Les insoumis, la partie sur Germaine Tillion - Tzetan Todorov

On y parle aussi de la fidélité au groupe, et de l'humanité. Vivre ensemble et tous singulier, tous différents. Travailler à ce qui nous rapproche, aborder nos différences comme une complémentarité, évoquer nos intentions comme des objectifs personnels qui viseraient nous grandir sans annihiler l'autre.
Je vois une infinité de liens avec ce que toutes mes activités professionnels de médiation en entreprise, d'accompagnement, de renouvellement du dialogue social...

Vive la rentrée?