mercredi 12 juin 2019

Joie de la pluie



"... la pluie s'abat selon des angles improbables. Je joue à saute-mouton à travers l'armoise pour regagner la cabane, mais avant que j'ai refermé la porte derrière moi, le soleil se montre, la pluie encore fumante. Je me détourne de la cabane, me tiens sous la pluie battante, dans la lumière dorée, dans cet air qui semble lui-même vivant."
Le nom des étoiles de Pete Fromm

Pourquoi me donne-t-il à chaque fois plus envie d'aller là bas? Pas forcement de vivre dans un cabane coupée de tout (quoi que parfois, je suis tentée!),  juste d'avoir moins de monde autour de soi, plus de ciel et d'étoiles, sentir le vent et le soleil, accueillir la pluie, vivre les saisons...


dimanche 12 mai 2019

Vivian, la femme en contre jour

Vivian Maier - autoportrait
Depuis quelques années, on parle de cette femme. Une anonyme, une solitaire, pas éduquée, qui a vécu tout sa vie de petits boulots, dans une grande précarité même, à la fin de sa vie. 
Et remarquable photographe, découverte après sa mort. 
Je suis tombée sur elle par hasard, dans un vague article dans Télérama, il y a plus de quinze ans.
Elle m'avait marqué car elle a passé son enfance dans le Champsaur, petite vallée des Hautes-Alpes, peu connue, qui rassemble des champs jaunes de boutons d'or, des moutons, et du ski depuis les années 70. Née à New York, sa mère et Gand-mère avait émigrée au USA comme beaucoup de la région au tournant du siècle. Elle était revenue en France a plusieurs reprises et notamment toute une partie de son enfance. Une Champsaurine, photographe américaine, c'était suffisamment singulier pour que je m'y intéresse de plus près.
Et ses photos sont dignes de tous les plus grands.

Un livre vient de sortir sur sa vie, entre le roman et la biographie, un récit qui tente de reconstituer son histoire, comment les photographies furent découvertes, mirent quelques temps avec qu'on en comprenne la valeur, avant qu'on s'intéresse à al vie de cette femme anonyme parmi les anonymes et qui sans ces photo seraient passée totalement inaperçue.
Chose étrange, sur les premières pages, la fondation Vivian Maier et les deux galeries qui gèrent ses photos ont pris la peine de préciser que le livre était purement une fiction et qu'ils n'approuvaient aucun fait et nom de ce livre.
"Une femme en contre jour" de Galle Josse, n'est pas un grand livre, il passerait inaperçu si ce n'est la vie peu conventionnelle qu'a mené cette femme au début du siècle dernier entre Champsaur, New York et Chicago, à une époque où certains quittaient à peine la vallée.
Une tante de mon père est partie aux USA en 1900, elle avait tout juste 20 ans. Je me demande ce qui se passait dans la tête de ces jeunes femmes quand elles quittaient leur famille, un foyer pour traverser le monde : sortir de sa vallée, aller jusqu'au Have, prendre un bateau, arriver à Ellis Island, attendre, apprendre l'anglais... La tante de mon père a fait sa vie là-bas, elle est devenue une américaine comme Vivian. La tante de mon père, quand elle est revenue en visite dans le Champsaur, parlant très mal le français.

Un recueil de ses photos en couleur est sortie juste avant Noël.
Un documentaire tente de la révéler au travers de témoignages de gens qui l'ont connue.
En France, on peut voir ses photos à la Galerie Les Douches, et dans le Champsaur, elle fait vivre toute une association, autour d'expositions et de concours photos annuels.
Il existe un circuit Vivian Maier, de balade dans le Champsaur qui retrace les lieux où elle a vécu, et qu'elle a photographiés.
La prochaine fois que je vais chez mon père, je redécouvre ma vallée dans les pas de Vivian.

Vivian Maier - a woman in the street

Vivian Maier

mercredi 8 mai 2019

Nouvelle collection

Stanislas Augris
Dans ma banlieue de gauche, dynamique et cultivée, promotrice d'Art et de Spectales à la portée de tous, j'ai vu récemment à l'Orangerie la collection d'un couple d'amateurs d'art contemporain. En 30 ans d'achats ils ont rassemblé une vaste collection, remarquable, homogène et d'excellent goût (au moins du mien). Ils expliquaient comment ils avaient constitué leur collection, issus de la classe moyenne, disent-ils, sans ressources démesurées - j'ai cru comprendre que c'étaient des profs - à partir de quels choix, quels prix...
C'est comme ça qu'ils m'ont donné une autorisation symbolique. 
Depuis des années, je traîne dans des galeries, dans des Art Fairs, je regarde, je considère, j'ai envie, j'hésite... et au final j'achète rarement. Trop cher, pour quoi faire, pour mettre où?
Pour acheter, j'ai besoin d'avoir un budget, une enveloppe dédiée qui y soit consacrée, qui cadrerait l'achat : soit j'ai le montant, soit je ne l'ai pas. L'autorisation serait liée au budget, et pas à un caprice.
Alors depuis, je mets tous les mois une petite somme sur un livret et quand arrive une prime j'en consacre un pourcentage au budget "oeuvres". (je doute au Peggy Guggenheim ait commencé comme cela, mais il faut un début à tout).

Quelque - peu - de temps après cette décision majeure, j'étais chez mon libraire préféré, j'ai pris la petite carte de la galerie d'art de ma ville de gauche, dynamique et cultivée (faites le compte : une librairie, une Orangerie avec des expositions, une galerie d'Art, et tout ce que je ne vous ai pas encore dévoilé). C'était un samedi après midi, j'étais à pied, j'avais le temps, et la galerie n'est ouverte que le samedi... j'y suis passée. 
Divine surprise. 
Deux artistes exposaient, dont ce photographe. 
J'ai adoré, j'ai acheté.
Décrochage samedi prochain, j'y vais récupérer ma photo. Et peut être en acheter une autre (j'avais adoré beaucoup de chose de cet artiste).
Rendez vous samedi à la galerie pour ceux qui peuvent et qui veulent.

A suivre sur un Instagram stanislas_augris
La Galerie. https://www.lacachotterie.com

mercredi 10 avril 2019

Questions indiennes ?

Black Elck - jeune

" Et pendant que je me tiens là, j'ai vu plus que je ne pourrais le dire et j'ai compris plus que ce que j'ai vu, car je voyais de manière sacrée les formes de toutes les choses de l'esprit, et la forme de toutes les formes qui doivent vivre ensemble comme un seul être.
Et j'ai vu que le petit cercle sacré de mon peuple était l'un des nombreux petits cercles qui faisait un seul cercle, aussi large que la lumière du jour et la lumières des étoiles, et en son centre poussait un majestueux arbre en fleur qui abritait tous les enfants d'une mère et d'un père. Et j'ai vu qu'il était sacré"

America est consacré ce trimestre à l'Amérique indienne, et des Indiens qui ne pleurent pas leur fantômes mais qui constate que "les questions qui se posaient lors de la fondation du pays se posent encore" (David Treuer, p82), et pas forcement autour de la question indienne, mais d'une façon universelle pour tous.
Il n'y a pas de minorités, juste l'universalité des questions et des hommes qui vivent ensemble.


Back there

Supertramp

Even in the quietest moments
I wish I knew what I had to do and even though the sun is shining
Well I feel the rain - her it comes again dear
And even when you showed me
My heart was out of tune
For there 's a shadow of doubt that's not letting me find you too soon
The music that you gave me
The langage of my soul
Oh Lord, I want to be with you
Won't you let me come in from the cold?

Ca me ramène direct sur les marches du lycée Dominique Villars, en terminale avec mon Walkman et sa cassette où j'avais précieusement enregistré ce disque. 
J'étais très en avance à l'époque avec ce Walkman, ce qui fait rire nos iKids aujourd'hui. 
Je me rappelle qu'une copine (Valérie!) m'avait prêté l'album de Supertramp. Ses parents étaient divorcés, elle vivait avec sa mère la semaine à Gap et rentrait un week end sur deux chez son père à Montdauphin.  Le disque était chez lui, l'attente fut longue, surtout qu'elle l'a oublié une fois, ce qui a remis 2 semaines d'attente. Une éternité à l'époque

Aucun morceau à éviter dans cet album. Tout est bon.
Je le redécouvre avec la platine vinyle (celle de Noël), celui là vient des archives de mon iMari, qui a aussi son petit côté vintage.
.

mercredi 20 mars 2019

Une histoire universelle de Roxane Gay



J'avais adoré "Bad Feminist", je n'ai pas résisté à "Hunger".
En flânant chez le libraire, ma main gauche l'a attrapé, ma main gauche l'a payé et je l'ai lu.
Et je ne l'ai pas lâché.
Pas besoin d'être obèse, noire ou bisexuelle pour apprécier ce livre.
C'est l'histoire de tout le monde, c'est universel.
Ça parle de devenir soi, de s'accepter, de changer ce qui est possible et ne pas se battre contre le reste.
J'y apprends la tolérance (et on sait que ce n'est pas mon fort).
J'y apprends l'indulgence envers soi, (et les autres).
J'y apprends à regarder le monde autrement.
J'y apprends à déconstruire mes a priori.

Et surtout c'est très bien écrit (et bien traduit). C'est drôle par moments, poignants à d'autres.
Un régal de mots, de rythmes, d'intelligence.


mercredi 13 mars 2019

Le compte n'y est pas

Nous ne sommes pas dans "les chiffres et les lettres"
Je développe ces temps-ci une sensibilité extrême à la parité de représentation hommes-femmes. Partout, tout le temps : vie publique, vie professionnelle, vie des affaires, mes interlocuteurs, les codir que j'anime, les livres mis en avant à la librairie, les noms cités quand on parle d'un sujet...
Je compte malgré moi.
Et le compte n'est pas bon.
On n'y est pas.

Sur France Inter, l'autre jour, l'instant M, la journaliste interviewe Yann Moix (beurk... ici gros dégout prononcé). 
Déjà : pourquoi donner à ce type encore plus l'occasion de s'exprimer en public? 
Il a fait le buzz il y a quelques semaines avec des propos sur ces "goûts" en matière de femme comme s'il choisissait entre plusieurs parfums de glace (et encore j'ai plus de respect pour les sorbets et crèmes glacées que lui n'en a pour les femmes - vues comme un tout, et consommables).
Ensuite, cette journaliste - sociale traitre à la cause de son genre (!) - s'abaisse à essayer de rentrer dans son jeu : de la provocation' sur sa provoc'... 
Pauvre Sonia, c'est son fond de commerce à Yann c'est la provoc, elle s'est faite "balader", au point de jouer la surenchère avec lui et de vouloir parler plus que lui. Comble pour un journaliste avec un invité.
Et là, le Yann dans toute sa splendeur qui citent les gens qui ont des choses à dire, qui se sont créé un personnage, qui... je ne sais plus quoi : Gerard Depardieu, Fabrice Luchini,  Benoit Poelvorde,  Gad Elmaleh, Philippe Sollers, Jean D'Ormesson, Charles Peguy, Emmanuel Levinas, Michel Houellebecq, André Malraux, André Gide, Jean Cocteau, Romain Gary, Julien Gracq, Patrick Modiano, Michel Onfray (Michel Onfray!) ... et je ne parle pas des références de la télé. Thierry Ardinsson et Michel Pollack (on est remonté loin, au temps des dinosaures). Il a écarté Elena Ferrante proposée par la journaliste, en arguant du fait  n'est pas une vraie écrivain, et l'a remplacé par Amélie Nothomb, pour peut-être, inconsciemment, cité toute de même une femme.
N'a-t-on que ça (ces noms d'hommes uniquement) comme exemple sous la main? 

Je lis Les Echos du début à la fin les jours où je prends l'avion. Le 8 mars, journée de la Femme, ou des Femmes, ou des droits des Femmes (bref c'est selon) j'ai fait un décompte simple en lisant Les Echos, un décompte bien plus simple que le nouvel index d'égalité salariale dans les entreprises en vigueur depuis le 1er mars (et plutôt bien cet index) : 
  • 53 photos sont publiées sur l'ensemble des pages, cahier spécial compris, hors publicité
  • 24 photos sont des photos d'hommes, et leur nom est cité pour 15 d'entre eux
  • 5 photos de femmes, dont 2 seulement avec leur nom, forcement c'est dans le "carnet" et le "portrait". Toutes les autres, sont des photos pour illustrer le sujet : une petite fille pour illustrer l'inégalité des chances à 'école, des femmes pour illustrer... encore une fois "illustrer"  
  • il y a plus de photos "autres" (24 photos) : de machines, d'usines, de bâtiements que de femmes.
Je ne crois pas du tout qu'il n'y ait pas de femmes à mettre en avant sur tous les sujets traités dans Les Echos, surtout un 8 mars, quand on fait une pleine page Inégalités hommes-femmes sans une photo. Alors que nos belles entreprises du CAC 40 ont publié leur indice d'égalité : nombreuses sont celles au dessus de 75. Qui l'eut cru?
Messieurs les chefs du CAC40 : il y a des femmes dans vos Comex, vous avez des femmes à des postes de responsabilité, faites-les parler dans les journaux, ou du moins montrer nous leur tête dans les journaux,  nous changera de ces hommes en costumes sombres, chemises unies et cravates assorties.

Et si, Monsieur Le Directeur de la Rédaction du Journal des Echos, vous manquez de références féminines, pour votre information vous pouvez commencer à chercher ici : https://expertes.fr

samedi 9 février 2019

On n'échappe pas aux clichés

Irene Jacob - Retour à Reims au Théâtre de la Ville

Notre abonnement au Théâtre de la Ville nous a amené voir la pièce "Retour à Reims", qui s'est trouvé faire le buzz. En juin, au moment du choix je savais à peine ce que j'allais voir, je suivais les conseils d'un collègue.
Retour à Reims de Didier Eribon, un ouvrage sociologique, qui ne se lit pas comme un roman, loin de là. Je n'ai pas lu Eribon, j'ai compris tout son propos en allant voir la pièce, en gros c'est ce que j'ai retenu de Bourdieu (les classes sociales) croisé avec Foucault (l'homosexualité).

La mise en scène est habile, en double jeu : on assiste à la lecture et mise en images du livre... 
Ça nous épargne les déambulations sans fin de Eribon dans les rues du lotissement de ses parents, ou ses allers-retours en train entre Paris et Reims. Des images du film (oui il y aussi eu un film) sont d'ailleurs projetées en illustration du texte lu par Irène Jacob.

Irène Jacob. Vous vous souvenez ? Rouge, la Double Vie de Véronique. 
C'est la même. La même présence, la même voix chaude et enveloppante. La même avec quelques années de plus. Comme nous. Non, pas exactement comme nous, mieux que nous.
Le texte est remarquablement mis en valeur, une voix de femme sur une autobiographie masculine donne une autre dimension, on oublie aussitôt que c'est une femme qui porte l'histoire d'un homme.
Toute la première partie est captivante, jusqu'à ce que le metteur en scène - le fameux Thomas Ostermeier - se dise qu'il faut qu'il se sorte des clichés.
L'actrice est une femme blanche, une intellectuelle, le metteur en scène est un intello gaucho blanc et le gars qui leur loue le studio d'enregistrement est un grand black. 
Le metteur en scène a voulu montré que l'homme blanc n'est pas un donneur de leçon à la femme, c'est la femme qui a raison quand il s'agit de sublimer le texte. Il lui dit même "ah je te fais du mansplaining" et explique ce qu'est le mansplaining! C'est fou.

Il a voulu montrer que même quand on est black et qu'on habite en banlieue (la femme se plaint de devoir faire une heure de bus pour y arriver depuis Paris) on sait faire des choses : on a droit à deux chansons Rap (peut-on parler de chanson quand c'est du rap?), il est "chef d'entreprise , le studio lui appartient il nous le rabâche. Et surtout il est intégré, la preuve : son grand père était un tireur sénégalais.
La pièce s'égare un peu sur l'histoire des tireurs sénégalais, ces "vrais français de couleur", sur le rap, sur le faux interêt que montrent les deux intellos français à leur pote black.
Et au milieu de tout cela des images des gilets jaunes. Le metteur en scène cherche à rentrer dans l'histoire du théâtre en étant le premier à porter à 'écran les Gilets Jaunes?

A trop vouloir combattre les stéréotypes que l'on porte en soi, on se noie dans les clichés.
Moi c'est le moment où je me suis perdue, j'ai piqué un petit somme.

samedi 2 février 2019

L'air con




Je suis perdu dans tes yeux
Tes yeux qui battent des ailes
Qui font de l'ombre au bon Dieu
Et des clins d'œil au soleil
Je vole à côté de toi
J'ai presque plus peur du vide
Car ça brûle au fond de moi
D'un feu de joie dans le bide
Je bouillonne à petit feu
Comme pour une insolation
Je rougis

Je suis tellement amoureux
Que j'en ai l'air un peu con
Mais tant pis

Je suis perdu dans ta bouche
Comme une bouteille à la mer
Comme un clodo sous la douche
Comme un soleil en hiver
Je nagerai dans tes eaux 
Jusqu'au comptoir de mes rêves
C'est ma langue sur ta peau
À l'abreuvoir de ta sève
Je me regarde la queue 
Comme ça avec les yeux ronds
L'air ravi

Je suis tellement amoureux
Que j'en ai l'air un peu con
Mais tant pis

Je suis perdu dans ton cœur
Mais alors là j'y vois rouge
Au tourbillon de ma peur
Du jour où faudra que j' bouge
Il parait que plus on aime
Plus ça peut nous faire du mal
J' vois là un sacré dilemme
Mais tu me dis qu' c'est normal
Qu'il faut profiter au mieux
De la vie tant que c'est bon
Et moi j' me dis

Je suis tellement amoureux
Que j'en deviens un peu con
Et tant mieux

L'air con - Imbert-Imbert


Découverte d'hier soir. Le théâtre en bas de chez nous, nous reserve régulièrement des surprises, on en repart avec des pépites.
C'était le cas hier soir, avec Cinq. Cinq chanteurs, auteurs-compositeurs, chanson française, dont Imbert Imbert.

Imbert-Imbert a un look improbable, de punk de 40 ans, ce qu'il reste d'une crête quand la calvitie ne fait plus que guetter mais s'est installée. Il a une voix incroyable, des textes poétiques et crus par endroits, à faire rire les enfants, et rougir les mamans.
Et surtout Imbert-Imbert a une contrebasse.
Il fait corps avec.
Il est sa contrebasse.
J'aimerai être sa contrebasse par moment.

A écouter vivement, il est sur Spotify ici


dimanche 27 janvier 2019

L'art du dîner


"They come in,"  he said, "we take their coats. Everyone talks in a big hurry, as if we didn't have four long hours ahead of us. We self-medicate with alcohol. A lot of things are discussed, different issues. Everyone laughs a lot, but later no one can say what exactly what so witty. Compliments on the food. A couple of monologues. Then they start to yawn. They say "we should think about leaving, huh?" and we politely look away, like they 've just decided to take a crap on the dinner table. Everyone stands, one of us gets their coats, peppy goodbyes. We all say what a lovely evening, do it again soon, blah-blah-blah. And they leave and we talk about them and they hit the streets and they talk about us".

The dinner party and other stories - Joshua Ferris


Excellent recueil de nouvelles, un peu déjanté et drôle ! Drôle, que j'en ris toute seule, comme c'est suffisamment rare avec un livre, pour le signaler.

Pour en revenir au diner, on connait tous ça. Le dîner où tu va bien habillée, avec des fleurs (même les fleurs j'évite, je préfère les livres, les confitures ou un vrai bon truc que j'ai aimé), où on sait d'avance comment ça va se passer, où tu sais que tu vas un peu t'ennuyer, où il ya comme un air de déjà-vu, déjà-vécu, conventionnel où il faut aller. Où le mieux qu'il puisse arriver est une bonne surprise un moment de franche rigolage ou de franche engueulade. 
Ce qui arrive peu en vérité.
J'invite des gens parce que je sais qu'on va se marrer, qu'on a des choses à se dire, que l'échange n'est pas la comparaison de nos vies, mais qu'ils parlent de nos vies, de leurs hauts et de leurs bas, de ce qui nous anime, de ce qui nous touche, de ce qui est intime. 
Il m'arrive de refuser des invitations quand je sens le parisianisme poindre. Evidemment, ce n'est pas forcement bien accueilli et en général, ca fait vite du ménage!

J'en ai fini avec les dîners polis et mondains. La vie est trop courte pour s'imposer ça.




L'année nouvelle doit-elle obligatoirement être synonyme de renouvellement?

NYC - décembre 2019
Le rituel des voeux, comme beaucoup de rituels, me donne d'abord la migraine pour me ré-interroger chaque année sur son sens, et je finis par envoyer des voeux, de façon ciblée, contextualisée, là où ça me semble important et avec qui il me semble que c'est "juste". Pas de mail général, encore moins de SMS.
Et dans le rituel du bilan et des perspectives, j'arrive toujours à imaginer un truc qui m'amuse, ne serait ce que parce que je le pratique avec mes clients. L'exercice est vertueux.
Pourtant je peine à me l'appliquer cette année.
En relisant ce que j'ai mis l'année dernière, je me rends compte que j'ai lâché prise, et j'en constate en partie les effets : je bosse mieux tel que je le souhaite, j'arrive à avoir un rythme qui me convient mieux dans l'ensemble, avec des clients peut-être plus ciblés, que j'y mets moins d'efforts et que ça se passe bien parce que c'est plus juste.

Mais des questions demeurent, qui, si elles prennent une autre formulation, reflètent le même fond.
Est-ce que ce que j'apporte a de l'impact, dans le "bon" sens ? Est- ce que les gens en sortent plus conscients de qui ils sont, plus éclairés de ce qu'ils font et pourquoi ils le font, et plus impliqués dans leur action car porteuse de sens en soi?
Est-ce que j'opère au bon endroit? Est-ce que l'entreprise est le bon endroit? D'autres modalités auraient-elles plus d'impact?
Est ce que je me vois faire ce que je fais encore pendant 15 ans au moins?
Je n'ai pas la réponse et je doute que 2019 me le donne.

Je vois poindre les doutes de la cinquantaine approchant.
Je vois aussi qu'une forme d'équilibre est atteint, et que j'ai du mal à juste en profiter. 
Je suis confortable et que j'ai peur de m'engourdir dans mon confort.

Et pourquoi 2019 ne serait elle pas l'année du confort?
Et si je devais juste renouveler ma garde robe? ou ma bibliothèque? Et même ça. Pas utile. Much a do about nothing.
J'ai déjà renouvelé mon scooter et mon électroménager, après quinze années de bon et loyaux services. 
Ca suffit comme renouvellement.

En 2019, 
Rien de neuf
Je ne change rien.