jeudi 30 août 2018

Regarder passer l'été #7 - ça sent la fin

terrasse qui me tend les bras - Riga août 2018

Albert Einstein écrivait déjà il y a un demi-siècle : 
« La raison la plus motivante de travailler se trouve dans le plaisir que l'on y trouve, dans le plaisir du résultat atteint, et dans la connaissance de la valeur de ce résultat pour la communauté. »

C'est vrai que je vois mal le résultat de mes vacances sur la communauté, si ce n'est que j'ai encore plus lu que d'habitude - libraires et auteurs sont contents, que je passe plus de temps sur les terrasses de café et dans les restau, et que je me fais un nombre inconsidéré de musées et d'expos.
Peut-être qu'alors il faut que j'envisage de créer mon propre boulot en me faisant financer par un consortium ministère de la culture et agroalimentaire?
Dommage Hulot n'est plus là, en réfléchissant un peu j'en aurai fait un projet idéal pour l'Ecologie (qui aurait supplanté ses déboires glyphosate et nucléaire).


dimanche 26 août 2018

Regarder passer l'été #6 - lectures féministes

lecture de voyage

Dans mes lectures de l'été : Journal d'Irlande, Carnet de pêche et d'amour de Benoite Groult.
Citée partout, tout le temps comme une femme d'avant garde "une féministe".
Elle est probablement une pionnière, elle y a réfléchi, elle a écrit dessus et elle a beaucoup de mérite à être arrivée là où elle est arrivée avec le compagnon qu'elle a eu! Un vrai boulet, un vrai patriarche.
Pas du tout une vie de "féministe" : pas de symétrie dans le couple qu'elle formait avec Paul Guimard, pas plus avec son amant qui était dans l'excès inverse (à son service). 
C'est comme ça qu'elle atteignait l'équilibre probablement : en moyennant les deux extrêmes.

J'aime beaucoup ses romans, son carnet m'a étonné en dévoilant une femme encore "soumise" par certains aspects, en tout cas pas aussi libre que ce qu'elle écrit pour et sur les femmes dans ses livres, essais et articles.
Son écriture est concise (c'est un carnet), et relevée, directe parfois abrupte.
J'ai de nouveau envie d'aller en Irlande, j'ai presque envie d'avoir une maison là-bas après avoir lu ses pages. 
J'ai besoin de plusieurs vies pour aller m'installer partout où ce que je lis me donne envie de vivre.

Elle parle d'Elisabeth Badinter (plus jeune de 24 ans) :
" Elisabeth lit sans cesse. Ne se baigne pas avec Robert. Refuse la moindre promenade et même le moindre pas ! Reste dans sa chaise longue avec le journal de Cocteau. Je l'ai vue récemment sur TF1. Elle me réjouit : ma relève est assurée, ô combien. Elle énonce des énormités, avec des yeux si clairs et son visage si pur que les gens sont pris à contrepried. Elle est le contraire d’une sorcière : ils ne se méfient pas. Elle est pire pourtant ! Quand elle sourit, soudain elle est délicieuse. Et elle vous annonce que les femmes ont maintenant appris à se passer des hommes, pour faire des enfants et même les élever et que c’est bien plus agréable que de les supporter, quand on ne les estime plus."
Journal d’Irlande – Benoite Groult

En parallèle, je lis le numero special des Inrock "Littératures féministes", et je découvre (pardon!) les féministes américaines. Notamment Nancy Fraser, qui a déplacé le sujet du  féminisme sur le terrain de la justice sociale : son obsession est de "comprendre la société en totalité, de manière structurelle" et s'intéresse alors la reconnaissance et la rétribution.
Selon Nancy Fraser " le modèle statutaire repose sur l'idée que ce qui mérite reconnaissance ce ne sont pas les identités de groupe, mais la position égale des partenaires dans l'interaction", qu'elle nomme "parité de participation".
Point de vue passionnant, que je vais creuser de ce pas, d'abord en regardant les vidéos de Nancy Fraser (youTube, j'ai enfin fait des playlist à regarder - quelle femme connectée je deviens!) et en allant de ce pas commander son livre phare traduit en français le féminisme en mouvement.

La parité de participation, un concept qui à mon avis s'applique partout : dialogue social dans l'entreprise, démocratie sociale, ou tout lieu où il doit y avoir discussion et négociation (c'est à dire participation de plusieurs parties prenantes).
Découverte de l'été!


Avant la parité de participation

Germaine Tillon devant sa bibliothèque en 1970
Petit préalable, il me semble à la parité de participation : la politique de la conversation de Germaine Tillon

"Une politique de la conversation : s’asseoir autour d’une même table, se regarder l'un, l’autre dans les yeux, adresser la parole à l'autre pluis l’écouter, être prêt à se mettre provisoirement à sa place pour mieux la comprendre. Parier donc sur notre commun humanité  plutôt que la fidélité au groupe."

Les insoumis, la partie sur Germaine Tillion - Tzetan Todorov

On y parle aussi de la fidélité au groupe, et de l'humanité. Vivre ensemble et tous singulier, tous différents. Travailler à ce qui nous rapproche, aborder nos différences comme une complémentarité, évoquer nos intentions comme des objectifs personnels qui viseraient nous grandir sans annihiler l'autre.
Je vois une infinité de liens avec ce que toutes mes activités professionnels de médiation en entreprise, d'accompagnement, de renouvellement du dialogue social...

Vive la rentrée? 

samedi 25 août 2018

De l'autre côté du mur #6 - Beurre sur toutes les tables

Beurre sur toutes les tables - Pub soviétique
Comme les soviétiques n'en étaient pas à une contradiction près, il y a des publicités pour des produits qui ne sont pas disponibles en magasin. Avec variations de couleur et nuance du message, le tout dans une grande homogénéité du visuel.
Ah, pardon, ça s'appelle de la propagande.

Tout le monde aime le fromage - Pub soviétique

















De l'autre côté du mur #5 - Tallinn


Tallinn
Tallinn est une capitale à portée de pas.
L'Estonie est un pays tout petit, à notre échelle.

Ville du moyen-âge, riche du commerce hanseatique, elle est bien entretenue, plaisante, vivante.
Envahie par les hordes qui descendent des gros bateaux de croisières. A certaines heures, elle est indigeste et insupportable.
On a en compté 8, de ces gros bateaux ce jour là, qui stationnaient dans la baie.
Pour 6000 passagers à chaque fois, c'est 50 000 personnes qui se déversent dans la petite capitale.
Noyés dans des flots d'italiens, puis bousculés par des chinois et heurtés par des allemands, on a cru devenir dingues, impolis presque violents. Submergés et dégoûtés du tourisme de masse, auquel nous appartenons aussi à ce moment là.

Nous avons refait notre balade le soir, la ville nous appartenait à ce moment là, reconciliation immediate avec la beauté des lieux, l'esprit slave et le côté suranné des rues. A user de nouveau nos semelles et nous tordre les chevilles sur les pavés médiévaux.
On a évité le musée de l'occupation er la visite de l'ancien site du KGB (vus déjà à Riga), mais épuisé chaque facade de Guildes, chaque histoire de bâtiment, goûté au Marzipan et bu la bière de la micro brasserie.

Dans la ville de la gastronomie slave et du renouveau culinaire estonien, on s'est fait trois soirées de junk food, coincés entre le manque d'envie de chercher un restaurant, la lassitude de préparer le repas et l'envie de donner une leçon aux iTeenagers qui ont fini par réclamer des légumes!

Bouée (Buoy) sur le lac qui fait frontière avec la Russie
Superbe musée maritime : qui eu cru que je dirai ça un jour! Moi qui n'ai pas le pied marin et qui ai mal au coeur dès que ça tangue? Lennusadam Seaplane harbour. Dans d'anciens hangars pour hydravions.
Une mise en scène étonnante à la fois thématique et historique de ce qui touche à la baie de Tallinn, à l'histoire maritime et à la guerre. Fascination de mes iGars pour les armes, ils ne sont pas les seuls, tous les hommes en visite aussi. Toutes sortes d'engins de guerre  - du tank au missile sol-air ou sol-mer - étaient présentés, installés et pouvaient étre manipulés.
Mais aussi des ice-boats, et des brise-glaces... et un peu d'histoire d'occupation aussi. C'est toute leur histoire du siècle passée.

"Lait pour tous"  - Pub soviétique



Puis enfin le Kumu : le musée d'art moderne à l'autre bout de la ville.
Après le palais de la Grande Catherine, il faut passer le palais présidentiel - pas de gardes, peu de voitures, absence totale de tralala - on découvre ce bâtiment moderne, comparé dnas les guides à notre Beaubourg Parisien.
Une expo contemporaine sur le thème Archéologie de l'écran, inintéressant, le sens nous a échappé.
En revanche, tout un étage fascinant sur l'art sous l'occupation soviétique. Comment créer, s'exprimer, produire en restant libre sous la censure?
Rien à voir avec ce que font les artistes chinois (qui sont eux pour le coup perdus pour la cause artistique), un vrai sens caché par moment il me semble.





vendredi 17 août 2018

Regarder passer l'été #5 - Little america

A lire sans modération

L'été c'est aussi lire.
Encore plus que d'habitude.
Prendre plaisir (comme d'habitude) à aller chez le libraire
Faire un choix sélectif (encore plus que d'habitude)
A emporter dans la valise
En livres de poche, épais et si possible passionnants.

Little America de Henry Bromell.
Je l'ai fini très (trop) vite.
Addictif, impliquant et immersif.
C'est entre le roman d'espionnage et la quête autobiographique.
Ça ressemble à un John Le Carré qui se serait confié,
C'est une enquête recursive, le fils qui espionne le père espion.
C'est une quête celle d'un homme qui recherche l'enfant qu'il a été.
C'est une histoire de famille dans la guerre froide
Qui espionne qui,
C'est une histoire de loyauté, perdue, retrouvée, toujours éprouvée
C'est l'histoire d'une vie qui rencontre l'histoire, sans savoir qui a la majuscule Vie ou Histoire?

D'une phrase à l'autre on change de lieux, d'époques et de points de vue.
Henry Bromell revisite le Bien à l'Américaine
Doute de ce qui est Bon pour le Monde
Quand les Américains faisaient l'Histoire
Surtout par peur du communisme, qu'ils voyaient partout.

Henri Bromell a peu de livres son actif : quatre titres
Et seuls deux sont traduits en français.
Il est cependant le scénariste de Homeland
On ne lira plus rien de lui, il est mort en 2013.



jeudi 9 août 2018

De l'autre côté du mur #4

Ile de Saarema - Estonie
De l'autre côté du mur, on remplit notre frigo avec des baies : des grosses myrtilles, des petites myrtilles (qui n'ont pas le même nom), des framboises et des harengs.
De l'autre côté du mur, les plages sont vides, le sable est fin, la mer est plate et chaude.
De l'autre côté du mur, on peut manger à toute heure dans les cafés et les restaurants, et faire ses courses qu'à 22h
De l'autre côté du mur, le pain est noir, avec un léger goût de réglisse, les cornichons sont doux presque salés,
De l'autre côté du mur, on conduit avec les feux même le jour.
De l'autre côté du mur, on ne sait pas lire, on ne peut rien deviner à ce qui est écrit.
De l'autre côté du mur, tout est traduit en russe, partout, tout le temps.
De l'autre côté du mur, il y a aussi des moustiques.

Regarder passer l'été #4

Valgaudemar
Après le camping, il y a une autre expérience pour aller plus loin.
Pour mes ami(e)s parisien(ne)s.
Plus loin que les douches communes.
Plus loin que les WC collectifs avec cloisons de séparation.
Plus loin que les voisins que tu croises au saut du lit, avant ton café.

Il y a le refuge.
Le refuge : table collective, plat à partager, je passe sur WC et douches collectives ....et DORTOIRS!
  • dortoir : nom masculin, grande salle où l'on couche, garnie de plusieurs lits et qui se trouve dans les communautés religieuses, les maisons d'éducation ou dans certains hospices
    • par analogie : regroupement d'animaux qui dorment ensemble
Mais ne vous inquiétez pas, l'expérience est graduelle. On ne passe pas dire directement de "j'arrive tranquille de ma petite montée avec mon sac à dos" au " je dors à côté d'inconnus qui ronflent et puent des pieds".

Quand tu arrives au refuge, soufflant, suant, rouge et pas au meilleur de ton parfum, on ne te donne pas un numéro mais un casier. Le sac à dos reste au vestiaire, tu as un petit panier pour mettre les affaires que tu veux monter au DORTOIR. Si tu as oublié tes tatanes, il y en a disposition pour circuler dans le refuge et sur la terrasse (pas dans l'herbe, pour éviter d'introduire des punaises de lit...). Ah le concept des punaises de lit...toute une histoire (pour une autre fois!).
J'insiste : des tatanes collectives, multi-utilisateurs, enfilées par des marcheurs avant la douche...
Nous, on avait les nôtres.

La douche : à jeton, tu mets ton jeton et l'eau coule pendant 5 minutes. Tu ne règles ni la température ni le démarrage. C'est le seul endroit où il ya de l'eau chaude. 
Sinon, c'est eau froide. Faisable aussi, ça réveille, ça revigore, ça conserve, ça raffermit les chairs.
Je suis trop veille pour ça. J'ai déjà pris mon quota de douches froides sous un pommeau ou dans un lac de montagne.
L'après midi sur la terrasse te permet de jauger les gens avec qui tu vas devoir te mettre à table, passer la soirée, et peut-être aussi ta nuit. Tu évites le gars qui fait du trail et qui t'explique dans le détail ce qu'il a dans son sac (13kg plus 2 litres d'eau) et te raconte minute par minute son ascension et ce qu'il mangé ; le groupe de 4 gars qui en sont à la ... quatrième (?) bières ; le trio du mec qui parle tout le temps avec la nana aux dents de cheval qui glousse et le 3ème larron chauve, gros et asthmatique... Bref, moi j'évite tout le monde. 
Ca tombe bien, nous sommes un groupe de 7, à table on occupe TOUTE la table. 
Le hic c'est le dortoir.

L'avantage du refuge "de luxe" et gentiment bobo c'est que le repas est bon, presque bio, avec des produits locaux. Ils font eux-mêmes le truc qu'ils te servent à l'apéro... 
La soirée traîne en regardant le soleil se coucher sur les montagnes, le mec qui parle beaucoup prend une guitare et chante bien - au moins pendant ce temps il ne parle pas. A 22h, il s'arrête de chanter, pour ne pas réveiller ceux qui veulent dormir parce qu'ils se lèvent tôt pour faire une grande randonnée. 
L'autre avantage du refuge de luxe, c'est que les vrais alpinistes, ceux qui se lèvent tôt pour faire une (vraie) ascension (et qui puent des pieds) n'y viennent pas.
A 22h, nous aussi on se dit qu'il faut rejoindre notre dortoir, parce que nos compagnons de dortoir ont peut-être envie de dormir.  
Le troisième avantage du refuge de luxe, c'est que ce sont des petits dortoirs, le nôtre est de neuf lits :  nous avons donc un couple avec nous. Qui lit à la lampe de poche quand on arrive. Un couple qu'on a croisé tout l'après midi dans la montée, doublé, redoublé, dépassé, redépassé dans un sens et dans un autre. Lui barbu qui monte vite, presque en courant, avec ses batons; et qui s'arrêtent de temps en temps, fait tremper se pieds dans le ruisseau en attendant elle, qui met péniblement un pied devant 'autre, soufflant commune baleine, toute seule tout le temps. remake du lièvre et la tortue. Nous sommes la tortue dans l'affaire, arrivés bien avant eux.On s'est même demandé longtemps si c'était un couple. Des frère et soeur? Angus et Julia Stone de la montagne?

A notre entrée dans le dortoir, elle a chuchoté à son gars "on devrait leur dire qu'ils peuvent allumer la grande lumière?". On n'a pas entendu sa réponse à lui, mais on s'est déshabillé dans le noir, ce qui est finalement pratique. 
Ils n'ont pas ronflé, ils ne puaient pas de pieds. 
Nous, on en a un qui gémit quand il s'endort, un autre qui lui crie dessus parce qu'il fait trop de bruit, et une troisième qui parle dans son sommeil. 
Au petit matin, ce qu'on pense être un couple s'est réveillé en silence, habillé en silence et en moins de temps qu'il en faut pour nous réveiller ils avaient plié leurs affaires et étaient descendus déjeuner. 

Finalement la nuisance du dortoir, ce devait être nous.

refuge de Vallonpierre



mardi 7 août 2018

De l'autre côté du Mur#3

Parc de Sooma

Bog pool - for swimming
Aujourd'hui, baignade dans les tourbières.
L'eau est noire, le fond n'est pas visible.
Pas d'algues, pas de d'organismes vivants
La peau a une couleur jaunâtre pendant la nage
Pas pied, et on n'ose pas aller toucher le fond.

Boardwalk for walking
On se baigne tout nu, évidemment
On n'a prévu ni maillots de bain, ni serviette
Personne aux allant-tours, ni vus ni connus
Un rayon de soleil nous sèche ensuite.

La peau toute douce avec le pH légèrement acide
Revigorant, et troublant de se tremper là.



lundi 6 août 2018

De l'autre côté du Mur #2

En allant vers la Baltique, vue d'Estonie
Parnu

La mer baltique est noire!


Sombre
Et plane.

















Parnu



Charmante dans le soleil couchant
Elle cherche à attirer le chaland
Avec ses bancs à disposition 
Histoire de s'assoir
Regarder et profiter.




La Baltique - côté Lettonie

De l'autre côté du mur #1

Café à Riga

Pays baltes.
"Pourquoi cette destination?" nous a-t-on demandé maintes fois?
Parce qu'on ne connait pas.
Parce que je ne sais rien de ces pays, je les melange allègrement.
Je n'ai aucune image ni de villes, ni de paysages, ni d'éléments de culture. 
Aucun imaginaire associé, juste quelques stéréotypes de maffieux russes.

On commence par Riga, capitale de la Lettonie.
Moins de 3 heures de vol. Mais de l'autre côté du mur.
Je suis née avec la RDA, j'ai connu les CCCP sur le dos des gymnastes aux JO,  j'ai appris les pays satellites, et si je n'étais pas née au Printemps de Prague j'ai été  fascinée par Vaclav Havel ce poète qui a détricoté la Tchécoslovaquie dans le calme.

De l'autre côté du Mur, aujourd'hui, ça ressemble à chez nous. On y paie en euros, notre carte bancaire marche partout, y compris sans contact.
Et le voyage commence sous de bons auspices "ma valise sort en premier!" crie notre dernier près du tapis bagage à l'aéroport!.

Notre hôtel est au fond d'une cour, sur les 4 derniers étages d'un immeuble qui en compte 7. L'ascenseur ne monte que jusqu'au 5ème, le reste se fait pied. Hauteur sous plafond toute soviétique, croire qu'ils ne payaient pas le chauffage. L'hôtel est censé être Art nouveau. C'est un mélange entre soviétique et Art Nouveau : des couloirs interminables, des grands espaces collectifs inutilisés (voire inutiles?).
Notre chambre (catégorie Luxe) est très chouette : grande, dotée d'un jaccuzzi, avec un balcon et une belle vue sur la ligne des clochers et autres toits de la ville.






On déjeune à l'abri la pluie sur une terrasse de restaurant. Service nonchalant et efficace (est-ce possible?), mais surtout repas excellent et si peu cher! Filets de harengs, soupe de poisson, dessert copieux et cuisinés. L'endroit est chouette, la clientèle aisée entre banchée et installée, le moment agréable.
Longue promenade dans la ville, sans grande stratégie touristique. des terrasses de cafés accueillantes fleuries, cosy, arty, bondées, bruyantes... autant de choix selon nos humeurs, nous tendent les bras à chaque coin de rue.
La rue Art Nouveau à la hauteur de sa réputation : les façades se suivent et ne se ressemblent pas.
On croise nos stéréotypes  : des hommes patibulaires, âgés, baraqués, certains tatoués, accompagnés de jeunes femmes, blondes aux ongles roses dans d'énormes SUV noirs... On coche la case "maffieux russes". 
Deux langues se côtoient à nos oreilles : des sons qu'on ne reconnait pas, le letton, et le russe, plus familier.


Le petit-déj de notre hotel est excellent et pléthorique : des harengs marinés aux pancakes à la mode lettone (probablement cuits dans du saindoux), en passant par toutes les variantes de charcuterie, de fromages aigre-doux et de pickles.

Le 2ème jour est une visite systématique de la vielle ville et de ses façades moyenâgeuses, et de TOUTES les églises. Visiter les églises un dimanche matin a l'avantage de les voir remplies de leurs pratiquants. L'église orthodoxe est la plus stricte: j'emprunte la casquette d'un de mes fils pour me couvrir la tete et mon iFille en short reste dehors. En plein office, les gens sont debout en rond, beaucoup de femmes, jeunes et des enfants. Ils se signent trois fois en sortant. Tout ceci reflète une grande ferveur, avec moins de formalisme que dans nos cérémonies catholiques;

Puis les musées du jour : l'ancien ghetto juif et la déportation, le musée de l'occupation, et le lendemain le bâtiment de l'ancien KGB. Un voyage très gai et léger.
Un vrai travail de mémoire et d'histoire a été fait, rassembler les informations, collectés les détails de vie, les noms, les dates, les lieux. Aucune mise en scène pour en faire un musée. 
Ce pays n'a connu au 20eme siècle que l'occupation soit nazi soit russe. Choisir entre la peste et le choléra. A peine indépendant au debut du 20eme de l'Allemagne elle se retrouve sous le joug des bolcheviques, puis "libéré" par les Nazis en 1941 et à la libération de nouveau sous la coupe de l'URSS jusqu'en 1991.
Plusieurs générations qui ne savent pas à quels saints se vouer... Qui croire? Que penser? Surtout quand on est coupé du monde.

Entre les deux, pour supporter le lot des atrocités : pique nique au marché couvert, où on achète en désignant du doigt, nous sommes incapable de lire ou deviner le letton. Des zakouskis à la pomme de terre (très légers!), aux épinards, aux lard, de la choucroute froide, des carottes en saumure et des gros cornichons aigre doux. On trouve du "hamp butter", gouté hier au restau - un régal -  et du pain dense avec des graines de chanvre, tout aussi délicieux.
Pause dans la thea house d'un parc et bière dans un café branché. N'oublions pas que ce sont les vacances.

Le ciel éclate le soir. Eclairs et tonnerre, déchainement des éléments, rides de pluie que nous regardons depuis notre balcon, avec delectation.

vendredi 3 août 2018

Regarder passer l'été #3 - en haut

Vallonpierre, au petit matin

La haute montagne est un monde demeusuré qui, à la différence de la pampa ou du desert, possède à la fois l’immensité et la monumentalité. Ce monde n’est plus le nôtre et son échelle des grandeurs n’est plus la nôtre. La verticalité y a plus d’importance que les deux autres dimensions. Les mots n’ont plus le même sens : les pentes, les montées ne sont pas des horizontales imparfaites, mais des verticales adoucies. Il n’y a plus d’odeurs, plus de couleurs, le marron du rocher, le blanc de la neige dévilatisent notre palette. La voluminosité du silence amortit les fracas les plus retentissants. L’énormité de ce nouveau monde s’impose bientôt comme normal au regard, car la montagne nos transforme. Elle ne prête pas à des effusions sentimentales. Oserai-je ajouter que l’alpiniste n’est plus un être sexué ? 
Il a mieux à faire.
Les hautes montagens n’appartiennent pas à notre terre avec ses collines, ses arbres, ses autos et ses maisons. Comme ces autres mondes que sont les nuages ou la mer, elles forment un monde à part, ou plutôt un chaos ; elles sont restées figées dans l’accident originel qui les a soulevées et fracassées. Cette unifomité dans l’uniforme nie l’existence de la vie ; on s’y réfugie quand les plaines se révèlent normales et limitées.

Et dans l’éternité je ne m’ennuirai pas  - Paul Veyne

Regarder passer l'été #2 - plein les mirettes


Hommage à la Chine

Arles, de nouveau.
Un rituel annuel.
Rien que tous les deux.
Photos, restau, luxe calme et volupté.
Chaleur et soleil,
Chaleur et sommeil.
Balade, expos, repos.

Je me perds encore dans cette ville
Après tant d'années à la parcourir
Aucun effort pour me repérer
Mon iMari est imbattable
Juste savoir où sont les librairies,
les bistrots, les petits tables, les bonnes glaces.
That 's enough.




Un semblant de fraîcheur


Hommage à René Burri


 

Hommage à mon iMari




  

                         Lieux détournés