dimanche 3 novembre 2019

Un truc qui bouge, quoi!

Paris la Défense Arena, un soir d'Octobre
Un soir d'Octobre, je me suis retrouvée avec 30 000 autres personnes, à la Défense Arena, à aller écouter "un truc qui bouge".
Ce n'était pas un hasard, ni un cadeau qu'on m'avait fait, ni des places qu'on m'a données. 
C'est moi qui les ai achetées, sur la Fnac, en connaissance de cause (enfin presque!).

Ça commence en septembre, quand les gars sont arrivés à l'heure du déjeuner en se tortillant et annonçant qu'ils avaient un truc à dire. Très cérémonieux, ils avaient répétés leur speech, s'étaient organisés tous les deux pour leurs prises de paroles et hop ils se sont lancés.
La demande portait sur un concert, de gars connus sur YouTube, dont ils écoutaient des chansons, gentiment rap et de loin qui me semblait un peu "Z'y vas, ta mère!". 
En fait, j'en connaissais une seule, qui avait  tourné en boucle dans leurs enceintes, tristounette surtout ,plus que racaille.
Leur iDad, vrai musicien, qui voit tout de suite le genre de concert, annonce immédiatement la couleur "Impossible pour moi, ça me casse les oreilles".  Véritable déception des gars, parce qu'en matière de musique c'est iDad la référence, c'est lui qui fréquente Internet, qui connait les jeux, qui suit (de loin) les Youtubeurs que regardent les gars... bref c'est lui qui est i-informé, pas moi. L'espoir était donc là. 
Or contre toute attente, c'est moi qui me suis entendue dire "moi je vous emmène". 
Pas que j'aime le truc non, mais je sais que je vais supporter, je sais que je pourrai trouver un truc pour m'occuper (j'y suis allée avec mon livre au cas où), je sais que le public va m'intéresser... bref je sais que au pire ce sera une expérience de "safari social."
Et là stupeur des iGars : je suis passée de la case "Maman relou" à "Great Mum".

D'où 26 octobre à 20h, RER Nanterre Préfecture, dans un quartier bouclé par les flics, et avec une foule assez jeune je suis allée à la Défense Arena avec mes 2 gars voir BigFlo&Oli. 
Dans la fosse, s'il vous plait, car c'étaient les dernières places disponibles.

Alors là, j'ai appris plein de choses :

  • la salle est immense, impressionnante, c'est la plus grande salle d'Europe (il parait) et c'est chouette. Le son est excellent, la musique résonne aussi au sol, un grand moment de musique immersif
  • le plublic de ces jeunes (BigFlo&Oli) est sympa : enfants, ado, et jeunes adultes (moins de 30 ans) et des parents uniques comme moi qui se sont dévoués (beaucoup les pères, un hommage leur est rendu d'ailleurs)
  • les 2 protagonistes sur scène étaient aussi émus que mes 2 gars dans la fosse. Ils ont versé une larme au début, très impressionnés, et ils ont carrément pleuré à gros sanglots à la fin. Ils n'en revenaient pas d'être là et d'avoir un public qui les suit comme ça. Le concert n'en finissait pas, ils avaient toujours un truc à ajouter pour ne pas quitter
  • ces 2 gars ont un pêche d'enfer sur scène, et des joyeux copains puisqu'ils ont fait venir sur scène les 2 plus grands rappeurs français (pareil: il parait, source non vérifiée) que sont Soprano et Black M (je découvre avec vous?)
  • ils ont fait le conservatoire à fond pour en arriver là et ils sont loin d'être incultes (ils disent beaucoup de gros mots à mon goût, mais pas de fautes de grammaire)
  • leurs chansons sont des histoires qui distillent des messages, subtilement mais sûrement, et qu'ils ne voteront pas Marine aux élections
  • tolérance et endurance sont leur crédo (synthèse de la Maman relou)
  • ce qu'était la beat box
  • ils sont fidèles en amitié : une grande partie de leurs musiciens étaient au conservatoire avec eux. En fin de concert, ils pleuraient tous, dans les bras des un et des autres, comme une bande d'ado de 20 ans (ce qu'ils sont)
  • le violoncelliste barbu, genre hipster a fait ses solos avec un T-shirt blanc à l'inscription "féminist", c'était la seule touche féminine de toute la soirée, car pas une seule femme sur scène, très peu dans les chansons et la seule qu'on voit est leur mère. 
  • et quand Toulousains et Parisiens se rencontrent on peut dire "pain chocolatine" pour ne froisser personne et danser le Mia pour réconcilier tout le monde.
J'ai passé une très bonne soirée, j'ai même dansé et repris quelques refrains. Je peux même envisager de mettre quelques chansons dans ma play list "un truc qui bouge"
Dans la série "concerts trainés par les enfants", c'était mieux que Hugues Aufray et Louanne réunis.
Nos enfants  - comme nos amis proches - nous font faire des choses que jamais ô grand jamais je n'aurai imaginé faire un jour!


Une vie de rêve - BigFlo&Oli



Un come back (dans ma vie)



Si on peut vivre comme Agnès
Se parler à deux dans la pièce
Et ressentir une émotion
Si on peut vivre une vie Varda
Marcher sur le sable comme ça
Faire une vie hors compétition

Vie Varda - Vincent Delerm (album Panorama)

J'ai du m'arrêter à Kensington Square en 2004, avec une exception pour le poulet du dimanche de Léonard (celui qui a une sensibilité de gauche).
15 ans après, le revoilà, dans ma vie Spotify avec ce nouvel album, que j'écoute en boucle comme autrefois.
Il a vieilli avec nous, en mieux peut-être avec sa barbe grise, à chanter ses enfants, ses envies, ses aspirations, ses constats... 
Un peu les nôtres, en plus poétiques sûrement, mieux mis en notes et en scène c'est certain.
Un bonheur pour mes oreilles. Ce n'est pas comme écouter un vieux truc qui me ramène en arrière, c'est écouter ce vieux truc qui a vieilli avec moi, comme moi et qui parle de moi aujourd'hui, en étant fidèle à ce que j'étais hier.
Mes iFils n'aiment pas, en revenant de la piscine dans la voiture ils m'ont demandé "un truc qui bouge, quoi!".  



mardi 29 octobre 2019

Femmes des années 1900


"Mais les temps changent. 
En Angleterre aussi on dirait qu'il y a beaucoup plus de femmes qui exercent le métier d'hommes envoyés dans les tranchées. Maintenant que la guerre est finie, elles n'ont pas l'air pressées de retourner à la cuisine. Tout homme qui a passé du temps dans un hôpital de campagne soigné par des infirmières est prêt à vous dire que davantage de femmes au travail est une chose à encourager chaudement."

L'attaque du Calcutta-Darjelling - Abir Mukherjee

Comme son nom ne l'indique pas, l'auteur est un écossais qui écrit un roman qui se passe en Inde juste après la 1ère guerre mondiale. C'est censé être un roman policier, rangé dans cette catégorie  en librairie. C'est surtout un panorama des moeurs de l'époque et une description de l'Inde coloniale, comme dans la série Indian Summer. 
On y sent le chaud et l'humide, la moiteur et les odeurs, le bruit et les contrastes - surtout fin Octobre devant un feu de cheminée et un thé.
Juste envie de retourner pour la nième fois en Inde, ou d'y faire une expat'.

vendredi 11 octobre 2019

ici et là bas

the yield et son auteur (qui vit en France)


"Remember how summer use to be the beginning of everything, how the world got so much bigger every year at that time, that there where non end and beginning and we forget we even had to return to school?".

Or to work, or to Europe. Even if when we were out there it was winter time for them, it looked (and it was summer) time for us. Never want to go back to Europe. We will come again, and stay longer .
Notre été en Australe n'a fait que renforcer notre goût de ce pays. 

"Every one should learn four things : how to fish (ngalamarra en aborigène), how to love someone boundlessly, how to grow your own vegetables, and how to read. The patience for fishing, respect for loving, the soil for gardening and a dictionary for reading".

The Yield - Tara June Winch

On en revient à quelques basiques dans ce livre qui parle de l'Australie des colons et des natives, d'hier et d'aujourd'hui, plein d'espoir.

samedi 20 juillet 2019

Chagrin d'amour

Edward Westion - Arles 2019

"Mêmes ses vieilles phobies ridicules, il ne les a jamais vaincues, mais il se contente de les éviter. Les phobie des coups de fil, par exemple : il compose frénétiquement les numéros comme quelqu'un qui désamorce une bombe ; et puis celle des taxis, où il s'affole en fouillant dans ses poches au moment de donner un pourboire, avant de jaillir de la voiture comme s'il avait été pris en otage ; et enfin, lors d'une soirée, cette peur qu'il ressent lorsqu'il faut s'adresser à un homme séduisant ou bien une célébrité : le voilà qui est encore à se repère mentalement les premières phrases qu'il va prononcer, juste avant de se rendre compte, qu'on se dit déjà au revoir.
Il ressent toujours ces mêmes peurs, mais le temps passant, des solutions se sont toujours offertes à lui. Les textos et les emails l'ont pour toujours sauvé des coups de fil. Les cartes bancaires sont désormais acceptées dans les taxis. Une occasion manquée, et les choses peuvent toujours être rattrapées grâce à internet.
Mais un chagrin d'amour? Comment l'éviter?"
<lers tribulations d'Arthur Miller - Andrew Sean Greer

mercredi 12 juin 2019

Joie de la pluie



"... la pluie s'abat selon des angles improbables. Je joue à saute-mouton à travers l'armoise pour regagner la cabane, mais avant que j'ai refermé la porte derrière moi, le soleil se montre, la pluie encore fumante. Je me détourne de la cabane, me tiens sous la pluie battante, dans la lumière dorée, dans cet air qui semble lui-même vivant."
Le nom des étoiles de Pete Fromm

Pourquoi me donne-t-il à chaque fois plus envie d'aller là bas? Pas forcement de vivre dans un cabane coupée de tout (quoi que parfois, je suis tentée!),  juste d'avoir moins de monde autour de soi, plus de ciel et d'étoiles, sentir le vent et le soleil, accueillir la pluie, vivre les saisons...


dimanche 12 mai 2019

Vivian, la femme en contre jour

Vivian Maier - autoportrait
Depuis quelques années, on parle de cette femme. Une anonyme, une solitaire, pas éduquée, qui a vécu tout sa vie de petits boulots, dans une grande précarité même, à la fin de sa vie. 
Et remarquable photographe, découverte après sa mort. 
Je suis tombée sur elle par hasard, dans un vague article dans Télérama, il y a plus de quinze ans.
Elle m'avait marqué car elle a passé son enfance dans le Champsaur, petite vallée des Hautes-Alpes, peu connue, qui rassemble des champs jaunes de boutons d'or, des moutons, et du ski depuis les années 70. Née à New York, sa mère et Gand-mère avait émigrée au USA comme beaucoup de la région au tournant du siècle. Elle était revenue en France a plusieurs reprises et notamment toute une partie de son enfance. Une Champsaurine, photographe américaine, c'était suffisamment singulier pour que je m'y intéresse de plus près.
Et ses photos sont dignes de tous les plus grands.

Un livre vient de sortir sur sa vie, entre le roman et la biographie, un récit qui tente de reconstituer son histoire, comment les photographies furent découvertes, mirent quelques temps avec qu'on en comprenne la valeur, avant qu'on s'intéresse à al vie de cette femme anonyme parmi les anonymes et qui sans ces photo seraient passée totalement inaperçue.
Chose étrange, sur les premières pages, la fondation Vivian Maier et les deux galeries qui gèrent ses photos ont pris la peine de préciser que le livre était purement une fiction et qu'ils n'approuvaient aucun fait et nom de ce livre.
"Une femme en contre jour" de Galle Josse, n'est pas un grand livre, il passerait inaperçu si ce n'est la vie peu conventionnelle qu'a mené cette femme au début du siècle dernier entre Champsaur, New York et Chicago, à une époque où certains quittaient à peine la vallée.
Une tante de mon père est partie aux USA en 1900, elle avait tout juste 20 ans. Je me demande ce qui se passait dans la tête de ces jeunes femmes quand elles quittaient leur famille, un foyer pour traverser le monde : sortir de sa vallée, aller jusqu'au Have, prendre un bateau, arriver à Ellis Island, attendre, apprendre l'anglais... La tante de mon père a fait sa vie là-bas, elle est devenue une américaine comme Vivian. La tante de mon père, quand elle est revenue en visite dans le Champsaur, parlant très mal le français.

Un recueil de ses photos en couleur est sortie juste avant Noël.
Un documentaire tente de la révéler au travers de témoignages de gens qui l'ont connue.
En France, on peut voir ses photos à la Galerie Les Douches, et dans le Champsaur, elle fait vivre toute une association, autour d'expositions et de concours photos annuels.
Il existe un circuit Vivian Maier, de balade dans le Champsaur qui retrace les lieux où elle a vécu, et qu'elle a photographiés.
La prochaine fois que je vais chez mon père, je redécouvre ma vallée dans les pas de Vivian.

Vivian Maier - a woman in the street

Vivian Maier