vendredi 17 août 2018

Regarder passer l'été #5 - Little america

A lire sans modération

L'été c'est aussi lire.
Encore plus que d'habitude.
Prendre plaisir (comme d'habitude) à aller chez le libraire
Faire un choix sélectif (encore plus que d'habitude)
A emporter dans la valise
En livres de poche, épais et si possible passionnants.

Little America de Henry Bromell.
Je l'ai fini très (trop) vite.
Addictif, impliquant et immersif.
C'est entre le roman d'espionnage et la quête autobiographique.
Ça ressemble à un John Le Carré qui se serait confié,
C'est une enquête recursive, le fils qui espionne le père espion.
C'est une quête celle d'un homme qui recherche l'enfant qu'il a été.
C'est une histoire de famille dans la guerre froide
Qui espionne qui,
C'est une histoire de loyauté, perdue, retrouvée, toujours éprouvée
C'est l'histoire d'une vie qui rencontre l'histoire, sans savoir qui a la majuscule Vie ou Histoire?

D'une phrase à l'autre on change de lieux, d'époques et de points de vue.
Henry Bromell revisite le Bien à l'Américaine
Doute de ce qui est Bon pour le Monde
Quand les Américains faisaient l'Histoire
Surtout par peur du communisme, qu'ils voyaient partout.

Henri Bromell a peu de livres son actif : quatre titres
Et seuls deux sont traduits en français.
Il est cependant le scénariste de Homeland
On ne lira plus rien de lui, il est mort en 2013.



jeudi 9 août 2018

De l'autre côté du mur #4

Ile de Saarema - Estonie
De l'autre côté du mur, on remplit notre frigo avec des baies : des grosses myrtilles, des petites myrtilles (qui n'ont pas le même nom), des framboises et des harengs.
De l'autre côté du mur, les plages sont vides, le sable est fin, la mer est plate et chaude.
De l'autre côté du mur, on peut manger à toute heure dans les cafés et les restaurants, et faire ses courses qu'à 22h
De l'autre côté du mur, le pain est noir, avec un léger goût de réglisse, les cornichons sont doux presque salés,
De l'autre côté du mur, on conduit avec les feux même le jour.
De l'autre côté du mur, on ne sait pas lire, on ne peut rien deviner à ce qui est écrit.
De l'autre côté du mur, tout est traduit en russe, partout, tout le temps.
De l'autre côté du mur, il y a aussi des moustiques.

Regarder passer l'été #4

Valgaudemar
Après le camping, il y a une autre expérience pour aller plus loin.
Pour mes ami(e)s parisien(ne)s.
Plus loin que les douches communes.
Plus loin que les WC collectifs avec cloisons de séparation.
Plus loin que les voisins que tu croises au saut du lit, avant ton café.

Il y a le refuge.
Le refuge : table collective, plat à partager, je passe sur WC et douches collectives ....et DORTOIRS!
  • dortoir : nom masculin, grande salle où l'on couche, garnie de plusieurs lits et qui se trouve dans les communautés religieuses, les maisons d'éducation ou dans certains hospices
    • par analogie : regroupement d'animaux qui dorment ensemble
Mais ne vous inquiétez pas, l'expérience est graduelle. On ne passe pas dire directement de "j'arrive tranquille de ma petite montée avec mon sac à dos" au " je dors à côté d'inconnus qui ronflent et puent des pieds".

Quand tu arrives au refuge, soufflant, suant, rouge et pas au meilleur de ton parfum, on ne te donne pas un numéro mais un casier. Le sac à dos reste au vestiaire, tu as un petit panier pour mettre les affaires que tu veux monter au DORTOIR. Si tu as oublié tes tatanes, il y en a disposition pour circuler dans le refuge et sur la terrasse (pas dans l'herbe, pour éviter d'introduire des punaises de lit...). Ah le concept des punaises de lit...toute une histoire (pour une autre fois!).
J'insiste : des tatanes collectives, multi-utilisateurs, enfilées par des marcheurs avant la douche...
Nous, on avait les nôtres.

La douche : à jeton, tu mets ton jeton et l'eau coule pendant 5 minutes. Tu ne règles ni la température ni le démarrage. C'est le seul endroit où il ya de l'eau chaude. 
Sinon, c'est eau froide. Faisable aussi, ça réveille, ça revigore, ça conserve, ça raffermit les chairs.
Je suis trop veille pour ça. J'ai déjà pris mon quota de douches froides sous un pommeau ou dans un lac de montagne.
L'après midi sur la terrasse te permet de jauger les gens avec qui tu vas devoir te mettre à table, passer la soirée, et peut-être aussi ta nuit. Tu évites le gars qui fait du trail et qui t'explique dans le détail ce qu'il a dans son sac (13kg plus 2 litres d'eau) et te raconte minute par minute son ascension et ce qu'il mangé ; le groupe de 4 gars qui en sont à la ... quatrième (?) bières ; le trio du mec qui parle tout le temps avec la nana aux dents de cheval qui glousse et le 3ème larron chauve, gros et asthmatique... Bref, moi j'évite tout le monde. 
Ca tombe bien, nous sommes un groupe de 7, à table on occupe TOUTE la table. 
Le hic c'est le dortoir.

L'avantage du refuge "de luxe" et gentiment bobo c'est que le repas est bon, presque bio, avec des produits locaux. Ils font eux-mêmes le truc qu'ils te servent à l'apéro... 
La soirée traîne en regardant le soleil se coucher sur les montagnes, le mec qui parle beaucoup prend une guitare et chante bien - au moins pendant ce temps il ne parle pas. A 22h, il s'arrête de chanter, pour ne pas réveiller ceux qui veulent dormir parce qu'ils se lèvent tôt pour faire une grande randonnée. 
L'autre avantage du refuge de luxe, c'est que les vrais alpinistes, ceux qui se lèvent tôt pour faire une (vraie) ascension (et qui puent des pieds) n'y viennent pas.
A 22h, nous aussi on se dit qu'il faut rejoindre notre dortoir, parce que nos compagnons de dortoir ont peut-être envie de dormir.  
Le troisième avantage du refuge de luxe, c'est que ce sont des petits dortoirs, le nôtre est de neuf lits :  nous avons donc un couple avec nous. Qui lit à la lampe de poche quand on arrive. Un couple qu'on a croisé tout l'après midi dans la montée, doublé, redoublé, dépassé, redépassé dans un sens et dans un autre. Lui barbu qui monte vite, presque en courant, avec ses batons; et qui s'arrêtent de temps en temps, fait tremper se pieds dans le ruisseau en attendant elle, qui met péniblement un pied devant 'autre, soufflant commune baleine, toute seule tout le temps. remake du lièvre et la tortue. Nous sommes la tortue dans l'affaire, arrivés bien avant eux.On s'est même demandé longtemps si c'était un couple. Des frère et soeur? Angus et Julia Stone de la montagne?

A notre entrée dans le dortoir, elle a chuchoté à son gars "on devrait leur dire qu'ils peuvent allumer la grande lumière?". On n'a pas entendu sa réponse à lui, mais on s'est déshabillé dans le noir, ce qui est finalement pratique. 
Ils n'ont pas ronflé, ils ne puaient pas de pieds. 
Nous, on en a un qui gémit quand il s'endort, un autre qui lui crie dessus parce qu'il fait trop de bruit, et une troisième qui parle dans son sommeil. 
Au petit matin, ce qu'on pense être un couple s'est réveillé en silence, habillé en silence et en moins de temps qu'il en faut pour nous réveiller ils avaient plié leurs affaires et étaient descendus déjeuner. 

Finalement la nuisance du dortoir, ce devait être nous.

refuge de Vallonpierre



mardi 7 août 2018

De l'autre côté du Mur#3

Parc de Sooma

Bog pool - for swimming
Aujourd'hui, baignade dans les tourbières.
L'eau est noire, le fond n'est pas visible.
Pas d'algues, pas de d'organismes vivants
La peau a une couleur jaunâtre pendant la nage
Pas pied, et on n'ose pas aller toucher le fond.

Boardwalk for walking
On se baigne tout nu, évidemment
On n'a prévu ni maillots de bain, ni serviette
Personne aux allant-tours, ni vus ni connus
Un rayon de soleil nous sèche ensuite.

La peau toute douce avec le pH légèrement acide
Revigorant, et troublant de se tremper là.



lundi 6 août 2018

De l'autre côté du Mur #2

En allant vers la Baltique, vue d'Estonie
Parnu

La mer baltique est noire!


Sombre
Et plane.

















Parnu



Charmante dans le soleil couchant
Elle cherche à attirer le chaland
Avec ses bancs à disposition 
Histoire de s'assoir
Regarder et profiter.




La Baltique - côté Lettonie

De l'autre côté du mur #1

Café à Riga

Pays baltes.
"Pourquoi cette destination?" nous a-t-on demandé maintes fois?
Parce qu'on ne connait pas.
Parce que je ne sais rien de ces pays, je les melange allègrement.
Je n'ai aucune image ni de villes, ni de paysages, ni d'éléments de culture. 
Aucun imaginaire associé, juste quelques stéréotypes de maffieux russes.

On commence par Riga, capitale de la Lettonie.
Moins de 3 heures de vol. Mais de l'autre côté du mur.
Je suis née avec la RDA, j'ai connu les CCCP sur le dos des gymnastes aux JO,  j'ai appris les pays satellites, et si je n'étais pas née au Printemps de Prague j'ai été  fascinée par Vaclav Havel ce poète qui a détricoté la Tchécoslovaquie dans le calme.

De l'autre côté du Mur, aujourd'hui, ça ressemble à chez nous. On y paie en euros, notre carte bancaire marche partout, y compris sans contact.
Et le voyage commence sous de bons auspices "ma valise sort en premier!" crie notre dernier près du tapis bagage à l'aéroport!.

Notre hôtel est au fond d'une cour, sur les 4 derniers étages d'un immeuble qui en compte 7. L'ascenseur ne monte que jusqu'au 5ème, le reste se fait pied. Hauteur sous plafond toute soviétique, croire qu'ils ne payaient pas le chauffage. L'hôtel est censé être Art nouveau. C'est un mélange entre soviétique et Art Nouveau : des couloirs interminables, des grands espaces collectifs inutilisés (voire inutiles?).
Notre chambre (catégorie Luxe) est très chouette : grande, dotée d'un jaccuzzi, avec un balcon et une belle vue sur la ligne des clochers et autres toits de la ville.






On déjeune à l'abri la pluie sur une terrasse de restaurant. Service nonchalant et efficace (est-ce possible?), mais surtout repas excellent et si peu cher! Filets de harengs, soupe de poisson, dessert copieux et cuisinés. L'endroit est chouette, la clientèle aisée entre banchée et installée, le moment agréable.
Longue promenade dans la ville, sans grande stratégie touristique. des terrasses de cafés accueillantes fleuries, cosy, arty, bondées, bruyantes... autant de choix selon nos humeurs, nous tendent les bras à chaque coin de rue.
La rue Art Nouveau à la hauteur de sa réputation : les façades se suivent et ne se ressemblent pas.
On croise nos stéréotypes  : des hommes patibulaires, âgés, baraqués, certains tatoués, accompagnés de jeunes femmes, blondes aux ongles roses dans d'énormes SUV noirs... On coche la case "maffieux russes". 
Deux langues se côtoient à nos oreilles : des sons qu'on ne reconnait pas, le letton, et le russe, plus familier.


Le petit-déj de notre hotel est excellent et pléthorique : des harengs marinés aux pancakes à la mode lettone (probablement cuits dans du saindoux), en passant par toutes les variantes de charcuterie, de fromages aigre-doux et de pickles.

Le 2ème jour est une visite systématique de la vielle ville et de ses façades moyenâgeuses, et de TOUTES les églises. Visiter les églises un dimanche matin a l'avantage de les voir remplies de leurs pratiquants. L'église orthodoxe est la plus stricte: j'emprunte la casquette d'un de mes fils pour me couvrir la tete et mon iFille en short reste dehors. En plein office, les gens sont debout en rond, beaucoup de femmes, jeunes et des enfants. Ils se signent trois fois en sortant. Tout ceci reflète une grande ferveur, avec moins de formalisme que dans nos cérémonies catholiques;

Puis les musées du jour : l'ancien ghetto juif et la déportation, le musée de l'occupation, et le lendemain le bâtiment de l'ancien KGB. Un voyage très gai et léger.
Un vrai travail de mémoire et d'histoire a été fait, rassembler les informations, collectés les détails de vie, les noms, les dates, les lieux. Aucune mise en scène pour en faire un musée. 
Ce pays n'a connu au 20eme siècle que l'occupation soit nazi soit russe. Choisir entre la peste et le choléra. A peine indépendant au debut du 20eme de l'Allemagne elle se retrouve sous le joug des bolcheviques, puis "libéré" par les Nazis en 1941 et à la libération de nouveau sous la coupe de l'URSS jusqu'en 1991.
Plusieurs générations qui ne savent pas à quels saints se vouer... Qui croire? Que penser? Surtout quand on est coupé du monde.

Entre les deux, pour supporter le lot des atrocités : pique nique au marché couvert, où on achète en désignant du doigt, nous sommes incapable de lire ou deviner le letton. Des zakouskis à la pomme de terre (très légers!), aux épinards, aux lard, de la choucroute froide, des carottes en saumure et des gros cornichons aigre doux. On trouve du "hamp butter", gouté hier au restau - un régal -  et du pain dense avec des graines de chanvre, tout aussi délicieux.
Pause dans la thea house d'un parc et bière dans un café branché. N'oublions pas que ce sont les vacances.

Le ciel éclate le soir. Eclairs et tonnerre, déchainement des éléments, rides de pluie que nous regardons depuis notre balcon, avec delectation.

vendredi 3 août 2018

Regarder passer l'été #3 - en haut

Vallonpierre, au petit matin

La haute montagne est un monde demeusuré qui, à la différence de la pampa ou du desert, possède à la fois l’immensité et la monumentalité. Ce monde n’est plus le nôtre et son échelle des grandeurs n’est plus la nôtre. La verticalité y a plus d’importance que les deux autres dimensions. Les mots n’ont plus le même sens : les pentes, les montées ne sont pas des horizontales imparfaites, mais des verticales adoucies. Il n’y a plus d’odeurs, plus de couleurs, le marron du rocher, le blanc de la neige dévilatisent notre palette. La voluminosité du silence amortit les fracas les plus retentissants. L’énormité de ce nouveau monde s’impose bientôt comme normal au regard, car la montagne nos transforme. Elle ne prête pas à des effusions sentimentales. Oserai-je ajouter que l’alpiniste n’est plus un être sexué ? 
Il a mieux à faire.
Les hautes montagens n’appartiennent pas à notre terre avec ses collines, ses arbres, ses autos et ses maisons. Comme ces autres mondes que sont les nuages ou la mer, elles forment un monde à part, ou plutôt un chaos ; elles sont restées figées dans l’accident originel qui les a soulevées et fracassées. Cette unifomité dans l’uniforme nie l’existence de la vie ; on s’y réfugie quand les plaines se révèlent normales et limitées.

Et dans l’éternité je ne m’ennuirai pas  - Paul Veyne

Regarder passer l'été #2 - plein les mirettes


Hommage à la Chine

Arles, de nouveau.
Un rituel annuel.
Rien que tous les deux.
Photos, restau, luxe calme et volupté.
Chaleur et soleil,
Chaleur et sommeil.
Balade, expos, repos.

Je me perds encore dans cette ville
Après tant d'années à la parcourir
Aucun effort pour me repérer
Mon iMari est imbattable
Juste savoir où sont les librairies,
les bistrots, les petits tables, les bonnes glaces.
That 's enough.




Un semblant de fraîcheur


Hommage à René Burri


 

Hommage à mon iMari




  

                         Lieux détournés