mercredi 29 juillet 2020

Délocalisée


Par beau temps
En ces temps inédits - vous avez remarqué comme c'est devenu une expression consacrée? - je me délocalise plus au Sud, en prenant de la hauteur (1400 m d'altitude).
C'est mon nouveau bureau, pas très ergonomique un vieux pétrin comme table (c'est une table creuse où on pétrissait le pain dans l'ancien temps), je n'y passe pas les jambes dessous, la chaise en bois et paille, rien à roulettes et pas d'accoudoir.
J'ai devant moi un évier inutile depuis plus de 30 ans, des vieilles poutres au plafond et dans mon dos un stock de sacs à dos qui ont connus tous les sommets du coin et tous les fonds de vallées oubliées.
Mais j'ai la vue, le bruit de l'eau qui coule dans la fontaine, l'air qui flotte avec cette odeur de mélèzes et des gens qui passent devant ma fenêtre sans s'empêcher de me parler. 
On a été jusqu'à 10 à table, ça en fait des trucs à dire quand on passe devant une fenêtre ouverte.

Sous l'orage
Entre éclairs et coups de tonnerre, un déluge de pluie.
Le rythme est frénétique, contraste avec l'écoulement tranquille de la fontaine, les odeurs en sont brouillées,  et il fait toujours aussi  bon.
Je suis à l'abri de mon bureau, moins de passage devant ma fenêtre pour me raconter quelque anecdote.
Ca ne dure pas, en fin d'après midi, terre et ciel sont lavées. 
Nous marchons dans la tiédeur du soir, espoir!

Mais qui conseille ce Monsieur?

Dessin de Joan Sfar paru dans Liberation
Dessin de Joan Sfar paru dans Libération


Il disait "je veux faire différemment, j'irai chercher des personnes de la société civile"... et  il l'a fait, plus ou moins. Plutôt moins dernièrement.

Mais là? Comment a-t-il pu se louper à ce point?
Il avait un boulevard devant lui, il aurait été un héros, un pionnier, un explorateur, un novateur, un disrupteur... Il serait rentré dans l'Histoire, peut-être même juste avant de Gaulle. 
Sans compter qu'il s'assurait le vote des femmes, des féministes au moins, de tout bord.

Mais bon sang, pourquoi n'a-t-il pas nommé une femme comme Premier Ministre?
Il ne lit pas la Presse ce Monsieur? Personne ne la lit autour de lui?
Comment lui, et son aréopage des  conseillers ont-ils  pu passer à côté des 3 femmes qui ont fait l'Europe pendant le confinement ? Angela Merkel, Ursula von der Leyen et Christine Lagarde? 
Et comment a-t-il pu oublier que les pays qui s'en sortaient le mieux avaient une femme à leur tête? 
Does the name Jacinda Arden ring a bell? ou la Nouvelle Zélande est trop en bas à droite sur la carte du monde pour être vue, parce que le coin de la la carte est caché derrière le canapé?

Moi j'aimais bien son premier Premier Ministre,  celui qui surplombait tout le monde, qui savait regarder par dessus les grosses têtes qui l'entouraient, j'aimais bien son air déglingué, je le croyais tout droit sorti d'une bande dessinée de Joan Sfar.
A la place, il a choisi un type tout droit sorti d'un placard rempli de naphtaline, on dirait un technicien de la sécurité sociale, on s'attend à ce qu'il nous explique les directives gouvernementales et leur historique depuis la 2ème guerre mondiale en portant une cravate avec Goofy offert pas sa maman ...

Et alors le reste de ses choix! Ils ressemblent à Harvey Weinstein, physiquement ou dans les faits (le "ou" n'est pas exclusif), on s'attend à des scandales à la DSK. Oui je sais, la justice n'a pas fait son travail, ils ne sont pas (encore) coupables. 
Pour autant, il existe un  truc - sans parler de respect ou de décence - qui s'appelle principe de précaution... l'idée politique derrière est de ne pas mettre en avant des gens qui ont des casseroles,  quand il y en a tant d'autres qui sont au moins aussi compétents pour le job.

On peut se dire aussi qu'il a tout de même nommé des femmes ministres. Roselyne Bachelot, 73 ans (quelle audace!), et évidemment à la Transition Ecologique, à la Transformation Publique, à l'Egalité  et à la Diversité... parce que les femmes sont plus emphatiques certainement? La seule fonction régalienne confiée à une femme est l'Armée, mais on avait déja eu M. Alliot-Marie à un telle fonction, ce n'est donc en rien une novation. On a même eu C. Taubira à la Justice, qui elle n'avait pas de plaintes pour harcèlement ou viol à son actif.

Cette stratégie ne ressemble plus à de la politique au sens de la vie de la cité, en faisant entrer la société civile dans la gouvernance de la Cité, mais bien à de la Politique politicienne.

Mais qui conseille ce Monsieur?

Quelque chose me dit que ces conseillers sont des hommes....

dimanche 10 mai 2020

De quoi la "solidarité" est elle le nom?

Hans Hartung : "et en peinture il faut que tout soit juste : les lignes, les courbes, les formes, les angles , les couleurs pour former une image qui puisse durer, qui soit l'expression définitive d'un phénomène, d'une émotion"

Avec incertitude et résilience, c'est le troisième mot le plus en cours en ce moment.

On est tous prêts à aider, à donner un coup de main.  C'est du moins de ce qu'on (se) dit et c'est aussi ce  qu'on constate quand on voit l'engouement qu'a eu la "réserve civique", dès la première semaine de sa parution. Les demandes d'aide ont rapidement toutes trouvé les aidants adéquats.
J'ai moi-même fait des choses que je n'avais jamais faites auparavant.
Par exemple, je suis allée distribuer les commandes à la Ruche. Deux fois de suite, pendant 4 heures, dans une in-organisation (ie le contraire de l'organisation) qui a mis à mal tout mon sens pratique, m'a rongé pendant 4 heures et a testé aux limites ma capacité à rester polie et à ne pas toute reprendre en main. Dix ans que je suis à la Ruche, abonnée de la première heure, je n'étais jamais allée aider.  Il a fallu que la distribution soit sur la sellette par la mairie, pour que je contribue.
J'ai même hésité à aller donner mon sang, mais mon iMari m'a retenue, me rappelant cet épisode mémorable quand à 20 ans je me suis évanouie avant l'entrée de la salle "dons du sang", où je m'étais fièrement inscrite. Je pense qu'entre temps je ne m'évanouis plus, mais il n'a pas voulu prendre le risque: "en ce moment, ils ont suffisamment à faire". C'est juste.
J'ai aussi cherché le numéro de l'Ephad à coté de chez moi pour aller aider, et un collègue qui connait bien le milieu m'a avertie : "aucune chance qu'ils te laissent entrer en période d'épidémie, même pour faire la vaisselle".
Solidaire, j'avais l'impression d'être solidaire. 
Je crois qu'en fait j'avais envie d'être utile, d'agir. J'avais surtout besoin d'exister dans cette crise, de jouer un rôle. Je ne sauverai pas des vies, mais je contribuerai. Sous cet angle, c'est d'abord un acte égoïste. Pas encore du sauvetage, mais ça s'en approche. Ne pas confondre solidarité et besoin d'exister ou de reconnaissance.

Solidaire c'est aussi ce qui nous lie, avec quoi nous sommes en interdépendance.
L'Etat est solidaire en ce moment : il soutient les entreprises, l'Activité (avec un A Majuscule s'il vous plait), les plus "fragiles" (noter aussi que souvent quand on est considéré comme "fragile" on est moins considéré comme responsable pouvant faire seuls ses propres choix)...
Souvent, on accepte d'être solidaire si les autres le sont. On conditionne notre décision à celle de l'autre. L'Etat l'est. Comment le sommes nous en retour?

Le sommes-nous quand on accepte les aides publiques dont on n'est pas certain d'avoir besoin? Utiliser les aides de l'activité partielle (chômage) par "prudence face à l'avenir" est-ce une décision solidaire?
On peut se raconter que nous ne savons pas de quoi demain sera fait, et que l'écosystème a besoin de ce qu'on produit, qu'on est utile à l'Activité et donc que nous nous devons d'être encore là demain "par solidarité". Et que pour s'en assurer on utilise d'abord les aides de l'Etat et ensuite notre "matelas".  Notre matelas est certes dans nos réserves financières, il est aussi dans nos salaires, les plus hauts, ceux qui pourraient accepter par solidarité de les baisser sans que leur train de vie n'en soit impacté et qui permettrait certainement de tenir plus longtemps ou d'être rentable sur la période. Qantas a fait ça dès janvier par exemple, on a peu entendu d'exemples en France en ce sens.

Est-ce solidaire de la part des Mutuelles (je rappelle : les Mutuelles sont l'Economie Sociale et Solidaire de ce pays) quand elles utilisent elles aussi le chômage partiel? Pendant la crise, leurs dépenses ont drastiquement chuté alors les cotisations ont été perçues de la même manière. Parions qu'elles feront un (excellent) résultat cette année. Et ces organismes sont structurellement conçus pour résister aux "accidents" avec des réserves financières pour ce type de catastrophe. Et pourtant certaines profitent du chômage partiel. Pour être solidaire de qui?

Ma femme de ménage ne vient pas pendant le confinement. L'Etat (encore) a prévu de prendre ses heures non travaillées en charge. Pour elle, c'est essentiel d'être payée sinon elle n'a pas de revenu. J'utilise ce que propose l'Etat ou pas? Je suis solidaire avec ma femme de ménage ou je profite de la solidarité de l'Etat ?

La RATP, dans son Grand Rôle de Service Publique nous rembourse une partie de notre coupon de transport pendant la période. Elle nous rembourse un service qu'elle a tenu et dont nous n'avons pas (tous) profité. C'est très différent du contexte de la grève, période pendant laquelle nous avions besoin de ses services et qu'elle ne les assurait pas. On pourrait se dire "c'est proposé, j'y ai droit, je le prends". Logique infaillible de pourquoi pas moi?
On peut aussi se demander si on en a besoin. Est ce que la crise m'a mis à mal et que ce remboursement m'aide à surmonter?

Je sais qu'en prenant les aides de l'Etat, je ne vole personne. Je sais que si l'Etat est solidaire maintenant, avec moi et avec tous, nous devrons tous être solidaires demain en payant nos impôts pour combler tout ceci, tout "ce déficit abyssal". Et pourtant je ne me dis pas : je prends les aides de l'Etat maintenant par mesure de prudence pour faire face à ce que je devrais payer demain.
Il me semble qu'aujourd'hui être solidaire est prendre juste ce dont on a besoin aujourd'hui, dans l'ici et maintenant,  et non pas pour couvrir l'incertitude - qui est la même pour tous y compris pour l'Etat -  ni pour nous assurer une quelconque résilience.

Etre solidaire c'est n'utiliser que ce dont on a besoin : je ne demanderais pas le remboursement du coupon RATP, ni des places de mon abonnement au Théâtre de la Ville, ni de la licence sportive, ni des activités culturelles interrompues, je paierai ma femme de ménage.... Par solidarité. 
Parce que je n'en ai pas besoin aujourd'hui et que j'aimerai qu'ils soient tous encore la demain quand j'en aurai besoin.




dimanche 5 avril 2020

Courage


Villagers

It took
a little time
to get where I wanted
it took a little time
to get free
it took a little time to be honest
it took a little time to be me

I took a little lover but then we parted 
it took little to get over this
and from time to time I get heavy hearted
thinking of how we used to kiss

Courage : it a feeling like no other, let me tell you
courage : in harmony with something other than your ego 
courage : the sweet relief of knowing come from free

do you really want to know about these lines on my face?
well, each and every one is testament
to all the mistakes I've had to make

to find courage 

Courage  -  album Darling Arithmetic
The Villagers

samedi 28 mars 2020

Les toits du Paradis



"Selon nos mères, si une personne âgée décède juste après notre mariage, cela porte bonheur. Enfin bon, elles disent aussi qu'être un garçon porte bonheur mais qu'une fille n'apporte que des malheurs. Ce qui prouve bien quelles ne connaissent rien à la chance."

Les toits du paradis - Mathangi Subramanian

La paradis est un bidonville de Bangalore. Pas de misérabilisme dans ce livre, dynamique, relevé, drôle et si réel. On y découvre la solidarité, la sororité, le joie de vivre même quand tout est contre nous dès la naissance, on y découvre aussi la lutte, la résilience et l'acceptation.
Un regal, un voyage, même en dehors du confinement.

Ce qui ne peut m'empêcher de penser que l'Inde est confinée, comment font ces gens dans les bidonvilles?

Ce fil WhatsApp va me tuer (ILOVEconfinement)

le long de le Seine - Février 2020

Je vais échapper au covid (que je pense avoir eu, by the way), mais c'est le fil WhatsApp du bureau qui va me tuer.
Une (fausse) bonne idée à l'origine. Nous sommes un collectif de consultants, confinés "jusqu'à nouvel ordre", l'intention est de garder le lien, et hop on fait un fil WhatsApp, en plus des instances rituelles qu'on renforce et mène en ligne (je n'ai jamais eu autant de temps collectif avec mes collègues!). On s'est dit qu'il fallait un lien informel...
Qui s'est ajouté au fil WhatsApp de la famille, des cousins, des copines, ...

Deux jours.
J'ai tenu 2 jours.
Deux jours à voir défiler les notifications toutes les minutes. Je ne parle même pas de lire ce qui s'échange, mais de juste voir les notifications qui s'empilent. De temps en temps, je faisais défiler le contenu. Mais c'est comme un cours de math qu'on loupe, on ne comprend rien à celui d'après, donc on passe à côté aussi, et rapidement on est hors jeu.
Je le suis d'autant plus que je ne regarde jamais les vidéos qu'on envoie, que je n'ai aucune envie d'écouter les "best songs ever" de mes collègues (et encore moins de partager les miennes!), que je déteste par dessus tout les vidéos de chats...
J'ai saturé d'images que j'ai eu plusieurs fois sur plusieurs fils WhatsApp différents.

Au final, très peu de choses utiles sur ce fil de discussion. Ce n'est pas là que j'ai repéré le site de la réserve civique, ni les paniers solidaires pour les SDF, ni des articles qui parlent de inégalités qu'accentuent cette crise, ni de comment ça nous permet de (re)penser la suite. 
Alors pourquoi mes  collègues y vont? Pourquoi ils y s'en donnent à coeur joie? 

Moi je sais exactement pourquoi je n'y vais pas. 
J'ai supprimé les notifications de la discussion du bureau. Si j'ai envie de parler avec l'un ou l'autre de mes collègues je l'appelle. Et ce qui se dira, aura plus de sens, plus de contenu, moins de légèreté que devant 30 autres personnes. Sans spectateur, on n'a rien besoin de prouver.

C'est une scène sociale ce fil. Il faut exister là, puisqu'il n'y a  plus le l'open space au bureau pour faire l'intéressant, plus les temps communs dans la cuisine pour étaler son savoir, y faire sa blagounette grasse ou intello, bref exister dans le regard des autres.
Je me dis que je fais juste comme d'habitude : je ne participe pas à la scène sociale,  je regarde et dis peu. 
Je dis encore moins que d'habitude. 
J'écoute différemment. Pour être juste je n'écoute plus le brouhaha collectif, j'ai complètement désertée cette discussion, même de façon rétroactive, je ne fais plus défiler les échanges même pas par acquis de conscience. Ce fil WhatsApp est désormais silencieux pour moi depuis presque 2 semaines. Comme s'il n'existait pas.

Je viens de découvrir comment supprimer mon numéro de cette discussion. La tentation est grande de la sortie définitive, serait ce un suicide social? 
Le confinement m'offre de nouveau la possibilité de me retirer encore plus du monde (celui du bureau).
Décidement, j'aime le confinement.

jeudi 19 mars 2020

De fil en aiguille (#ILOVEconfinement)

Ciel de confinement
En ces temps où nous pourrions en avoir en trop, en rab, au calme, une petite série de podcasts qui a ravi mes oreilles, accompagné sur mes trajets en métro (quand on pouvait encore le prendre pour se rendre ailleurs que chez soi!).

Le premier est une histoire, la même racontée à deux voix. Les deux protagonistes donnent chacun leur version de la même situation : celle d'un gars et d'une fille, adultes, qui sont sortis une fois ensemble et qui, un soir, se retrouvent pour dîner. Elle veut rentrer chez elle, il veut qu'elle reste. Elle doit le lui dire cinq fois pour qu'il l'entende.
 "Tout de suite les grands mots" (le nom du podcast) parle de consentement, d'une façon simple avec des mots de tous les jours. On ne peut plus explicite sur là où ça se joue. "Ca aurait était tellement classe, si tu m'avais laissée partir la première fois où je te l'ai dit".
"Tout de suite les grands mots" : https://podcast.ausha.co/transmission/tout-de-suite-les-grands-mots

J'ai tellement aimé ce podcast sur mon trajet que, quand je suis arrivée en supervision, j'en ai parlé à mes copines coach. Certaines ont des teenagers, ou des jeunes adultes à la maison, ça me semblait essentiel que nos enfants - filles et garçons - écoutent ce genre d'histoire. Evidemment, on fait des liens, on partage expérience et découvertes.

La suite se cache à France Culture dans son émission "les pieds du terre" qui a produit une série de 6 podcast d'une trentaine de minutes sur "les hommes violents". Pas de leçons, pas d'enseignement, pas de conclusion, jute un chemin à suivre dans les pas d'un jeune journaliste qui s'interroge sur "MeToo" et commence par poser des questions à sa mère, puis à une copine, puis suit un groupe de paroles d'hommes condamnés pour violence conjugales. La participation à ces groupes de parole fait partie de la sanction pénale.
Les pieds sur terre/ des hommes violents/1er épisode : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/victime-et-coupable

C'est passionnant, glaçant parfois et violent. J'écoutais ces podcasts sur mes trajets en métro, à la tête des autres passagers j'ai compris que je faisais des grimaces ou que je sursautais pendant l'écoute. Il ne me faisait pas le même effet que James Blunt!
Je porte désormais un autre regard sur les violences conjugales (ou autres). 
D'abord, c'est dans toutes les classes sociales, tous niveaux d'éducation et tout âge. MeToo n'est pas réservé aux stars du cinema. Se faire taper dessus ou insulter par son compagnon n'est pas réservé à celles qui vivent avec un alcoolique, sont illettrées, au chômage et vivent dans le Nord de la France (quelle caricature!). 
Il y a des étudiantes en master, des jeunes filles qui pourraient être nos filles ou nos soeurs, élevées par des mères féministes. Il y a des hommes éduqués, des cadres, et des descendants d'immigrés. Il y a des hommes qui s'expriment très bien, et d'autres moins facilement. 1 femme sur 5, forcement une parmi nos copines. 
Ensuite, j'ai y appris (ou ça a confirmé) que l'alcool est un facteur aggravant, comme tout le temps en toute circonstance. 
Enfin, il n'y a pas de portrait de l'homme violent (ou de la femme battue), mais souvent un modèle qu'on a connu enfant de relation homme-femme. Une vision de ce que doit être le rôle de l'homme et son pouvoir dans la relation, ce qui la rend pathogène. 

De fil en aiguille, j'ai poursuivi avec un autre podcast "les couilles sur table" et son épisode "contre la rhétorique masculinité" avec un professeur politologue québécois Francois Dupuy-Deri (il a écrit un livre la dessus en 2018). Il est  très clair "il n'y a pas de crise de la masculinité" et il explique pourquoi.
Les couilles sur la table/la crise de la masculinité : https://www.binge.audio/contre-la-rhetorique-masculiniste/

De fil en aiguille, cette dernière est désormais dans une boite de foin : à explorer les pieds du terre ou les couilles sur la table, je vais y passer tout mon temps!

Décidément, j'adore le confinement.

samedi 15 février 2020

Balade en Champsaur, sur les traces de Vivian Maier

Pisançon

Vivian Maier - photographe à la renommée récente et post mortem - a passé du temps dans le Champsaur d'où était originaire sa mère et la famille de celle -ci. 
Elle y a grandi entre enfance et adolescence, et est revenue plus tard avec son appareil photo. Une américaine dans les années 50, on peut imaginer la curiosité qu'elle suscitait et son engouement à photographier la campagne paysanne, elle qui venait de New York et d'autres grandes villes américaines.
Après plusieurs jours de ski, en cherchant la neige, on a revisité le Champsaur sur les traces de Vivian Maier.

Molines en Champsaur
A Môlines en Champsur, cul-de-sac après La Motte, il y reste une église, un auberge et une maison de l'ONF et quelques habitations, traces de vie. En bordure du Parc National des Ecrins, on remonte la Severaissette vers des villages abandonnés. 

Vue de Pisançon













Le fond de vallée, vue de Molines

Au début du Champsaur, la vallée y est plus large, et offre un horizon bleu et lointain.






















La vallée de la Severaissette, vue du  cimetière de Molines (plus petit que le jardin de mon père).
Fin de journée en février, il fait frais, le peu de neige est gélée.
Eco Musée de Pisançon




















L'Eco Musée de Pisançon fait la part belle à Vivian Maier, avec un fond de photos conséquent. L'association est dynamique en expositions, événements, stages, concours et même bourses!
Mais pour le musée, les horaires d'ouvertures restent mystérieux en dehors de l'été.
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr
L'Auberie - ferme encore en activité?

La Motte en Champsaur











Beaucoup de fermes sont isolées, éparpillées dans la vallée.
Certaines ne sont plus en exploitation et risquent de tomber en ruines, les jeunes paysans leur préfèrent les stabulations, plus faciles à entretenir.


















A côté de la fontaine de la Motte, un arbre de Noel original, probablement fait par les enfants de l'école d'à côté



















Molines en Champsaur


Couleurs chatoyantes une ferme à l'air accueillant capte plein sud les rayons du soleil d'hiver, face au soleil couchant.


















Saint Bonnet
En bas de la grand rue, la petite place avant celle du marché.
Une fontaine, une boucherie et une boulangerie.
Plus loin le photographe a fermé, personne n'a repris sa suite à la retraite. Il avait tenu longtemps, photo d'art, les mariages, les naissances, le numérique.
La mercerie aussi plus loin a fermé, même raison. Comme la mercière, la clientèle a vieilli. Qui va encore dans une mercerie?











La Tour à la Motte

De nombreuses bâtisses sont marquée d'un frorton avec une année 1841 ou dans la décennie qui suit. Une époque faste our le coin?
Cette ferme là avec sa tour était pour des notables dans ce coin perdu de montagne.















Saint Bonnet, dans les ruelles médiévales

Fontaines dans tous les villages, voire plusieurs. L'eau y coule ne permanence. Pour plus de sureté, la commune y inscrit euh non contrôlée, ou non potable. Les autochtones la boivent tout de même. Les estivants, eux, en sont malades, pas assez de chlore, trop de bacteries.














Pisançon - inactivité du matériel

Un vieux tracteur garé au fond d'un musée. Il y en a encore des comme ça, dans les granges, dans les cours de fermes, et sur la route. 
Ils ont l'élégance de leur âge, la nonchalance de ceux qui ont la vie devant eux. 
Je me suis mariée sur un engin comme ça, celui ou enfant j'avais passé beaucoup de temps à faire le foins : couper, retourner, botteler, ramasser. Le mien n'est plus, longtemps remisé dans sa grange, il a du finir dans une casse quelconque, cimetière pour tracteurs à la retraite.







Derrière, les loups

Entre deux toits, la crète de la vallée aux loups (celle du film de  JM Bertrand).




















Les champs


Avant les barrières électriques, elles étaient en bois. Elles le sont toujours, surtout autour des fermes.


















Molines au fond de sa vallée




Quelques maisons dans cette impasse de vallée. Le Parc des Ecrins à droite, le col à gauche pour Valgaudemar.

















Vers la cabane de Peyron Roux

Un chemin creux pour les estives, qui ne doit plus voir passer que des randonneurs. Les moutons ne passent plus par là.




















A la Motte en Champsaur

Dans son jus, une ferme à l'angle de deux rues, qui furent jadis des chemins de passage, en face du four.
Les oignons sèchent au soleil, les bottes de foin sont encore des rectangles attachés par une ficèle jaune.
















Fleuron de la vallée, inscrite au Patrimoine Mondial des Monuments Historiques, la Chapelle des Pétètes.
Il est possible de passer à côté sans la voir. Elle tourne le dos à la route, pourquoi s'arrêterait on encore à cette chapelle? Il y en a tant des chapelles et des oratoires dans la vallée, à croire qu'ils étaient si pieux.
Mais si on prend la peine de s'arrêtant sur ce petit bout de détour par L'Auberie, qu'on monte à pied le talus, on découvre la façade avec les têtes, les satinettes, leurs visages ronds, naïfs et leurs yeux fixes.

lundi 10 février 2020

Piscine Olympique

Yves Desbuquois
"Imposante, elle se dresse entre les montagnes et la route.
Insolite, elle surgit au milieu de nulle part.
Impossible de l'ignorer.
Elle s'impose aux regards.
Elle se rappelle aux souvenirs des Champsaurins.
Nombreux ont appris à nager là.
Ancien lieu de rendez vous des jeunes,
elle a vu se former des couples.
Depuis, la nature a repris ses droits.
Les artistes ont trouvé des murs pour s'exprimer,
Impossible de l'oublier.
Impossible de ne pas l'immortaliser."

Mémoires des lieux ordinaires en Champsaur - photographies de Yves Desbuquois et Denis Lebioda

Il s'agit de la piscine Olympique de Saint Léger les Mélèzes. 
Tout le monde la connait dans la vallée. The place to be, quand on était jeune.
C'était mon premier job d'été. J'avais 14 ans, je tenais les vestiaires.
Lourde charge : donner les paniers rouges aux nageurs, les récupérer avec leurs vêtements, plus ou moins bien pliés, s'assurer qu'ils avaient bien pris le bracelet avec le numéro.
Puis attendre que l'après midi se passe, avant de les leurs rendre.
Je lisais. Parfois plusieurs livres dans la journée.
Je discutais avec les copains/ines qui venaient nager.
On écoutait Kool and the Gang sur un magnétophone.
Je me déplaçais avec mon 103 SP tout neuf.

C'était l'année où une colonie de juifs intégristes séjournait dans la vallée. 
Comme ils ne voulaient pas se mélanger, ils louaient la piscine le soir après la fermeture. Nous restions donc plus tard, une fois le public parti, une fois nos derniers copains ceux qui trainent partis,  pour tenir les vestiaires, nettoyer et fermer derrière eux.
Les femmes se baignaient tout habillée, avec leurs robes à manches longues et leurs collants. Elles enlevaient juste leurs gants pour entrer dans l'eau, et gardaient leur foulard. 
Les hommes se baignaient en maillots des années 50 qui recouvraient aussi le torse.
Nous n'étions pas censés regarder, mais c'était plus fort que nous, vite une fois leur dernier panier accroché sur le rack, nous prenions les escaliers pour observer ces gens, si différents de nous, prendre possession de notre lieu à ces drôles d'heures.
C'était fascinant ces façons de faire : les femmes de noir vêtues qui nageaient avec les enfants, certaines ne savaient pas nager d'ailleurs - jeunes ou vieilles -  et les hommes entre eux. Ils parlaient une langue étrange. Ils sont venus tous les soirs, pendant une semaine, se baigner après la fermeture, jusqu'à un horaire qui me semblait tardif pour cette activité. Leur exotisme se nichait jusque dans les horaires : se baigner jsuqà 20h ? Personne ne faisait ça chez nous, d'autant plus qu'il commençait à faire frais.

J'adorais cet endroit, lieu de rencontres, point de ralliement dans l'été qui n'en finissait pas.
Immanquablement elle ouvrait ces portes au 1er juillet et les fermait le 31 août, annonçant ainsi le retour en classe.
Ma soeur y a appris à nager.
Mon père y a eu un accident grave en réparant la chaudière.
Mon frère sautait du plongeoir de 5 mètres pour épater les filles.
Ma mère trouvait l'eau trop froide.
Je faisais quelques longueurs  : un bassin olympique de 50 mètres, tout de même.
Un symbole, qui a fermé en 1998.
Vieillir c'est ça; c'est voir disparaitre le monde tel qu'on l'a connu.



vendredi 24 janvier 2020

Ce que l'Union Soviétique aurait pu apprendre des Schtroumpfs

D'ailleurs, le Grand Schtroumpf a un bonnet rouge

Chez nous, le repas du soir est l'événement de la journée, à la croisée des vies de tous c'est le point d'orgue, de convergence, d'exaltation...de décompensation aussi.
Tout le monde parle, de tout, de sa journée, de ce qu'il appris, de ce qu'il a vécu. Quand ça se prolonge, ça se file avec une tisane...
On peut y parler de relations avec les gens, du plan produits de Telsa, de l'influence de la Chine, de l'euthanasie, des migrants, de la reforme des retraites, de l'incurie de Trump (c'est le sujet le plus consensuel, donc le moins drôle) ...
Et l'autre soir, on s'est dit que si les dirigeants de l'Union Soviétique avait lu les Schtroumpfs peut être, le modèle communiste aurait survécu. Là, ça devient carrément savoureux.
D'après nos iAdos, les Schtroumpfs fonctionnent sur un modèle communiste : 

  • chacun produit selon ses compétences, son savoir-faire et ses envies. D'où le Schtroumpf flemmard qui se la coule douce, de là à se dire que tous les Russes se la coulaient douce, il n'y a qu'un pas
  • il n'y a pas argent en circulation, le Schtroumpf financier s'est rapidement trouvé sans utilité. De là à faire le lien avec la faillite de l'URSS...
  • ils se mobilisent ensemble contre un ennemi : Gargamel et son Chat. de là à penser que les USA sont le chat du capitalisme...
Les points communs ne manquaient pas.
Et pourtant, l'URSS s'est effondré et pas la communauté des Schtroumpfs.

La taille, a dit l'un. La communauté des Schtroumpfs est bien plus réduite, les Schtroumpfs n'ont qu'une seule Schtroumpfette (et un bébé dans une épisode, sans lien avec la Schtroumpfette, ça pose question aussi je trouve). Est ce que l'absence de reproduction est un gage de maintien du communisme? ou alors c'est l'absence de sexualité qui est une clé de pérennité du modèle?

L'ennemi, a dit l'autre. On se maintient parce qu'il y a un ennemi commun. Gargamel est éternel, le capitalisme aussi. Les USA sont toujours là. Ce qui a changé c'est que ce n'est plus l'ennemi. A quelle condition les Schrtoumpfs pourraient ne plus voir Gargamel comme leur ennemi? Si d'un coup ils découvraient les caresses du chat, que c'est doux et bon, et que le chat ronronne et que finalement on y prend plaisir...

Je ne sais pas si Gorbatchev lisait des bandes dessinées et s'il avait envie de rencontrer Gargamel après la tentation des caresses du chat, mais je sais qu'ils étaient contemporains. Il avait moins de 30 ans lors de la sortie du 1er album des Schtroumpfs et peut être qu'il s'est laissé tenté par le Chat. L'histoire est assez discrète sur cet aspect là.


jeudi 2 janvier 2020

Enigme


Hans Hartung

"Car en ne voyant les gens que comme des ennemis, des obstacles ou des pièges, on ne baisse jamais les armes ni devant les autres, ni devant soi. Alors qu’en choisissant de voir les autres commes des énigmes, de se voir soi comme une énigme, on s’expose à un émerveillement constant, en creusant, en regardant au delà des apparences on trouve toujours quelque chose de familier."

Les fantomes du vieux pays – Nathan Hill

Ca pourrait aussi s'appeler la curiosité.
En 2020, je vous souhaite surtout de la curiosité,

Et du thé, auprès d'un feu de cheminée, avec un carré de chocolat, sans oublier un bon livre.